Scorpiace, 7 : cantatur et exitus martyrum
5. De spectaculîs, 29; P. Monceaux, //wf. litt. de l'Afriq. chrct., t. I, p. 50, croit qu'il s'agit ici de la Bible; c'est assez possible, c'est même probable, mais la phrase de Tertullien n'est pas limitative.
rien ne donne lieu de supposer qu'ils se soient trouvés limités à des circonscriptions nettement localisées; c'est le contraire que les faits semblent insinuer.
L'Afrique fut témoin d'un essai d'hellénisme ; il dura peu, et il n'en resta rien ^ Pendant le règne du roi de Maurétanie, Juba, la ville de Gœsarea (= Cherchel), sa capitale, devint une cité grecque. Après sa mort et celle de son fils Ptolémée, leur création tomba aux mains des empereurs et Césarée se transforma en une ville romaine. Le latin conquit tous les esprits cultivés de Carthage à Tanger. Il ne faudrait pas en conclure que l'Église d'Afrique n'ait eu ni la connaissance, ni aucune impression des sources, des rites et des usages qui faisaient alors l'illustration des Églises de l'Orient.
Le grec était, au ii® siècle, parlé couramment à Carthage ^. Quatre traités de Tertullien furent écrits
1. Nous entendons ceci, au point de vue de la culture générale, et du tour intellectuel de la société africaine, car au point de vue archéologique le règne de Juba laissa un monument d'un grand intérêt, son tombeau élevé sur une crête du Sahel algérien. Les Arabes le désignent sous le nom de Kbour-er-Roumia, mais il est plus connu sous le nom de Tombeau de la chrétienne (au sud-ouest de Koléa), et ce nom n'a pas laissé de provoquer plusieurs méprises, cf. S. Gsell, Les nioyiuments antiques de P Algérie, in-8°, Paris, 1901, 1. 1, p. 69. Sur Juba et sou essai de royaume helléniste, cf. G. Muller, Fragm. hist. grsecoy^um, t. III, p. û65 sqq. G. de LA Blanchère, De regeJuba; P. Monceaux, Statues de Clierchel provenant du musée grec des rois maures, dans la Gazette archéologique,
2. L. DucHESNE, En quelle langue ont été écrits les actes des saintes Perpétue et Félicité, dans les Comptes rendus de l'Acad, des inscr., 1891, séance du 23 janvier, p. 41. Sur toute cette question du grec et des idiomes indigènes, cf. W. Bernhardy, Grundriss der rômischen Literatur, in-8°, Halle, 1850, note 53. Voir une hypothèse ingénieuse de M. P. Monceaux, Hist.Utt., t. I, p. 83, au sujet de la conversation en grec de sainte Perpétue avec l'évêque Optât. Perpétue, croit-il, parlait grec ordinairement; elle aura écrit en grec. Saturus, lui, était pour le latin puisqu'il a remarqué que sa compagne parlait grec, donc il y aurait eu un premier récit en grec, un autre en latin et les deux ont été compulsés par le montaniste qui a rédigé la Passion en latin.
en grec et il est remarquable que c'étaient ceux qui s'adressaient au grand public; d'autres furent traduits en cette langue ^ . Le texte latin de la Passion de sainte Perpétue contient un certain nombre de mots grecs et nous montre la jeune femme s'entretenant en grec avec son évêque Optatus. Le récit de son martyre et celui des martyrs de Scilli a été écrit primitivement en latin, mais traduit en grec de bonne heure "-. Un autre fait nous montre à quel point la
1. C'étaieut les traités De spectaculis. De baptismo, De velandis vii^ginibus. De corona militis. Cf. C. P. Caspari, Oin Tertuil graeske Skrifter dans Forhandlinga^ in Verdensk. Selsk. i Cliristiana, 1875, p.^03 sq.; A.Har- NACK, Gesch. der allchristl. Literatur^ in-S", Leipzig, 1893, 1. 1, p. 673 sq. On pourrait citer des témoignages non moins probants empruntés à la littérature païenne. Nous possédons encore l'esquisse d'une leçon d'Apulée qui fut commencée dans une langue et achevée dans l'autre. A Carthage en particulier (et cette ville dut sur bien des points donner le ton aux autres communautés), l'influence helléniste était prépondérante au ii« siècle de notre ère. Cf. Perrot et Chipiez, Histoire de CArt dans l'antiquité, in-4°, Paris, 1885, t. III, p. i53 sq. ; Pu. Berger et H. Saladin, Recherche des antiquités dans le nord de l'Afrique, 1890, p. 78-95. P. Monceaux, Les Africains, p. 81 sq. Le trafic avec les Asiates avait attiré ceux-ci près des comptoirs de Carthage. Cf. pour ces relations de l'ancienne Carthage avec le monde grec, Polybe, Hist., XXII, 4; TITE-LIYE, Hist., XLl, 22; C. /. G., n. 1565, 2322 b, 5365, 5?i96 ; VIVIEN DE Saint-Martix, Le nord de l'Afrique dans l'antiquité gr. et rom., in-8o, Paris, 1863, p. 326 sq. ; Lexormant, Monnaies et médailles, in-8", Paris, 1883, p. 1^4l-l^»^i. Par la Numidie s'étaient produites des infiltrations sur un autre point, car les relations étaient fréquentes dès le temps de Massinissa, cf. Bull, de corresp. hellénique, t. II, p. 400; t. III, p.i69;Cirta avait une colonie de Grecs; Strabox, XVII, p. 832; Salluste, Jugurlha, 26; L. Muller, Numism. de l'anc. Afrique; E. Babelon, Recherche des antiq. du nord de l'Afrique, p. 174-195; P. Monceaux, Grecs et Maures d'après les monnaies grecques du musée d'Alger, dans le Bull, de corr. africaine, 1884. Césarée de Maurétanie fut un autre point d'infiltrations helléniques.
