‹ L'Afrique chrétienneChapitre 25 sur 280 · MORCELLI, Africa cUristiana, t. II, p, hU · texte numérisé non relu

MORCELLI, Africa cUristiana, t. II, p, hU

2. PoNTius, Vila Cypriani, 5, parle d'une série d'évèques de Carthage ; or il écrit au milieu du iii^ siècle, il est donc possible qu'en cinquante ans le siège ait vu se succéder plusieurs évêques; il peut se faire qu'on doive reporter au début de la liste un nom que nous ne connaissons pas, mais plus ancien que celui d'Agrippinus. On a voulu rajeunir Agrippinus de quelques années et le donner pour successeur à Optatus, mentionné dans les Actes de sainte Perpétue, cf. A. Harnack, Geschichte der altchristliclien Litteratur, in-8°, Leipzig, 1893, t. I, p. 687 sq.; G. SCHMIDT, dans Gôtting. gel. Anzeig., 1893, p. 240; mais cette opinion est fondée sur une fausse interprétation d'un passage de Tertullien, cf. P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne depuis les origines jusqu'à l'invasion arabe, in-8°, Paris, 1901, t. I, p. 19. On a voulu aussi vieillir Agrippinus jusqu'à la fin du i« siècle. Cf. A. Toulotte, Géographie de l'Afrique chrétienne, t. I. Proconsulaire, in-8<>, Montreuil-s.- Mer, 1891, p. 13, sans plus de succès.

3. Tertullien, De jejunio, 13 : Aguntur praelerca per Graecias illa certis in locis concilia ex universis ecclesiis, per quae et altiora quaeque in commune tractantur,et ipsa repraesentatio totius nominis Christiani magna veneratione celebralur. On a conclu de là que jusqu'après 213, date du traité, les réunions d'évêques étaient inconnues en Afrique et que, par suite, il fallait reporter les synodes et l'épiscopat d'Agrippinus après cette date. Le texte n'autorise pas cette explication puisqu'il parle de concilia ex universis ecclesiis.

II. s. Cyprien, Epist. LXXIÏI, 3 : Quando anni sint jam muUi et ionga aetas ex quo sub Agrippino.

5. S. Cyprien, Epist. LXX, U; S. Augustin, De unie, baptism. contr. Petilian., XIII, 22.

rieur et d'y établir un grand nombre de sièges, d'aller plus loin encore et de s'infiltrer dans les tribus indépendantes. Il est superflu de chercher une date, on ne la lira nulle part. Le bon sens des Africains les a préservés de la prétention à 1' « apostolicité » ; il leur suffisait d'être chrétiens. Ils ne semblent pas avoir souhaité autre chose sinon d'établir que l'Eglise africaine dépendait du siège de Rome pour la doctrine seulement et la hiérarchie ecclésiastique \ En ce

1. Le texte connu delERTiLLiEi^, Depraescripl. Iiaeret., 36, rapproché du même traité, 20, ne dira rien de plus que si d'autres textes, qui restent à découvrir, le disent eux-mêmes. Cf. A. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Cliristenlums in den drei ersien Jahrhunderten, in-S", Leipzig, 1902, p. 51i, note 2. Cf. Fr. Mûnter, Primordia Ecclesiae Africanae, in-l", Hafniae, 1829, p. 10. S. Cypriex parle de l'Église de Rome qu'il qualifie de radix et matrix, mais c'est pour l'Église entière, Ecclesiae calholicae, qu'il la rconnaît telle ; or il est clair que nul ne songeait à attribuer à l'Église de Rome la fondation de celle d'Antioche, par exemple ; les termes de radix et matrix ne peuvent donc être pris au sens qu'une lecture hâtive leur a fait donner. La question fut soulevée au iV siècle; elle est résolue par saint Augustin, Episl. XLlll, 7 : Erat etiam {Carthago) transmarinis vicina regionibus et fama celeberrima nobilis : unde non mediocris utique auctoritas habeat episcopum, qui posset non curare multitudinem inimicorum quum se videret et Romanae Ecclesiae, in qua semper apostolicae calhedrae viguit principatus, et céleris terris, unde evangelium ad ipsam Afri- CAM VENIT, per communicatorias litteras esse coniunctum... Dans VAltercatio cum Pascentio ariano on lit au contraire : Si enim licet dicere non solum barbaris lingua sua, sed etiam romanis : si hora armen, quod interpretatur : Domine, miserere ! cur non liceret in conciliis Patrum, in ipsa terra Graecorum unde ubique destinata est fides, lingua propria homousion confiteri... Mûnter à qui nous empruntons ce texte le fait suivre d'un autre plus clair encore : Addamus, dit-il, convicium eiusdem yiugustini in donatistarum sectam quam accusât : ut

