‹ L'Afrique chrétienneChapitre 212 sur 280 · R. PiCHON, Lactance, p. tthl sqq · texte numérisé non relu

R. PiCHON, Lactance, p. tthl sqq

LE DONATISME. 335

fallait rappeler son souvenir, mais nous n'avons pas à nous y arrêter. Son écrit sur La mort des persécuteurs ^ est une exception dans son œuvre, mais toute l'aigreur et toute la passion que Fauteur y laisse voir montrent plus que ses autres ouvrages combien il est étranger à l'Afrique. Ce que ce pamphlet contient de dramatique et de réaliste n'est qu'anecdotique. Les choses les plus abjectes y sont découvertes et tranquillement décrites ; c'est une série de sujets effrayants décrits avec précision et sincérité. C'est une chronique bien menée avec quelques lenteurs et des morceaux excellents. Que l'on imagine, si c'est chose possible, un pareil sujet présenté par Tertullien, et Ton aura quelque idée de ce qu'il y a décidément d'étranger à l'Afrique chez Lactance.

Le donatisme couva pendant les années 304 à 311, et il n'est pas bien aisé de marquer son développement au cours de cette période ^. Les appréciations rigoureuses de Mensurius avaient déplu au groupe toujours persistant en Afrique des « exagérés » et il est assez probable que les hommes de désordre commencèrent dès lors à exploiter contre l'évêque un mécontentement plus ou moins empreint de malveillance. Dès que la persécution s'arrêta, on vit surgir une question qui, manifestement, visait Mensurius : c'était celle des vrais et des faux iraditeurs. Le mouvement était inspiré ou dirigé par

1. Ibid.^ p. 337; cf. P. Allard, Mélanges, dans la Revue des Questions historiques, 1903. Octobre.

'2. WoELTER, Der Ursprung des Donatismus, in-8<*, Leipzig, 1883; M. Deutsch, Drei Aktenstucke fur Geschichte des Donatismus, in-S", Berlin, 1875. Rieck, Enstehung und Berechtigung des Donatismus im Himblick auf verwandte Erscheinungen, Gymnasialprogramm, in U^, Friedland, 1877.

l'évêque des Cases-Noires, Donatus, secondé par quelques-uns de ses collègues numides. Ce groupe nomma un inters>entor ou visilor dans le dessein d'écarter de son siège Tévêque Mensurius ^ Ce parti avait d'autant plus de chances de réussite que le nombre des évoques traditeurs avait été plus grand. Les prélats de Numidie s'étant réunis à Cirta, en 305, pour élire un évêque, le primat Secundus, de Tigisi, voulut procéder à la vérification des pouvoirs des électeurs et leur demanda si, pendant la persécution, ils avaient livré les Livres saints. Aucun d'entre eux n'osa affirmer son innocence. On sentait, dès cette époque, le schisme dans l'air ^. Il éclata en 311, à la mort de Mensurius. Peu de temps auparavant, l'évêque de Carthage ayant été mandé à la Cour et craignant de ne pas revoir sa ville épiscopale, confia à deux prêtres les ornements et les vases précieux de l'église. Il fit dresser un inventaire et le remit à une tierce personne, chargée de le transmettre à son successeur. Mensurius mourut en effet et le diacre Cécilien, son plus intime conseiller, fut élu à sa place. Celui-ci, muni de l'inventaire qui venait de lui être remis devant témoins, réclama aux deux prêtres le dépôt qu'ils avaient reçu. Ils refusèrent de le restituer^ et, se sentant perdus d'honneur, passèrent au parti qui s'était organisé, dès l'épiscopat précédent, contre Cécilien. Ce parti s'était

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