‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 75 sur 245 · Epist. CXCIV · texte numérisé non relu

Epist. CXCIV

son monastère il trouva les esprits fort troublés. L’abbé ignorait tout, on le mit au courant et, quoiqu’il fût de l’avis de la majorité, il imagina, afin de ramener le calme dans les esprits, d’envoyer une députation à l’évêque d’Uzala pour se faire expliquer la lettre. L’explication donnée, les cinq demeurèrent dans leur sentiment. Ils prétendaient ne pouvoir être satisfaits que delà bouche même d’Augustin. L’abbé qui, sans doute, savait son monde, flaira le désir d’un long voyage et se contenta d’en appeler à un nouvel arbitre, le prêtre Sabinus, d’une doctrine très sûre. Il put dire tout ce qu’il voulut, les cinq tenaient à leur voyage ; enfin on les laissa partir, mais sans lettres de recommandation, comme pour bien montrer qu'ils allaient à leur corps défendant L Arrivés à Ilippone, saint Augustin eut l’extrême condescendance de leur expliquer sa pensée et il composa à leur intention deux de ses derniers ouvrages, le De gratia et libero arbitrio et le De correptione et gratia. Il paraît que les explications satisfirent les moines d’Hadrumète ; quoi qu’il en soit, pour cette raison ou pour toute autre, ils se tinrent tranquilles; le calme rentra dans le monastère. Le semi-pélagianisme allait reparaître en Gaule, mais nous n’avons pas à l’y suivre.

Nous venons de voir comment au temps du pape saint Étienne, un conflit menaça les Églises de Rome et d'Afrique d’une rupture.

Il faut reconnaître que le primat et le concile provincial apportaient une modération irréprochable dans les assemblées synodales. Le concile de 418 étendit à tout le bas clergé une jurisprudence dont

. F.pist. ccxvi.

les évêques bénéficiaient depuis longtemps ' . Il décréta que désormais « lorsque des prêtres, des diacres ou des clercs croiraient avoir à se plaindre du jugement rendu par leur propre évêque; ils pourraient, avec le consentement de ce dernier, s’adresser aux évêques voisins, qui examineraient le différend. S'ils voulaient en appeler de nouveau, ce serait à leur primat ou au Concile d’Afrique qu'ils s’adresseraient. Mais quiconque ferait appel à un tribunal d’outremer serait exclu de la communion dans l'intérieur de l’Afrique 1 2 ».

Ne nous abusons pas sur le sentiment qui inspirait cette apparente défiance à l’égard de l’Eglise de Rome. Parmi les Eglises occidentales il ne s’en trouva peut-être aucune qui porta un attachement plus profond à l’Eglise-mère de la catholicité 3 * S.. La fidélité et le dévouement étaient véritables, mais la subordination n’allait pas sans une bonne mesure d'indépendance. C’était la tradition du pays parce que c’en était la caractéristique ethnique. Lors des dissentiments de saint Cyprien et du pape saint Étienne, le métropolitain de Carthage ne contestait pas la suprématie du pape, mais jugeait l’emploi qu’on faisait de cette suprématie dans un cas particulier. Selon lui, et ce fut l’opinion qui prévalut dans la plupart des conciles d’Afrique, les appels à

1. Conc. Carthag., XVII (419) : Sicut et de episcopis saepe conslitulum est.

2. Conc. Carthag., XVI (418), ean. 17. Mansi, Conc. ampliss. colt., t. III, col. 822.

3. Ce sentiment sur la nécessité d’un pouvoir central dans l’Église

avait si profondément pénétré les Africains que nous voyons les donatistes à leurs débuts ne concevoir leur existence en Église qu’à la condition d’appartenir à l’Église de Rome. Celle-ci les ayant repoussés, ils élurent un évêque de Rome qui fût un pape, à leur manière du moins,

S. Optât, l)e scliini. Donatisl., II.

Rome étaient la négation de la discipline parce que placé à une grande distance, insuffisamment éclairé, trompé parfois, le pape de Rome pouvait laisser surprendre sa bonne foi 1 .

Tout différent était le cas lorsque le pape ou les évêques d'Italie étaient sollicités par les évêques africains d’instruire ou dé juger un différend2 3 * 5 6; mais une circonstance qui jeta quelque trouble dans l’Eglise d’Afrique a permis de connaître, grâce à un fait historique, les idées théoriques etla conduite pratique des Africains en matière de juridiction papale sur leur pays A Ce fut l’affaire d’Apiarius de Sicca \ déposé par le synode provincial sur la proposition de l’évêque de Sicca, Urbain A Le prêtre déposé courut à Rome, vit le pape Zosime, s'en lit absoudre et rétablir par lui dans la communion A Les Africains sentirent vivement le coup. Le pape ni eux ne voulaient reculer. Cependant il était manifeste qu'il y avait des concessions mutuelles à s'accorder. Apiarius n’avait pu bénéficier du canon du concile de 418 que nous

1. S. Cvprien, Epist. h, invoquait un cas typique, celui des évêques espagnols Basilide et Martial, lapsi avérés, déposés par leurs collègues et réintégrés sur leurs sièges par le pape Étienne. S. Augustin-, Epist. CC1X, paraît avoir admis en certain cas l’appel à Rome. L’évêque de Fussala, Antoine, dépossédé de son siège, demanda au pape sa réintégration qui lui fut refusée en considération de la sentence des évêques locaux.

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