PRAEC1SAM AB ILLA RADICE ECCLESIARUM ORIENTALIUM, UNDE EVANGELIUM

IN Africam venit. Epist. XLllI, 7. F. Munter, op. cit., p. 12. Il est assez remarquable que dans la lettre du pape Innocent à Decentius de Gubbio, on ne réclame pour Rome que l'honneur d'avoir établi des Églises en Afrique, il n'y est pas question de la foi ; la lettre du pape saint Grégoire I®"' à l'évéque de Carthage Dominique est tout à fait décisive : « Sachant fort bien, dit-il, où I'épiscopat de vos Églises a pris son point de départ, vous avez raison de chérir notre chair apostolique d'y re-

qui concerne les origines proprement dites du christianisme africain et la question de savoir si les premiers missionnaires de TÉvangile qui mirent le pied en Afrique étaient envoyés par Rome, nous n'avons aucun parti à prendre. On a parlé du culte des apôtres Pierre et Paul ^ , mais nulle part la dévotion pour ces saints n'a été plus vive qu'en Angleterre où l'on ne peut songer à y voir un sentiment de reconnaissance pour une évangélisation personnelle ; les analogies liturgiques et épigraphiques entre les formules romaines et les formules africaines se réduisent à quelques mots et à quelques rites dont on retrouverait ailleurs des équivalents. Ce qui est historique et ce que nous devons retenir, c'est le lien intime qui n'a cessé pendant des siècles d'attacher l'Église d'Afrique, autant par la sympathie que par le sentiment du devoir, à l'Eglise de Rome.

Le christianisme a dû pénétrer en Afrique par Carthage, nous ne savons rien de plus. L'activité commerciale de cette ville et ses relations avec les ports syriens peut donner lieu de penser que l'un des convertis orientaux de la première heure venu de Jérusalem, d'Antioche ou d'Alexandrie, y aura le premier introduit le christianisme ^. Cette distinction entre l'envoi des évangélistes et l'établissement de la hiérarchie ne doit jamais être perdue de vue. Malgré

courir comme à la source de votre ministère et de vous y tenir constamment unis par une affection bien justifiée. Episl., 1. VIII, n. 33.

1. P. Mo^CEALX, Hist. litt. de l'Afrique chrétienne, 1. 1, p. 4, note 4.

2. Il suffît de rappeler en note que, d'après un récit grec anonyme, saint Pierre serait venu deux fois en Afrique et y aurait fait élire son disciple Crescent évêque de Carthage : ... tîq KapyyjSovewv 7i6)>et TÎj; 'Acpptxï^ç £7riêa:v£f èv tt) tôv KpiQtTxsvTa èîtiaxoTrov X£ipofO''^<y*Ç» £'? AtyuTTTOv IpysTai... "ETreita sic AlyuTZTov è'^KTTpéd'aç, 6ià t^ç 'Açpiv.r\i a56tç eîç 'Pto[j.Y]v ÛTté^Tpe^'ev. Anonyme, De ss. Petro et Paiilo, 3,

l'obligation où l'on se trouve de ne pas accepter sans restrictions les indications fournies par les Pères et les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles en matière d'histoire, on ne peut se refuser à prendre en considération quelques paroles très claires, mais malheureusement bien tardives et relevant peut-être plus de l'ardeur de la polémique que de la sérénité de l'histoire. Tertullien ne paraît pas avoir reçu l'écho d'une tradition sur l'origine directement apostolique de l'Église locale \ Saint Cyprien parle d'une manière peu précise. Saint Augustin est très net d'abord, puis il hésite ^. Salvien appelle Carthage

