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CHAPITRE V

Existence d'une littérature chrétienne primitive en Afrique. — Dialectes en usage. — Le grec. — Influence du pape Victor. — Le punique. — Le libyque. — Le latin.

L'expansion du christianisme nous apparaît en Afrique dès les premiers documents qui nous parlent de son existence : àMadaure \ à Scilium, àCarthage, dans la Proconsulaire, laNumidie, laByzacène, à Hadrumète, à Thysdrus, à Lambèse, àUthina, à Tipasa en Maurétanie. Ces débuts font présager le pullulement de la période qui va du iv^au vie siècle; mais, à vrai dire, la conquête chrétienne de l'Afrique est

1. La nomenclature et l'onomastique ne doivent pas être négligées dans la recherche des origines. Parmi les premiers martyrs africains se trouvent des noms puniques. Cet élément punique doit être au moins rappelé, puisqu'on ne peut faire plus, dans ces débuts de l'Eglise d'Afrique. Cf. T. Zahîv, Geschichte des neutestamentliche Kanons, in-S", Erlangen, 1881, t. I, p. UQ sq. Bon nombre de noms indigènes sont d'autant plus intéressants qu'ils permettent de se faire une idée de la composition de l'Eglise de l'Afrique. Ce sont des noms puniques ou berbères demeurés inaltérés; il y en a aussi de libyques ; Baric, Jader, Mettun, NamfamOf Namgedde, Gudden, Miggin, Sanaë. La rareté des noms patronymiques dans les inscriptions chrétiennes d'Afrique n'est pas telle qu'on ne puisse espérer gagner quelques autres noms. Sur toute cette question, cf. TouTAiv, Les cités romaines de la Tunisie, p. 167-196.

faite, sinon achevée, dès le début du iv^ siècle ^ Nous avons dit les éléments ethniques sur lesquels elle s'est exercée. De leur diversité surgissait une difficulté considérable. Quel idiome adopter avec les convertis?

Aussi longtemps qu'il ne s'agissait que de fonder des Églises ou d'envoyer en avant des missionnaires, il suffisait d'avoir sous la main des hommes possédant les notions du langage employé par ceux qu'ils allaient rencontrer; mais dès qu'il s'agissait de fonder des provinces ecclésiastiques, de les rattacher à la métropole, la question devenait complexe. N'étaitce pas rebuter à tout jamais les indigènes, ces insaisissables Berbères, que d'espérer les convertir assez à fond pour les amener à employer la langue de conquérants détestés ; d'autre part, fallait-il subordonner à leur conversion très problématique les chances d'établissement solide qu'on trouvait en s'appuyant sur la population coloniale gréco-romaine ^ ? Incontestablement et à première vue, la province d'Afrique était une terre latine^.

1. A. Ha.rna.Ck, Die MissîoJi und Ausbreitung des Christentums in den ersten drei Jahrhunderten, p. 520-527. Cette liste est la plus récente; nous y renvoyons provisoirement sous réserve des additions et des références à faire.

2. Nous ne mentionnons pas l'élément punique parce qu'il se conservait principalement dans les basses classes qui offraient de sérieuses ressemblances avec l'élément libyque ou berbère et, par conséquent, formait comme une annexe très voisine de l'élément autochtone, quant aux mœurs, aux passions, aux intérêts. 11 peut, à ce point de vue, sans qu'on s'écarte trop de la réalité historique, être considéré comme peu différent de celui-ci. Les classes élevées conservaient le punique, mais c'était sans doute affaire d'élégance, comme on se pique de savoir le celte ouïe provençal; la bourgeoisie en usait couramment.

3. Nous verrons qu'elle a fourni les premiers monuments latins de la littérature chrétienne; en ce qui concerne la littérature païenne, cf. P. Monceaux, Les Africains, Étude sur la littérature latine d'Afrique, in-12, Paris, 189^1.

Nous savons peu de chose sur les origines de la littérature chrétienne en Afrique en dehors des ouvrages qui nous ont été conservés. Tertullien parle d'improvisations qui se faisaient dans les repas communs des frères et il est probable qu'elles avaient la forme ou, du moins, Fallure lyrique ^ Peut-être même s'essaya-t-on parfois à des compositions sur un thème marqué d'avance, comme par exemple : les souffrances et le triomphe des martyrs ^. On ne peut rien dire de ces ouvrages, mais on peut croire qu'ils se ressentaient des goûts et des préoccupations ordinaires des communautés naissantes. On repensait la Bible, avec la vigueur et l'exaltation qu'une foi nouvelle met au cœur des hommes ; peut-être aussi, avec cette hauteur et cet emportement de sentiment avec lesquels ces hommes se donnaient à leur nouvelle religion. « Si vous aimez le théâtre pour les leçons qu'on y trouve, disait Tertullien, nous avons, nous chrétiens, une assez belle littérature, assez de vers, assez de sentences, assez même de cantiques, assez de chants; et ce ne sont pas des fables, ce sont des vérités ^. » Ils avaient donc dès lors une littérature. De quoi se composait-elle? Nous l'ignorons.

Nous ne sommes pas beaucoup plus avancés au sujet de la langue dont on usait dans les réunions et dans laquelle les communautés célébraient la liturgie. Nous savons que les dialectes grecs et latins et les idiomes indigènes se partageaient l'Afrique, mais

1. Tertullien, Apologetlcum, 39 : Post aquam maniialemet lumîna, ut quisque de Scripturis sanctis vel de proprîo ingenio potest, provocahir in médium Deo cancre.

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