‹ L'Afrique chrétienneChapitre 63 sur 280 · Ibid., can · texte numérisé non relu

Ibid., can

3. Beauchet, dans la Nouvelle Bévue historique du Droit, 1883, p. 395, U. Conc. Carthag. XVI, can. 17. Cf. L. de Mas-Latrie. L'episcopus

Gumnitanus et la primauté de l'évêque de Cartilage, dans la Bibiioth. de l'Ecole des Chartes, 1883, p. 72 sq.

5. En droit, les évêques pouvaient s'adresser au pape, mais il semble bien qu'on ne s'y soit résigné en fait qu'en raison de l'amoindrissement croissant que les rivalités intérieures infligeaient au siège de Carlhage. Ces dispositions peuvent être le résultat du foisonnement des évêchés et de la valeur fort différente de ceux qui occupaient les sièges. Déjà saint Cyprien trouve matière aux observations suivantes : « Les évêques qui doivent instruire les autres et leur montrer l'exemple, méprisent l'administration des choses saintes pour se mêler des affaires séculières, et plusieurs, abandonnant leur chaire et leur peuple, courent de province en province, pour se livrer à de honteux trafics. Au moment même où leurs frères meurent de faim, ils ne songent qu'à amasser beaucoup d'argent; ils s'emparent par fraude des héritages d'autrui et font profiter leur argent par l'usure. » De lapsis, et toute la fin de ce passage est reprise et citée par S. Augustin, Epist. CVIll, 10, ad Macrobium. On s'étonne moins de ces récriminations en apprenant qu'Aurélius, primat de Carthage, dit avoir un évêque à ordonner tous les dimanches, Cod. canon. A fric, can. U9.

prêtre excommunié, fût-il réintégré par « un jugement d'outre-mer » , demeure exclu du clergé d'Afrique; bien plus, lorsque prêtres, diacres ou clercs croiront avoir à se plaindre du jugement rendu par leur évêque, ils pourront, avec le consentement de ce dernier, s'adresser aux évêques voisins qui prendront connaissance du différend. S'ils veulent en appeler de nouveau, la cause sera portée devant leur primat ou devant le concile d'Afrique, mais quiconque fera appel à un tribunal d'outre-mer doit être exclu de la communion dans l'intérieur de l'Afrique. Ce n'était là d'ailleurs que l'extension au bas clergé d'une mesure qui avait atteint depuis longtemps les évêques, au moins sous la forme des obstacles amoncelés sur leur chemin dès que, sans l'aveu du primat, ils songeaient au voyage de Rome ^ .

Il importe à la suite de notre travail, de fixer les limites des circonscriptions ecclésiastiques, qui, à

Comme toujours, les textes canoniques expliquent bien des choses. La multiplication des sièges était amenée dans bien des cas parles vieux sentiments païens sur la cité antique, indépendante. 11 semble que saint Léon le Grand soit le premier pape qui ait essayé une réforme sur ce point. Illud sane inter omnia volumus statuta canonum custodiri, ut non in quibuslibet locis^ nec in quibuslibet castellis, et ubi ante non fucrunt episcopi consecrenlur. Ubi minores sunt plèbes, minoresque cojiventus, presbyterorum cura sufficiat; episcopalia autem gubemacula tion nisi majoribus populis et frequeyitibus civitatibus oporlel praesidere. S. Léon, Epist. LXXXVII, 2. Il y avait des évêques ruraux en assez grand nombre, principalement dans les fundî, les saltus, cf. Collât. Carthag. (411), dies I, ch. clxxxi : Alypius Thagastensis dixit : Scriptum sit omnes istos in fundis, vel in villis esse episcopos ordinatos, non in aliquibus civitatibus. — Petilianus respondit : Sic etiam tu multos habes per omnes agros dispersos.

