‹ L'Afrique chrétienneChapitre 156 sur 280 · P. Monceaux, op. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

P. Monceaux, op. cit., t. I, p

Les Églises, et celle de Cartilage comme les autres, possédaient des archives, grâce auxquelles nous pouvons dérober quelques secrets à l'histoire des origines du christianisme. Tertullien nous apprend qu'on conservait dans ces archives : censiis, c'est-à-dire sans doute les registres matricules d'un recensement général embrassant les personnes et les biens ; on conservait aussi les fasti, ce qui serait, au sens le plus général du mot, des annales ou, si l'on le veut, une sorte de chronique, ce qu'on appelait peut-être les « traditions » des Églises. Compilations de faits et de dates, sans préoccupation, sans grand choix. A cette double catégorie se rattache, on le voit, l'existence de bureaux ecclésiastiques, le goût et le désir de l'ordre, la tenue d'inventaires, les rédactions de listes groupant les membres de la communauté suivant leur rang et leurs besoins. Il n'est pas plus possible de préciser la nature des pièces qu'il ne le serait de nier l'existence de ces rudiments dont nous trouvons l'indice dans des tours de phrase plus encore que dans une mention positive "•. Parmi ces listes, une de celles qui paraissent tenues avec le plus d'attention, à en juger par l'importance qu'on lui accorde, c'est la liste épiscopale de Carthage ^. En outre, on possédait les livres composant le canon des Écritures, probablement aussi des livres de li-

1. Tertullien, De exhortatîone castitatîs, 7, 13; De monogamia, 12; De idoiolatria, 7.

2. De praescriptionibus, 32 : Edant ergo origines ecclesiarum suarum, evolvant ordinem episcoporum suoriim, ita per successionem ab initio decurrentem... Hoc enim modo ecclesiae opostolicae census suos

deferunt Perinde utique et ceterae exhibent quos ab apostolis in

cpiscopatum constitutos aposlolici seminis traduces habeant. Cf. Po.n- Tius, Vita S. Cypriani, 19 : Ex quo enini Carthagini episcopalis ordo numeratw\

turgie ^ On pressent qu'en Afrique, plus qu'ailleurs encore, les décisions prises par les assemblées d'évêques devaient être transcrites et conservées. Nous voyons en effet saint Cyprien faire allusion à des canons dont il proclame l'ancienneté^. Le traité De praescriptionibus nous en dit long sur la tendance vers laquelle le génie de Tertullien eût poussé l'Eglise de Cartilage ; tendance toute historique et objective, dont la haute intelligence de l'apologiste avait saisi la portée et dont il donnait l'esquisse malheureusement peu comprise, peu suivie et bientôt effacée, oubliée même, quand commence la vogue du symbolisme à outrance, procédé tout subjectif qui permettra aux esprits de briller, mais avec un moindre profit pour l'acquisition de la vérité définitive.

Les préoccupations polémiques donnèrent naissance à une catégorie spéciale de documents. La communauté de Carthage conservait avec grand soin une profession de foi autographe de l'hérétique Praxéas, qui prêchait alors dans la ville le Patripassianisme qu'il avait solennellement condamné quelques années auparavant. D'autre part, la communauté montaniste possédait des recueils de prophéties, de visions, de prières improvisées par les dévots en extase. Cette collection, dit M. Monceaux, inaugurée sans doute par les fondateurs de la secte, s'enrichissait, au jour le jour, du procès-verbal des nouveautés. Tertullien nous conte une de ces visions, qui s'était produite justement pendant un de ses sermons ; et il remarque à ce propos qu'on notait régulièrement ces manifestations divines : « On en rédige

1. Adv.Praxeam, 1. Le traité De re baptismale, 10, nous permet de constater l'existence d'une liturgie écrite, un rituel baptismal, dès le iii^ siècle,

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