11, dans Acta sanct., juin, t. V, p. U16. Ps. Flavius Dexter, Clironicon,

ad ann. 50 : Petrus ut Christi vicarius, Hispanias adiit Multis eum

comitantibus... Barnaba Judaque. Hinc ad Africain et jEgyptum migrât. Cf. TiLLEMONT, Mém. pour servir à l'Iiist. ecclés., l. I, p. 525; P. Monceaux, op. cit., 1. 1, p. 5, note 1. Ces voyages des apôtres mériteraient une étude. Nicéphore Calliste, Hist. eccl., 1. II, c. xl, découvre tout un itinéraire : ... tv^ 'Aippixr) npoaêaXwv, MaupiTaviav xz xal ôtov ty;? AiêuYiç èaTt Tw Eùaf^znoii ôtaôpa(xc6v xat upo; éauéptov wxeavàv elaêaXtov. Dans le Martyrolog. Hieronym., édit. De Rossi-Duchesne,

V Kal. Nov. = 28 octobre, p. 136 : Et in Carthagine Natal, aposlo-

lorum Simonis Cananei et Judae Zelotis. Il ne serait pas impossible que l'on ait même songé à dépouiller les Alexandrins de saint Marc, malgré leur modestie à se contenter d'un simple évangéliste. Nicéphore, op. cit., I. Il, c. XLiii : eut Ô£ Tiêsptou Kaicapoç x^ AiyijTCTtp xal AiêuTÇ], £Tt ôs xal T^ BapoaptxTg uàcT) tov Xptaxoù làyo'J eùaYyeXt» <yà{i.£voç

1. Cf. la note avant la précédente. De prescript., 36 : liomam unde nobis quoque auctoritas praesto est... Videamus quid didicerit, quid docuerit, cum Africanis quoque ecclesiis contesserarit.

2. S. AUGUsnx, De unitate ecclesiae, 15, 37, cite les paroles de l'évêque donatiste de Cirta, Petilianus, affirmant que « l'Evangile est arrivé tard icn Afrique » ; S. Augustin répond : « Certainement l'Afrique n'est pas la dernière dans l'ordre de la foi ». A la conférence de Carthage il est beaucoup plus affirmatif : Quaeris autem a me unde communia mea sumat

exordium Coepit ista praedicatio ab Hierusalem, inde se ab illus-

trissimo exordio diffudit, diffundens Ecclesiam quam tenemus : primo per vicina, deindeper longinqua etiam in Africam venit. Mansi, Conc. ampLiss. coll., t. IV, p. 229. Cf. Enarrat. in Psalm. XLIV, 23, 32; £narr.

i3}Psalm. XLIX, 3.

36 L'AFRIQL'E CHRÉTIENNE.

« une ville chrétienne, une ville ecclésiastique, que les apôtres ont jadis instruite ^ ». Au vi^ siècle, nous voyons les évoques de Numidie solliciter officiellement du pape Grégoire P*" le maintien de toutes leurs vieilles coutumes « qui s'étaient maintenues jusquelà, pendant si longtemps, depuis les premières ordinations faites par saint Pierre, prince des apôtres ^ ». Leur demande fut accordée ^. Il n'y a rien à conclure historiquement de ces indications tardives et vagues. Nous pouvons grouper d'autres faits et, celte fois, avec un profit plus réel pour l'étude des origines de la chrétienté africaine.

Il n'est pas possible de s'occuper de l'expansion du christianisme sans tenir compte du rôle joué par les synagogues. Les Actes des Apôtres ne nous laissent rien à apprendre sur la tactique des premiers missionnaires de l'Évangile ; il n'y a pas de raison de croire que l'on usa ailleurs qu'en Syrie et en Asie Mineure d'un procédé différent. Il semble que partout, ce soit par les communautés juives qu'on ait amorcé la prédication évangélique. Les Juifs étaient nombreux alors dans l'Alrique du Nord \ Nous y

1. Salvien, De gubomatione Dei, édil. Halm,1. VII, n. 18, 79: ... quam quondam doctrinis suis aposloii instiluerant.

2. S. GREGOIRE l"", Epist., 1. I, n. 77 : Gregorius universis epîscopis

Numidiae Petistis etenim per Hilarum chartularium nostrum a

beatae memoriae decessore noslro, ut omnes vobis rétro temporum consuetudines servarentur, quas a beati Pétri apostolorum principis ordinalionum iniliis hactenus vetustas longo servavit.