1. Ces mesures avaient d'ailleurs un côté utile. Osius de Cordoue disait publiquement devant les Pères de Sardique (347) : « Beaucoup d'évêques vont constamment à la cour impériale, surtout les évêques africains, qui n'acceptent pas les conseils salutaires de notre collègue et frère bien-aimé Gratus (de Carthage). Ces intrigues inconsidérées nous font du tort et sèment des rancunes »; Concil. Sardicense, can. 7.

partir de l'an 393, vont s identifier avec les circonscriptions civiles, sauf un petit nombre d'exceptions, notamment la Tingitane qui, au point de vue ecclésiastique, fut réunie à la Maurétanie Césarienne. Il semble que, jusqu'à la fin du iii^ siècle, on ne se soit guère préoccupé de calquer exactement le dispositif adopté par l'état romain. Saint Cyprien mentionne l'existence des trois provinces civiles auxquelles il oppose l'unique province religieuse concentrée sous le gouvernement du métropolitain de Carthage \ Il est possible que l'on ait eu l'idée préconçue de n'adopter le cadre des grandes circonscriptions civiles que lorsque le nombre et la prospérité des Églises permettraient de le remplir. Ainsi, à mesure qu'on s'éloignait de Carthage, l'apparition des circonscriptions se fait de plus en plus tardive^. La Proconsulaire avait pour métropole Carthage, et pour limites : au nord, la mer; à l'ouest, uub frontière passant par

1. s. Cyprien, Epîst. XLV : Latins fusa est nostra provincia, habel enim Numidiam et Mauritaniam sibi coliacrentes. De nombreuse éditions disent : et Maurîtanias duas; Baluze, Notae ad Cyprianuirij p. U5li, a expliqué que cette faute remonte à l'édition de Paul Manuce, 1563, et elle est reproduite dans les éditions d'Aide dont EUies Dupin a dû faire usage, ce qui l'a induit en erreur dans sa Geographia sacra. Sur le texte du concile de 256 : Cum in unum Carthagini convenissent kalendis septembris episcopi plurimi ex provincia Africa, Numidia, Mauritania, cum presbyteris, cf. H. Fournel, Etude sur la conquête de l'Afrique par les Arabes, t. I, p. 62, note 3, note c et notes 1*, 2*.

2. S. Augustin, Epist. LYIII, parle des deux Numidies, ainsi que les actes du concile de Carthage, en 419; néanmoins rien ne permet de supposer que la hiérarchie ecclésiastique se fût conformée alors, par la nomination de deux primats, aux deux Numidies, la consularis et la proconsularis. D'ailleurs la distinction civile ayant pris fin en 313, ou au plus tard en 320, cf. Goyau, dans les Mél. d'arch. et d'hist., 1893, t. XIII, p. 251 sq., p. 277, il reste douteux qu'elle se fût maintenue près d'un siècle dans la hiérarchie ecclésiastique. C'est le contraire, avec la Maurétanie Sétifienne, qui, dès le temps de Dioclétien, a son existence propre et sa métropole; on attendra jusqu'en 393 pour la détacher de la

Ammaedera ^ la région de Simittu et Naraggara et contournant Thaia qu'elle laissait à la Numidie. Celleci était bornée au nord par le rivage de la mer de Tucca à Thabraca: à l'ouest par une ligne partant de l'embouchure del'Ampsaga et enfermant les villes de Cuicul, Zaraïet Bagaï^. LaByzacène se terminait aux points suivants : entre Altiburus-Tugga et Mactaris- Aggar, Leptis Minor, entre Putput et Upenna. Les villes de Upenna, Horrea Cœlia, Hadrumète, Ruspina lui appartenaient ; à l'ouest, ses limites passaient à Cilium. Thelepte, Capsa, Thiges, Tuzurus; au sud, Nepte, le lac Triton; au sud-est, la région des Arzu-

circonscription ecclésiastique de la Numidie. Ce n'est qu'au synode d'Hippone (393) qu'on lui concède un primat.

1. 11 faut remarquer que les circonscriptions civile et ecclésiastique ne coïncident pas toujours rigoureusement. L'adrinistration civile avait placé Calama et Theveste dans la Proconsulaire ; la répartition épiscopale les met en Numidie, mais par contre elle dépouille la Numidie de Sicca et BuUa-Regia qu'elle attribue à la Proconsulaire. A. Schwarze, Zur Entivicklung der kirchliclien Provinzen, dans tinter suc hung en iiber die ausscre Entivicklung der afrikanischen Kirche, mit besonderer Verwertung der archdologischen Funde, in-S", Gottingen, 1892, p. 18-28 et pour les provinces civiles, ibid., p. 2-18.