2. A. ROBiNSON, The Passion of Perpétua, dans Texts and Studies, in-8°, Cambridge, 1891, 1. 1, p. 47 sq. M. Harris et Gifford avaient émis l'opinion que le texte grec découvert par eux dans la bibliothèque du patriarcat grec de Constantinople était l'original; cette opinion avait été adoptée par A. IIarnack dans Theotogische Litcraturzeilung, 1890, p. 423.
langue grecque était répandue dans la communauté de Carthage. Une incantation amoureuse dont l'auteur paraît être une esclave chrétienne d'une instruction assez négligée est écrite en latin, avec des caractères grecs ^ . Cependant il semble que le grec était moins répandu que le latin ^ ; ce dut être la raison qui engagea Tertullien à traduire en latin les traités qu'il avait d'abord édités en grec et à abandonner cette dernière langue dans les écrits qu'il publia dans la suite. Le pape Victor devait être assez peu familier avec la langue grecque, quoique africain de naissance, pour que, devenu chef d'une Eglise dans laquelle le grec était encore la langue officielle, il ait écrit ses quelques ouvrages en latin ^, ce qui semble avoir été une innovation ^. C'était le premier des Africains qui fit figure dans l'Église et, en véritable Africain, il montait au premier rang. Il n'est pas douteux que sa présence à Rome n'ait exercé une influence considérable et définitive sur l'Eglise d'Afrique. Ce pape latin sut tourner ses compatriotes africains vers le génie latin et la langue latine. Quoique n'entrant dans l'histoire qu'après avoir quitté l'Afrique, il ne cesse de lui appartenir par ce
1. Nous l'avons publiée et commentée, D. C^brol et D. Leclercq, Monum. Eccl. liturg., t. I, n. 4353; Dict. d'arch. et de liturg., 1. 1, col. 527 au mot Adjuration. On y trouvera la littérature de ces curieux documents.
2. Peu d'épigraphie grecque à Carthage et dans les quelques villes du littoral, presque rien dans les villes de Tintérieur. Il faut y regarder de bien près avant d'accueillir comme témoignages africains les estampilles doliaires qui peuvent venir d'officines étrangères. Cf. P. Monceaux, Hist. litt. de VAfr. chrétienne, 1. 1, p. 51, notes 2, 3 ; J. Toutain, Les cités romaines de la Tunisie, p. 200.
3. s. JÉRÔME, De vir. illustribus, 53. La première épitaphe papale en latin est celle de Corneille (258).
4. Ibid. Cf. Liber ponlificalis (édit. Duchesne), t. I, 1886, p. 137. Cf. p. 61.
qu'il avait d'immuable, son tempérament. C'était un lutteur, actif, énergique, tenace. Son pontificat ne nous paraît si rempli d'obstacles que parce qu'au lieu de les tourner, il les enfonçait. Il excommunia Théodote de Byzance ^ , et les montanistes ^. Ayant rencontré une opposition considérable sur la question de la date de la Pâque^ et les évêques d'Asie lui résistant, il les excommunia ^ et les fit céder. Ceux qui tinrent bon devinrent hérétiques ; c'était bataille gagnée. Il écrivait mal, dit saint Jérôme, qui était bon juge ^, mais il écrivait quand même et il écrivait en latin. Dans son orbite, on rencontre un certain Archeus^, évêque de Leptis en Tripolitaine, dont il reste une phrase ou deux.
Le progrès de la colonisation romaine en Afrique amenait l'abandon graduel de la langue grecque. Au début du iii^ siècle, un citoyen de Leptis s'exprimait plus aisément en grec qu'en latin '^ ; vers le milieu du siècle, l'empereur Gordien, l'élu de Carthage, a pour auteurs favoris Platon et Aristote ^ ; on nous dit qu'un siècle plus tard, le professeur de philosophie de saint Augustin commente avec emphase les Catégories d'Aristote, mais saint Augustin et le poète Dracontius sauront fort mal cette langue ^. La domination by-