3. M. P. Monceaux, op. cit., t. I, p. 6, voit dans celte concession l'apparence d'un fondement quelconque dans la demande ; nous croyons, au contraire, que dans une circonstance semblable, la concession ne saurait acquérir cette portée.

k. Un des monuments les plus curieux est le cimetière situé à Cartilage entre Marsa et Gamart qui remonte à l'époque des empereurs. A. Delattre, cité par De VogOé, dans la Revue arcUéot., 1889, t. XIII, p. 178 sq. ; E. de Sainte-Marie, Mission à Carlliage, in-8°, Lyon, 1895.

connaissons l'existence de plusieurs synagogues ' et de quelques colonies juives ^ et Ibn Khaldoun donne une longue liste des tribus berbères de Tripoli et du Maroc qui observaient les rites du judaïsme ^.

Sur les établissements des Juifs en Afrique, cf. Talmud de Jérusalem, tr. Scliebtovoh, ol. 36; tr. Oiddouschim, fol. 61, col. 111 ; Talmud de Bahylone, tr. Berakhotli, fol. 29 a; tr. Menachoth, fol. 110 a; Gazes, Essai sur l'histoire des Israélites de Tunisie, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'établissement du protectorat de la France en Tunisie, in-8°, Paris, 1888 ; Lapie, Les civilisations tunisiennes, in-8°, Paris, 1898, p. 52-60, 123-135, 164-170, 220-226; ISAAC Block, Inscriptions tumulaires des anciens cimetières israélites d'Alger, in-8*^, Alger, 1888; Wahl, V Algérie, in-8°, Paris, 1889, p. 214 sq. ; P. Mo\ceaux, Hist. litt. de l'Afrique clirét., t. I, p. 8, 9.

1. A. Volubilis (Maroc), cf. P. Behcer, dans le Bull, du Comité, 1892, p. 64; à Sétif, cf. C. I. L., n. 8423, 8499; à Hammam-Lîf (= Naro), cf. Journal officiel tunisien, 18 et 29 mars, 11 mai 1883; A. J. Delattre, Ruines d'une antique synagogue à Ilammam-Llf, dans Le Monde, 11 mai 1883; Schlumberger, dans la Rev. archéol., 1883, t. I, p. 157 sq. ; Comptes rendus de l'Acad. des Inscript., 1883, p. 15; E. Rexan, dans la Revue archéol., 1884, t. I, p. 273 sq., fis?, pi. VII-X; u. Kaufmanx, dans la Revue des Etudes juives, 1886, p. 46 sq. ; Reiivach, dans la même revue, p. 217 sq. ; De Rossi, dans les Archives de l'Orient latin, t. II, p. 452; R. Gagnât et P. Gauckler, Les monuments historiques de la Tunisie, in-fol., Paris, 1898, p. 152 sq. ; C. I. L., n. 12457 a, b, c. ; R. de la Blanchère et P. Gauckler, Collections du musée Alaoui, in-4°, Paris, 1890, 1. 1, p. 12, n. 15-18; Bull, de la Soc. des Antiq. de France, 1895, p. 150 sq.

