Ibid., t. VI, col
h. Ibid., t. VI, col. 133.
que les protestations de ces sortes d’écrits sont, paraît-il, de nulle valeur. Tandis que les prélats d’Afrique confondaient leurs vœux en des souhaits de prospérité et de long règne à l’adresse du prince, ils gardaient leurs préoccupations tournées vers le pape de Rome auquel ils faisaient connaître les résolutions prises par les quatre conciles, protestant de leur inaltérable fidélité à la foi orthodoxe. Poux ceux qui savaient comprendre le sens de ces formules, il n’y avait pas à s’y méprendre et les protestations d’attachement inébranlable devaient s’expliquer dans le sens du détachement absolu du régime politique. Assurément rien n’était plus légitime, mais rien aussi n’était plus imprudent.
En face du péril de l’invasion musulmane, que les événements survenus en Egypte en 640 ne permettaient plus de ne pas regarder en face, la monarchie était sans forces. La querelle théologique avait créé des rivalités ardentes entre tous les citoyens et la maladresse du gouvernement central en s’attirant l’hostilité des uns n’avait pas su s’attacher le dévouement des autres. Ce n’était partout que division, indiscipline et impuissance.
Les passions religieuses avaient amené la perte de l’Égypte où la victoire des musulmans avait été assurée par la défection des Coptes monophysites persécutés1, il allait en être de même en Afrique. Depuis six années on assistait à la disparition de l’Empire. Les musulmans avaient successivement conquis la Syrie, la Palestine, l’Égypte, la Cyré-
1. Weil, Geschichte dcr Khalifen , in-8°, Manheim, 1816, t. I, p. 105. 11 faut ajouter à ces causes de ruine que les Byzantins, n’ayant guère existé en Afrique qu’à l’état de « corps d’occupation », s’affaiblissaient en s’éloignant de la mère patrie.
naïque et la Tripolitaine. Les empereurs n’étaient plus que des noms variables comme les formes diverses de la débilité et l’isolement des provinces devenait plus grand chaque jour. Le préfet d’Afrique, Grégoire, sentait cet abandon et il semble qu’il ait dû s’en accommoder assez facilement. Sa ferveur orthodoxe et sa valeur administrative y trouvaient l’occasion de s’affranchir plus complètement de toute surveillance et toute direction venue de Constantinople. Vers 646, on apprit que le jeune empereur Constant II penchait vers le monothélisme. Le patrice Grégoire en prit son parti et se proclama empereur. Fut-il poussé par l’ambition personnelle, par la foi religieuse ou par les conseils du pape Théodore? Les documents dont nous disposons ne permettent aucune affirmation. On sait que Grégoire était intimement lié à l’abbé Maxime, fort populaire à ce titre dans les Eglises africaines et dans le peuple et assez bien vu par le pape ', qui aurait, a-t-on dit, fait mander à l’exarque qu’il pouvait en sûreté de conscience se soulever contre le basileus, Dieu lui-même approuvant la révolte et lui assurant le succès. L’abbé Maxime, qui dut être pressenti sur cette grave décision, fit un rêve d’une clarté qui ne laissait rien à désirer. Il vit des chœurs d’anges planant dans le ciel du côté de l’Orient et du côté de l’Occident; les premiers criaient : « Victoire à Constantin Auguste » ; les autres répondaient : « Victoire à Grégoire Auguste », mais les premiers se fatiguèrent et bientôt on n’entendit plus que les voix qui acclamaient le patrice.
Maintenant que le sort en était jeté, l’épiscopat