Arnobe, Adv. nat., I
U. Ibid., I, 58.
laissé d'exercer une action réelle sur la formation intellectuelle et la production littéraire des Africains chrétiens. « Ces fragments des Evangiles, des Actes des Apôtres, de V Apocalypse qui nous ont été conservés par le Codex Bobiensis ou le palimpseste de Fleury, ces citations si nombreuses et si variées dans l'œuvre de Tertullien ou de saint Cyprien, comptent parmi les plus vieux et les plus fidèles témoins de la langue nouvelle, façonnée à son usage par le christianisme. Ces textes bibliques sont contemporains des premiers efforts tentés pour Tévangélisation systématique de la contrée, ou, tout au moins, pour l'organisation des Eglises; ils sont antérieurs à la littérature ou sont nés avec elle. Matériellement, ils occupent une place considérable, parfois prépondérante, dans les apologies, dans les traités de polémique, de discipline ou d'exégèse; car ils étaient la parole divine, l'instrument des conversions, l'arme toujours prête des grands combats, contre les païens, les Juifs ou les hérétiques. En fait, ils n'ont cessé d'agir sur le vocabulaire, sur le style et la pensée des écrivains. Involontairement on retenait des Livres saints, non seulement l'esprit mais la lettre; et, par là, les anciens rhéteurs devenus évêques s'affranchissaient de la routine classique, s'enhardissaient aux façons de parler populaires. Saint Augustin lui-même l'a très finement observé : « Telle est, dit-il, la force de la coutume, même pour apprendre. Les gens qui ont été, pour ainsi dire, nourris et élevés dans la lecture des saintes Ecritures, trouvent plus naturelles, et considèrent comme plus latines, les locutions qu'ils ont apprises dans les Écritures, et qui pourtant ne se rencontrent pas chez les vrais auteurs de langue
latine ^ » Ces vieilles traductions, si étrangères au goût classique, mais si exactes, si bien calquées sur le grec et imprégnées de poésie biblique, ont contribué à orienter vers de nouveaux horizons l'imagination des écrivains, même à façonner leur style. Elles ont développé chez eux l'habitude et le goût de certains procédés, visibles déjà chez Apulée et d'autres païens du pays, mais encore plus frappants chez les chrétiens : hardies métaphores, accumulations d'images, phrases courtes et symétriques, opposées deux à deux comme dans un verset des Psaumes. Pour le style comme pour la langue, presque tous les chrétiens de la contrée relèvent plus ou moins de la Bible africaine ^.
L'Eglise africaine était trop profondément pénétrée de l'esprit latin pour n'en avoir pas appliqué chez elle quelques caractères. L'un d'eux fut le goût et le talent de l'administration. Mais l'administration ne va pas sans un certain appareil encombrant et nécessaire, comportant des rôles, des matricules, des états, des notes, etc., etc., en nombre plus ou moins disproportionné aux besoins auxquels ils ont pour but de pourvoir. L'administration romaine était passablement compliquée, et aussi loin que nous puissions remonter, nous constatons dans la « bureaucratie » ecclésiastique une tendance à un état de choses analogue, fl semble qu'on ait de très bonne heure attaché de l'importance à la conservation de tout ce qui touchait de près ou de loin à la gestion, au gouvernement et à l'histoire des Eglises. Le seul regret que nous devions formuler, c'est qu'il ne nous en soit parvenu que si peu de débris.