2. Ces indications sont souvent soumises à des variations; c'est ainsi qu'une inscription a permis une rectification topographique qui n'est pas sans importance. Cette inscription, découverte en 1895 à Kherbet-el-Ma-el- Abiod, à mi-chemin entre Aziz-ben-Tellis et Bordj-Mamra, est datée de Vanno provinciae ^35 = UlU apr. J.-C. On faisait donc usage en ce lieu de l'ère de Maurétanie. « Ce document, écrit M. Cagnat, permet de rectifier le tracé de la province de Numidie vers l'ouest. On admettait jusqu'ici que cette frontière, après avoir suivi l'Oued-Enja, passait entre Cuicul et Mons et descendait en ligne droite jusqu'au Chott Beida (entre Perdices et ISova Sparsa). Nous voyons maintenant que la région voisine d' Aziz-ben-Tellis et de Bordj-Mamra était comprise dans la Maurétanie puisqu'on s'y servait pour la supputation des années de l'ère maurétanienne. » R. Cagnat, Chronique d'épigraphie africaine, dans le Bull, du Comité, 1895, p. 319 sq. Cf. E. Michon, Nouvelles ampoules à eulogies, dans les Mém. de la Soc. des Antiq. de France, 1897, p.* 299; Ch. Clermom-Ganneau, Le culte de saint Mennas en Maurétanie, dans Recueil d'arch. orientale, t. II, p. 180-181 ; C. I. L., n. 13'423.

ges ' qui s'étendait de la Tripolitaine au pied de l'Aurès. La Tripolitaine était comprise entre le lac Triton et la petite Syrte, au nord; la mer et la grande Syrte, à l'est; la région des Arzuges, à l'ouest; le désert et la Cyrénaïque, au sud. La Maurétanie Sétifienne avait la Numidie pour frontière orientale, la mer pour frontière septentrionale ; enfin une ligne tirée à l'ouest du Sinus Numidicus, à gauche de l'embouchure de rUsar, passant au sud de Zabi, au nord de Tubuna et s' enfonçant au désert, marquait sa limite avec la Maurétanie Césarienne. Celle-ci était séparée de la Tingitane à l'est par une ligne droite allant de l'embouchure du Malva à l'Atlas ; la mer et le désert formaient ses limites au nord et au sud ^.

1. C'est le Belad-el-Djerid. Aurelius, Epist. Carthag. ad omnes episcopos per Byzacenam et Arzugitanam provinciam constitiitos, dans Har- DOUIN, Concilia, t. I, col. 1232 ; d'après Orose, Histor., 1, 2, elle aurait fait partie de la Tripolitaine.

2. Un autre point de dissemblance entre circonscriptions civiles et circonscriptions ecclésiastiques. Celles-ci n'avaient pas de métropole en dehors de Carthage, métropole de toute l'Eglise d'Afrique. Dans chaque circonscription, le primat était l'évêque le plus âgé, il demeurait dans son siège, on le qualifiait de senex, ou bien de primae sedis episcopus. Ce n'était, en définitive, qu'un doyen. « Quand saint Augustin dominait l'Afrique par son génie, le primat de Numidie était Mégalius, obscur évêquede Calama. » F.Ferrère, La situation religieuse de f Afrique romaine depuis la fin du iv« siècle jusqu'à l'invasion des Vandales (^429), in-8°, Paris, 1897, p. 9; Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise, in-8°, Barle-Duc, 1875, t. V, ch. xx, paraît croire qu'on eût été embarrassé pour désigner des villes primaliales dans chaque circonscription ; la raison véritable est probablement plus disciplinaire. Il y avait ici ou bien un souvenir de l'ancien usage qui interdisait à l'évêque de changer d'Eglise, ou bien une remontrance à l'usage nouveau qui voulait qu'un évêque pût échanger son siège contre celui d'un archevêque. S. Léon V", Epist. IV, nous apprend qu'on comptait les années d'ancienneté pour la primatie d'après le temps de la consécration. Ceci concorde bien avec la mention de quelques épitaphes d'évêques. C. I. L., n. 2009, mort à 52 ans, dont 12 années d'épiscopat; R. Gagnât, dans le Bull, du Comité, 1895, n. 328, mort à 60 ans, dont 18 années d'épiscopat. Plus ordinairement on supprime la mention des années de la vie pour se borner

aux années d'épiscopat, C. I. L., n, 9286, 9709, 11893, 1189^, H. Chardon, dans le Bull, du Comité, 1900, p. 115, pi. V. Le pape Grégoire P'', Epist. LXXIV, écrivit à Gennadius, prescrivant que désormais le primat résiderait dans une ville déterminée après avoir été élu par l'assemblée des évêques. Mais il ne fut pas tenu compte de ces prescriptions.

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