2. A Auzia, cf. C. I. L., n. 20760; à Tipasa, cf. S. Gsell, dans les Mél. d'arch. et d'hist., 1894, t. XIV, p. 804; à Gésarée de Maurétanie, cf. S. Gsell, Cherchel, Tipasa, in-8'', Alger, 1896, p. 25 ; à Oea, en Tripolitaine, S. Augustin, Epist. LXXI, 3, 5 ; à Girta, C. I. L., n. 7150, 7155. Pour les textes il faut d'ailleurs se reporter à Reinach, dans Saglio, Dict. des antiq. gr. et romaines, t. III, p. 622. Cf. C. I. L., n. 4321 et additam., p. 956; Delattre, Lampes chrétiennes, dans la Rev. de l'Art chrétien, 1890 et Revue des Eludes juives, t. XIII, p. 219 sq. ; C. I. L., n. 8423, 8499, 7155; Ephem. epigr., t. V, n. 537 ; Rev. des Etudes juives, t. XIII, p. 46,

3. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes, trad. de Slane, 4 vol. in-S^», Alger, 1855-1858, t. III, p. 208; en Tripolitaine, dans TAurès et dans les Ksour. Ibn Khaldoun, Hist. des Berbères (trad. de Slane), in-8°, Alger, 1852, t. I, p. 208, nous dit qu'une partie des Berbères professait le judaïsme. Parmi les Berbères juifs, on distinguait les Djeraoua, tribu qui habitait l'Aurès. Les autres tribus juives étaient les Nefouça, Berbères de l'Ifrikia; les Feudelaoua, les Mediouna, les Behloula, les Ghiatha et les Fazaz, Berbères du Maghreb-el-Asca.

La colonie juive de Carthage fut probablement florissante ; c'est du moins ce que les souvenirs qui nous en restent autorisent à penser. On peut juger de son importance par l'étendue de son cimetière qui ne paraît pas cependant avoir été l'unique ; il ne comporte que quelques centaines de caveaux, taillés dans le calcaire, distribués et décorés d'après les procédés en usage en Palestine^. La colonie de Carthage

1. Hypogées rectangulaires ayant accès par des escaliers. Les corps étaient logés dans les niches percées dans les parois. L'épigraphie n'y a trouvé que peu de chose; la plupart des épitaphes sont gravées sur le marbre, quelques-unes sont peintes en rouge. Cf. R. Gagnât et J. SCHMiDT, dans C. I. X., n. 1^097-1^114; A. Delattre, dans le Cosmos,

1888, fasc. 167, p. 16 sq. ; 1890, fasc. 258, p. 132. Ajouter Tinscription du C. I. L., n. 14191. Pour la description de cette nécropole et l'indication des peintures et épitaphes, cf. A. Delattre, Gamart ou la nécropole juive de Cartluuje, in-4°, Lyon, 1895; De Vogué, dans la Rcv. arcliéoi.,

1889, t. I, p. 163 sq. ; Babelon, Carthage, in-12, Paris, 1896, p. 175 sq. ; H. Leclercq, Afi-ique, dans D. Cabrol, Dict. d'arch. et de liturg., t. I, col. 745.

M. P. Monceaux a étudié récemment Les colonies juives dans l'Afrique romaine, dans la Revue des Etudes juives, 1902, t. XLV, p. 1-28. Son travail laissera probablement peu de chose à ajouter au sujet d'ici très longtemps. La colonie juive de Carthage nous est mieux connue que les autres : outre les textes d'auteurs, les tombeaux, les épitaphes, les tabellae devotionis, les lampes en terre cuite et un témoignage du Talmud, nous la voyons fréquemment mentionnée par les auteurs chrétiens. Tertullien met en scène, Adv. Judaeos, 1, un prosélyte juif qu'il avait lui-même entendu discuter. Le Talmud mentionne à plusieurs reprises les noms des rabbins de Carthage, qui paraissent avoir vécu entre le ii<^ et le iv« siècle de notre ère. Cf. Munter, Primordia Eccl. africanae, p. 165 ; Neubauer, La géographie du Talmud, in-8°, Paris, 1868, p. 411 ; Hamburger, Beat. Encyclopddie fur Bibel und Talmud, art. Karthago. La littérature chrétienne mentionne la présence de groupes juifs ou de juifs isolés dans plusieurs localités. Outre celles oii nous avons mentionné l'existence d'une synagogue, nous rencontrons un archon à Clique, C. I. L., n. 1205 = Additam., p. 931; un sorcier juif à Uzali, près d'Utique, cf. S. Augustin, De civil. Dei, XXII, 8, 21 ; des Israélites à Simitiu, S. Augustin, Appendix, Sermo XVII, 9, P. L., t. XLVI, col. 881; des judaïsants habitaient à Thusurus (= Tozeur) sur les bords du lac Triton dans la Proconsulaire, et l'évêque local était avec eux, cf. S. Augustin, Epist. 196. Tertullien nous parle de païens judaïsants, Apolog. 16, dont on relève peut-être une trace épigraphique, cf. P. IMonceaux, Païens

