Victor de Vite, op. cit., I
tout nom; là chaque rue, chaque place, chaque avenue, chaque classe du peuple avait ses magistrats L » Carthage comptait entre autres édifices un assez grand nombre d’églises 2 : celles de Perpétua Restituta, de Tertullien, de Faustin, de Saint-Agileus, les basiliques Majorum, Scillitanorum, Celerinae, Novarum, Tricillarum, Gratiani, Theodorianae, Theoprepianae, Secundae Regionis, Sancti Pétri, Sancli Pauli, Palatii, Theotokos, Sancti Pétri, et les basiliques de saint Cyprien. Plusieurs de ces églises durent avoir le sort auquel les édifices civils euxmêmes n’échappaient pas :i. La basilique Majorum où reposaient les reliques des martyres Perpétue et
1. Salvien, De gubernatione Dei , VII. Cf. S. Augustin, Episl. 118.
2. A mesure que nous avançons, l’espace semble se réduire de plus en plus devant nous et nous ne pouvons songer à donner les développements archéologiques indispensables à une note concernant les églises de Carthage. Nous ne prétendons pas donner un état complet des édifices religieux en 439 et peut-être en revenant, s’il plaît à Dieu, sur cette question dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, pourrons-nous modifier notre opinion et, en tout cas, la justifier et la compléter en détail. Rappelons, pour ce qui a trait aux basiliques de Carthage, quelques ouvrages et travaux qui nous dispense rontd'insister : Mercati, Sludi c Documenti di storia e dirilto, 1898, t. XIX, p. 3't5 sq.; S. Gselu, Chron. arcli. afric., dans Met. d’arcli. et d’hist. 1901., t. XXI, p. 206-207.
3. Victor de Vite. op. cit., I, 3 : Nain et liodie si gua supciwunt, subinde desotantur, sicut ibi Cartliagine, ndium , theatrum, aedem Memoriaeet viam, quam Coclestis vocitabant, funditus dcleverunt. Par odium que les mss. donnent : odiu, odii , odio, il faut sans doute entendre l’Odéon de Carthage situé sur le mamelon qui porte le nom de « Colline de l’Odéon ». Cet édifice fut construit au temps de Tertullien et il était d’une grande richesse architecturale. Tout est réduit en miettes. M. P. Gauckler en a retrouvé les res! es ainsi qu’un fragment d’inscription donnant le mot ODEVM. Cf. Butt. du Comité. Commission de l’Afrique du Nord, séance de novembre 1900, p. ccxxt ; Compte rendu de la marche du Service des antiquités en 1000, p. 8-9; en 1001, p. 7-8. Cf. S. Gsell, Met. d'arc h- et d'hist., 1902, p. 325 sq. ; Deutsche J.ilteraturzeilung, 1900, p. 3399; pour l’Amphithéâtre, cf. Tissot, Géogr. comp.; t. I, p. 643; pour l ia coelcstis, cl. P. /.., t. LI, col. 836; Liber de Promiss., III, 44; et Pauly-Wissowa, Beatcncyclop. au mot Coelcstis.
Félicité, celle de Celerina et celle des Scillitains, d’autres encore ne furent épargnées que pour être affectées au culte des ariens ' . Les personnes furent peut-être, dans ce grand désastre, les plus maltraitées 1 2. Si l’on devait en croire le prêtre Salvien 3, les horreurs qui accablèrent les Carthaginois n’étaient guère que des châtiments, mais il est difficile de recevoir comme l’expression de la vérité historique ses ardentes diatribes qu’il est néanmoins impossible de passer sous silence : « Celui que la prospérité a corrompu, dit-il, est corrigé par l’adversité, et le malheur apprend la modération à ceux qui l’avaient oubliée pendant la paix. En a-t-il été ainsi de la luxure et de l’ivrognerie dans cette Italie ravagée par tant de maux? Dans cette Rome assiégée et prise s’eston corrigé du blasphème et de la colère ? Et les Gaulois, foulés par les Barbares, ont-ils abandonné leurs mœurs dépravées? Les Vandales ont passé en Espagne, la destinée du pays est changée, l’immoralité de ses habitants l’a-t-elle été? Enfin, comme s’il eut fallu que nul coin de ce monde ne lut épargné, la guerre a été portée en Sardaigne et en Sicile, ces greniers du fisc qu’on a séparés de leurs possesseurs comme on coupe une veine nécessaire à
1. Victor de Vite, op. cit., I, 3. Cf. S. Gsell dans Met. d'arcli. et d'hist., 1900, t. XX, p. 120. L’une des deux basiliques de S. Cyprien appartenait aux Ariens sous le règne de Gélimer. Procope, I, 8.
