ILES
Des mentions chronologiques. — Bien que le plus grand nombre des marbres chrétiens soit dépourvu de note chronologique certaine et qu'on doive recourir pour les dater à l'étude critique de leur texte, ainsi que nous l'avons dit, on n'en possède pas moins les bases précieuses d'appréciation dans les tittdi datés. Ces dates appartiennent à des systèmes divers. Un des plus fréquemment employés est V indiction ^, mode de supputation à peu près dépourvu de valeur chronologique quand il se montre isolément puisqu'il représente des cycles renouvelables d'une durée de quinze années chacun. L'indiction en usage sur les marbres commence ordinairement le 1^^ septembre, de telle sorte que le consul entrant en charge le
1. G. Haisnezo et L. FÉMÉLIAUX, dans le BuU. du Comité, 1900, p. 152, n. 5.
2. C. I. L., n. 56, 57, cf. 11106; ^51, ^52, /i53, 460, 2018, 5263, 526^1, 5488, 5489,5491,7924, 10636, 10637, 10638, 10641, 11650, 11654, 11655,16656, 16657, 16661, 16663, 16665, 17414. P. Gauckler, dans le Bull, du Comité, 1897, p. 436, n. 208; H. Chardon, dans même revue, 1900, p. 144, pi. V; p. 146; S. Gsell, dans même revue, 1896, p. 165, n. 26.
pr janvier voit deux indictions et que chaque indiction correspond à deux consulats. Dans les marbres africains l'indiction est isolée de toute autre mention chronologique consulaire, royale ou provinciale ; il en résulte que cette supputation ne peut rendre presque aucun service K
11 existait d'autres modes de supputation. La chronologie consulaire dont les Africains ont fait peu usage ^ a été employée, comme on doit s'y attendre, sur quelques inscriptions dédicatoires 3. L'une d'entre elles réunit deux supputations différentes : la chronologie consulaire et la chronologie provinciale représentée par l'ère de Maurétanie* :
IN • HOC • LOCO . SANCTO • DEPOSI TAE • SVNT • RELIQVIAE • SANCTI LAVRENTI • MARTI RIS °^^ III MN AVG • CONS • HERCVLANI • VC 5 DIE DOM N • DEDICANTE LAVRENTIO VVS • P • MOR • DOM • AN • P • CCCCXIII • AMEN
1. Les périodes indictales sont trop fréquentes pour correspondre à des variétés paléographiques. Notons que, vers le milieu du vi® siècle, on peut citer quelques indictions notées à partir du 1*=' janvier. Cf. De Rossi, Inscript, cfirist., 1. 1, p. c; G. Marini, Papiri diplomatici, in-fol., Roma, 1805, p. 261 A, ^08 b; enfin une épitaphe romaine de l'année 522 nous apprend que le onzième jour du mois d'aoCit de cette année, un cycle indictal de quinze touchait à sa fin. De Rossi, op. cit., 1. 1, n. 979.
2. C. I. L., n. 2389, ^799, 8630; H. DE Villefosse, dans les Arcliiv. des miss, scientif. (1874), p. 452, n, 127. Quelques inscriptions appartiennent à l'époque de la domination byzantine : C. I. L., n. 5352, 12035 ; Bosre- DON, dans Bec. de la soc. arcli. de Constantine, 1876, p. 376. Cf. deux épitaphes à date consulaire, C. I. L,, n. 11127, 11129, à Lepli Minus, en 427 et 429.
3. C. L /,., n. 2389, « au sud du Capitole, dans les ruines d'une basilique chrétienne », L. Renier, Recueil, n. 1518; C. I. L., n. 4799.
4. V. de Buck, Explication de deux épigraphes chrétiennes, etc., ou détermination de l'ère de la province de Maurétanie, dans la Collection de précis historiques, Bruxelles, 1854, p. 477. Cette dissertation a été inconnue de L. Renier, dans la Bévue archéoL, t. VIF, p. 369; de G. Henzen dans Orelli, Inscr. lat. sélect., n. 5338, et de C. Cavedoni dans Opuscolireligiosi di Modena, t. VI, p. 335; Piper, Die christl. Festrechnunçj, dans Evang. Kalendcr vom Jahre, 1855; A. Schwarze, op. cit., p. 89-90.
