Ibid., II, 8 sq
3. Ibid., II, U : Cum haec sit conditio futiirorum ut teneri et comprehendi nullius possint anticipacionis attactu, nonne purior ratio est, ex duobus incertis et in ambigua expeclationc pendcnlibus id potius crederc quod aliquas spes ferai quam omnino quod nuUas?
LE DONATISME. 333
leur profit du maître peu connu, et, si on n'ose dire qu'il a inspiré Montaigne, on peut assurer qu'Arnobe et lui ont eu du moins une idée commune ^. On s'est évertué à rechercher lequel des deux, de Pascal et Bossuet, avait imité l'autre ; mais il semble qu'ils se soient contentés de puiser tous deux aux mêmes sources ; l'une d'elles serait les écrits d'Arnobe ^.
Un nom est resté associé à celui d'Arnobe, c'est le nom de Lactance ; affaire d'habitude, à peu près comme on rapproche les noms de Turenne et de Condé, de Voltaire et de Rousseau parce que ceux qui portèrent ces noms vécurent dans le même temps et tournèrent leur activité vers un même objet. En dehors de là, on ne voit pas ce que Lactance a de commun avec Arnobe. Lactance était le moins Africain des hommes. « Les Africains sont en général doués d'une forte individualité qu'ils ne craignent pas d'étaler dans leurs œuvres : Lactance met dans la sienne très peu de lui-même ; son tempérament s'y révèle à peine ; il ne
1. L'égalité entre l'homme et la bête. Cf. Montaigne, Essais, II, 12 ; Bossuet, Connaissance de Dieu et de soi-même, V, 1.
2. F. Brunetière, Études critiques sur C histoire de la Littérature française, 6« série, iii-12, Paris, 1899, p. 199 sq. : « Le psaume CXVIII le plus « janséniste » et le plus long de tous ; les Épitres de saint Paul, et les œuvres de saint Augustin [ont également servi à Pascal et à Bossuet]; il n'est pas surprenant qu'en un même sujet l'analogie des idées se soit quelquefois étendue jusqu'aux mots. En voici un exemple, que n'ont signalé ni les auditeurs des Pensées ni ceux des Sermons de Bossuet : « Qui sait, dit Pascal, si cette autre moitié de la vie oîi nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu différent du premier? » Et Bossuet, à son tour, dans le Sermon sur la mort : « Je ne sais si je dors ou si je veille, et si ce que j'appelle veiller n'est pas une partie un peu plus excitée d'un sommeil plus profond. » Ni Pascal ici ne s'inspire de Bossuet, ni Bossuet ne copie Pascal; mais, chacun à sa manière, ils traduisent un même passage d'Arnobe : Vigilemus aliquando, an ipsum vigilare quod dicitur, somni sit perpetui portio? Peut-être, lorsque nous connaîtrons nous-mêmes un peu mieux la Scolastique et les Pères, ne discuterons-nous plus de semblables questions? »
nous fait aucune confidence ; Fimpersonnalité des Institutiones diçinae contraste avec le « moi » exubérant de Tertullien. De cette grande différence en découlent bien d'autres. Les Africains, violents et extrêmes, vont jusqu'au bout de leurs idées et surtout de leurs passions, qui les dominent bien plus que leurs idées ; Lactance est l'homme du juste milieu, dût-il paraître un peu froid, un peu trop purement rationel. Les Africains dédaignent la tradition littéraire pour la modernité la plus aiguë ; Lactance est le plus fervent admirateur de Cicéron, son imitateur le plus fidèle. Le style africain, obsédé par la sensation vive et brusque, est fait de rapidité et de pittoresque avant tout; le style de Lactance est périodique, oratoire et abstrait. L'origine africaine se trahit peut-être en un point, par le goût de Lactance pour les prophéties âpres et lugubres des Sibyllins; encore s'en faut-il que son imagination se complaise dans ces spectacles tragiques de la fin du monde comme celle de Commodien ou de Tertullien. Et à part cette unique exception, le contraste se maintient frappant, entre l'homme et le pays. L'exemple de Lactance est un des meilleurs arguments contre la théorie de la race et du climat ^ On trouve Lactance un peu en tous pays, sauf en Afrique ; aussi n'appartient-il à son pays d'origine ni par son tempérament, ni par ses écrits, ni par Finfluence qu'il a exercée ^. Il
1. R. PiCHON, Lactance, p. 1 sq. Nous ignorons les antécédents de Lactance et il a pu naître en Afrique un peu « par hasard », ainsi qu'il arrive dans les familles des fonctionnaires d'un État très étendu qui envoie ses employés dans des colonies avec lesquelles la famille n'avait encore pris aucune attache ou bien un contact seulement superficiel. En bonne critique, on ne peut faire intervenir ces exemples ni pour ni contre une théorie qui ne doit être combattue ou vérifiée que par des exemples complètement connus et circonstanciés.