2. Isidore, llisloria tVandalorum, aéra 067 , a simplement copié Idacc; Prosperet Victor de Vite s’en tiennent trop souvent aux généralités.
3. Cf. F. X. IIirner, 7.ur Sprachc Salvians. Progr. des Lyceums, in-0°, Freising, 1869; L. Méry, Études sur Satvien , prêtre de Marseille , in-80, Monlpcllier, 18'i9 ; V. PETROUCHEVSKII, Salvian presbiter Masiliis- Icii i ego sotchinéniici, in-80, Kiev, 1893; VV. Zschimmer, Salvianus der Presbylcr von Massilia und seine Schriflcn. Pin Bcitrag zur Gescli. der christlich-lateinisclien Literatur im 5 Jahih., Jcnaer philos. Inaug. üissert., in-8°, Halle, 1875.
la vie; l’Afrique elle-même, c’est-à-dire quelque chose comme serait l’âme de l’Empire, a été réduite. Qu’est-il arrivé? Voilà les Barbares dans le pays, les vices, ne fut-ce que par l’effet de la crainte, vont disparaître? la terreur va procurer le respect et la modération 1 ? Tandis que les trompettes de l’armée des envahisseurs sonnaient sous les remparts de Cirta et de Carthage, l’Église de cette ville perdait le sens dans les jeux du cirque et perdait la pudeur au théâtre.
« Horslesmurs on égorge,dans la ville onfornique. Les uns sont captifs de l’ennemi, les autres captifs de l’infamie ; on ne sait qui est le plus à plaindre 2. » Le reste est sur ce ton, et il y revient plus loin3, toujours convaincu que les Vandales sont, principalement en Afrique, les exécuteurs des vengeances divines. « Excepté quelques très rares serviteurs de Dieu, qu’était donc alors cette Afrique sinon une grande maison réceptacle de tous les vices parmi lesquels le parjure semble être une spécialité. Ainsi que dans un navire il existe une sentine où vont s’accumuler toutes les ordures, ainsi les mœurs des
1. Il est utile de comparer ce que dit un témoin oculaire, moins échauffé que SalVien : « Le . pays, dit un Africain, nage dans le sang et les habitants ne se sentent quelques émotions nu cœur que lorsqu'ils se trouvent au spectacle ou au cirque. » Ps. Augustin, Sermo de tanpore barbarico.
: 2 . Salvikn, Pc gubernatione Dei (édit. Paulï), 1. VI, 12.
3. Ibid., 1. VU, 12 : Et ideo compulsus est criminibus nos tri s Peus, vt hostiles ployas de loco in locum, de urbe in urbain spargerel et excitas paenc ab ullimis terrœ fvnibus gentes etiam transmare milteret, r/uœ Afrorum scelera punirent. Voir encore VU, 13. Ou va loin avec ces explications : Ilia ulique cœlcstis manus, guœ eos ad punienda Hispanorum flagitia illuc traxerat, eliam ad vastandam Africain transira cogcbat. Attila ne disait pas autre chose : « Je suis le fléau de Dieu. » Voilà des délégations sur lesquelles il y aurait peut être à regarder d’assez près.
Africains paraissaient être l’abrégé des vices de l’humaine nature. Il n’y avait infamie dans laquelle ils ne fussent accomplis. Les païens et les sauvages ont bien leurs vices, mais il s’en faut que chez eux tout soit détestable. Les Golhs sont perfides mais chastes; les Alains luxurieux mais relativement loyaux, les Francs menteurs mais bons et hospitaliers; les Saxons cruels mais d’une modestie irréprochable; ainsi donc tous ont leurs vices et leurs vertus. En Afrique on ne voit guère autre chose que des vices. Inhumanité, ivrognerie, mensonge, déloyauté, cupidité, perfidie. Quant à l’impudicité, l’Afrique a toujours eu cette réputation à tel point que ce ne sont pas les feux de la passion mais les flammes de l’Etna qui brûlent d’ardeur les Africains. Ce mal est si répandu et si profond que ce serait cesser d’être Africain que cesser d’être impudique L » Si le désordre était aussi profond que Salvien le dit, la prise de Carthage dut être un terrible réveil. Les sénateurs furent arrêtés jusqu’à ce qu’il fût statué sur leur sort et un édit fut publié portant obligation pour tous les habitants de venir déposer au trésor tout ce qu’ils possédaient en fait d’or, d’argent, de pierres précieuses, de vêtements brodés. Les sénateurs furent déportés hors de l’Afrique 1 2 ; quant au clergé, on l’entassa avec son évêque Quodvultdcus sur un bateau vermoulu, brisé, qu’on remorqua jusqu’à la haute mer. Les malheureux n’avaient pas de vivres, beaucoup étaient nus, tous semblaient destinés à la mort, mais un bon vent poussa le pon-