P. G., t. XC, col. ni
africain semblait avoir conscience que tout ce qui s’était fait depuis un demi-siècle n’était pas au mieux des intérêts du pays ; on s’attendrait à le voir se précipiter avec enthousiasme dans l’indépendance et l’alliance romaine, il n'en est rien. Dans une lettre adressée au pape en 646, les prélats témoignent quelque embarras des mauvais bruits qui ont rendu suspecte à Constantinople la province d’Afrique l. La population africaine n'éprouva pas ce léger remords et, avec son impétuosité ordinaire, se jeta dans l'aventure à laquelle son nouvel empereur la conviait, les tribus berbères avaient pris parti pour lui et ce n’était pas trop pour faire face à l’ennemi qui s’avançait.
En 642, les Arabes occupèrent Barca et la Cyrénaïque ; en 643 « ils avaient soumis la portion orientale de la Tripolitaine, emporté Tripoli d’assaut, pillé Sabrata 2, et peut-être poussé leurs ravages jusqu’à la partie orientale du Fezzan 3, sans que d’ailleurs l’exarque d’Afrique, dès ce moment à demi brouillé avec Constantinople, paraisse avoir fait aucun effort sérieux pour repousser les envahisseurs 4 5 ; sauf à Tripoli, c’étaient les tribus berbères des Laouta et des Nefouça qui seules avaient supporté le choc des musulmans3. Aussi, dès 643, Amrou songeait àpous-
1. I.abbe, Concilia, t. VI, col. 129 : Quia vero in quamdam suspeclionem nostra Africana a malignis hominibus apud regiam civitatcm recitata est provincia.