Cette inscription nous permet d'établir la concordance entre l'ère chrétienne et l'ère de Maurétanie qui est en retard de 40 années sur celle-là ^ Le consulat d'Herculanus correspond à l'année 452, dans laquelle le S'^jour du mois d'août tombait en effet un dimanche et cette même année est comptée comme étant la 413^ de l'ère provinciale. La dernière ligne peut offrir quelque obscurité : Dedicante Laurenlio v{iro) v{enerabili) s{acerdote) ^ p{ost) m{ortem) Domiini) a7i{no) p{7'ovinciae) il3. L. Renier conjecturait que le lapicide avait songé tout d'abord à supputer les années depuis la mort du Christ ; puis, changeant d'avis, il serait revenu à l'ère de Maurétanie, mais le P. de Buck a montré qu'il y avait dans cette formule un procédé spécial à l'Eglise d'Afrique. Celle-ci commençait l'année au 25 mars, jour qu'elle tenait pour l'anniversaire de la mort du Seigneur ; il s'ensuit que là où ce comput était en pratique, l'année civile se trouvait fractionnée en deux sections, l'une ante pascha, l'autre posl pascha; par conséquent l'ère provinciale était scindée, elle aussi, en deux sections qui portaient les désignations de ante mortem Domini dans la période antérieure au 25 mars, et 2Jost mortem Domini dans la période qui suivait cette date. Ce qui pourrait surprendre, c'est que l'inscription de Sétif est, jusqu'à ce jour, la seule qui offre cette mention, bien que l'ère provinciale soit très fréquemment employée. La raison en est donnée par V. de Buck 3 et
1. MoMMSEN, Epigraphhclie analektcn, n. 20, clans Bericlilc der pliil. hist. CL der K. Sciclis. Ges. de Wissensch,, 1852, p. 313; L. Remer. dans la Bévue archéol., t. XI, p. ^^5; t. XV, p. 565; G. Henzen, op. cit., n. 5337; A. Berbrugger, dans la Bévue africaine, t. I, p. 22; G. Cave- DOM, op. cit., 322; Creully dans VAnnuaire de la soc. arch. de Consfana'ne, 1858-1859, p. 2 sq. De Rossi, Incr. ciwist.. t. I, p. vi; A. Poulle, De l'Ère maure tanienne et de l'époque de la division de la Maurétanie Césarienne en deux provinces, dans VAnn. de la soc. arcli. de Constantine, t. VI (1862), p. 261 sqq. Sur les ères d'Afrique depuis Bélisaire, cf. R. Gagnât, dans les Arch. des miss, scient., t. XII (1885), p. 13 sqq. Remarquons que l'ère de Maurétanie coïncide avec l'ère de l'Ascension qu'emploie seul l'auteur de la Chronique d'Alexandrie.
2. Pour l'explication et la discussion de ces sigles, cf. De Rossi, op. cit., t. 1, p. VII.
3. V. DE BUCK, op. cit. (185^), p. hll sq. ; (1856), p. 81-90, 105-111. Rappelons un autre exemple de ce calcul : le calendrier de Carthagc
Rossi '. Le titulus fait mémoire des reliques de saint Laurent déposées dans un oratoire ou dans une basilique le 3^ jour du mois d'août, de sorte que si la dédicace de cet oratoire ou de cette basilique avait été célébrée au moyen de cette disposition, l'octave qu'il était d'usage de faire en pareille circonstance tombait le 10^ jour du mois d'août, jour de la fête de saint Laurent ^.
La simple mention de l'ère de Maurétanie peut nous conduire à des constatations topographiques qui ne sont pas sans importance. C'est le cas pour une inscription découverte en 1895 à Kherbet-el-Ma-el-Abiod, à mi-chemin entre Aziz-ben-Tellis et Bordj-Mamra ^ ; cette inscription est de l'année 474 apr. J.-C. :
IN HOC LOCO SVNT MEMO
RIE SANG» MARTIRVM J^^ J0^ LAVRENTI • IPPOLITI • J^^ EVFIMIE J0^ MINNE ET DE CRVCE DNI DEPOSITE DIE III NO
NAS FEBRARIAS X AN?
CCCCXXXV
« Ce document, écrit M. Gagnât, permet de rectifier le tracé de la frontière de Numidie vers l'Ouest. On admettait jusqu'ici que cette frontière, après avoir suivi l'Oued- Endja, passait entre Cuicul et Mons et descendait en ligne droite jusqu'au Chott-Beida (entre Perdices et Nova Sparsa). Nous voyons maintenant que la région voisine d' Aziz-ben-Tellis et de Bordj-Mamra était comprise dans la Maurétanie puisqu'on s'y servait pour la supputation des années de l'ère maurétanienne K »
du vie siècle publié par Mabillon, Vêlera ancdecta, t. lil, p. 398-401, cf. supra, p. 258, note 2.