n'avait dégénéré en rien des usages et des sentiments du reste de la nation. Mais il n'en avait pas été ainsi dès la première heure et la nécropole du Djebel-Khaoui en a gardé bon témoignage. Juifs et chrétiens y sont enterrés côte à côte ^ S'il en était ainsi, « c'est donc que l'on avait vécu en bons termes; car deux reli-

judaïsants, essai d'explicatioyi d'une inscription africaine, dans la Revue archéologique, 1902, clans une inscription de Henschir-Djouana, à l'est de Kairouan, localité voisine de Henschir-Joudia. Hadrumète avait aussi sa colonie juive qui a fourni bon nombre de tabellae devotionis, cf. De la Blaxchère, Collections du Musée Alaoui, in-4°, Paris, 1890, p. 57 sq., p. 101 sq. ; Comptes rendus de l'Acad. des Inscript., 1892, p. 226, 231 ; WiJ>iSCH, dans le Rheinisches Muséum, t. LV, 1900, p. 2^6 sq. ; S. GSELL, dans les Mél. d'arch. et d'Iiist., 1901, p. 205; H. de Villefosse, dans le Bull, de la Soc. des Antiq. de France, séance du 11 décembre 1901. En Tripolitaine, nous connaissons deux communautés juives, à Oea, cf. S. Augustin, Epist. LXXI; au S.-E. d'Oea, à Iscina, ouScina qui porte dans la Table de Peutinger le nom de Locus Judaeorum Augusti, cf. TissoT, Géogr. comp., t. I!, p. 237. Plusieurs localités portent les noms loudi, loudia, en composition de leur dénomination. Un peu à l'Est de Leptis Magna, dit M. P. Monceaux, près de l'emplacement de Simnuana, un petit cap s'appelle Ras-el-lhoudi. C. Tissot, op. cit., t. Il, p. 223. Entre Iscina et la frontière du pays de Barca, une localité qui répond à la station antique du Presidio, porte encore le nom de lehoudia. C. Tissot, op. cit., t. Il, p. 238. De l'autre côté de la frontière, en Cyrénaïque, la première ville qu'on rencontrait, Borion, renfermait beaucoup d'Israélites au témoignage de Procope, De aedificiis Justiniani, VI, 2; depuis la petite Syrte, toute une série de colonies juives jalonnait le chemin des grandes communautés de Cyrène et d'Alexandrie. Il faut, pour bien comprendre ce système, lire les voyages du juif Benjamin de Tudela, Voyages en Europe, en Asie et en Afrique depuis l'Espagne jusqu'à la Chine, 2 vol. in-8°, Amsterdam, 173^. La Numidie avait une communauté juive à Hippone, cf. S. Augustin, Sermo CXCVI, 4; à Cirta, cf. C. I. L., n. 7150, 7155, 7530 (= p. 965), 7710; à Henschir-Fuara, près de Morsolt, cf. C. I. L., n. 16701; au Ksour-el-Ghennaia, entre Lambèse et Diana, cf. C. I. L., n. i»321 (= p. 956). Dans les Maurétanies nous trouvons des communautés à Sétif, C. I. L., n. 8^23, 8499, cf. 8640 qui se rapporterait à un juif devenu chrétien; à Auzia, cf. C. I. L., n. 20760; à Tipasa, cf. Passio s. Salsae, 3; à Césarée de Maurétanie, cf. Acta Marcianae, 4; à Volubilis, cf. P. Berger, dans le Bull, du Comité, 1892, p. 64-66; M. P. Monceaux a résumé ce que nous savons dans un tableau, op. cit., p. 10, fort bien fait.

Page 1