Fallu de Lessert, op. cit., 1. 1, p
h. La date du martyre au 7 mars 203 a été discutée. Le jour ne fait pas de difficulté ; l'année a fait hésiter Tillemont, Mém. hist. eccl., 1693- 1712, t. m, p. &\l sq., qui parle de 203 ou 205; F. Allard, op. cit., t. Il, p. 96, s'attache aux environs de 202; Aube, Les clirét. dans l'emp. rom., en 202; Neumann, op. cit., t. I, p. 171, en 202 ou 203; P. Monceaux, op. cit., t. I, p. 72, en 203. C'est cette date qui nous paraît la véritable. L'édit étant de 202 et les martyrs ayant séjourné longtemps en prison,
lation de sainte Perpétue présentent des variantes dont l'étude approfondie nous entraînerait trop loin. Nous nous en tiendrons à ce qui ne peut soulever de véritable objection.
Les martyrs étaient au nombre de six, dont deux femmes, une matrone, Vibia Perpétua, et une esclave. Félicitas. Les autres étaient deux jeunes hommes, Saturninus et Secundulus, Tesclave Revocatus et leur catéchiste, Saturus, qui, absent au moment de l'arrestation, vint se constituer prisonnier afin de ne pas abandonner, dans un moment si grave, ceux- qu'il avait commencé d'instruire. Ces gens, de conditions si différentes, que rapprochait un même attrait et Ain même délit, habitaient Thuburbo minus (= Tebourba^), ville peu éloignée de Cartilage 2, où ils furent conduits et où ils devaient mourir^. La célébrité qu'obtinrent dans l'Eglise
cf. Passio Perpetuae, 3, 5, 7, 9, il ne semble pas possible de placer les martyrs dans les premiers jours de mars. Les Fasti Vindoboncnses rapportent le martyre au consulat de Plautianus et Gela (203) : Ilis cons. passae sunt Perpétua et Félicitas nonas Martias, cf. Monum. Gçrmaniae historica; Auctor. antiquiss., t. IX, p. 287.
1. Le MapxTjpiov HepTreToyaç, 2 (édit. Harris et Gifford), p. ^1, le dit expressément : 'Ev îioXei ôouêoupêtTotvwv t^j [/.ixpoîépa..; même affirmation dans les Actes abrégés (édit. Aube), p. 521, 525 : Apud Africain in civitate Tuburbitanorum. Cf. Duchesne, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscript., 1891, p. 53.
2. La « Table de Peuiinger » compte 36 milles {= 53 kil ) entre ces deux villes, cf. Recherche des antiq. dans le nord de U Afrique, p. 236; tandis que 1' « Itinéraire d'Antonin » compte ^6 milles (^- 68 kil.), Ibid., p. 2^5, ce qui n'est pas exact.
3. La chronique de Prosper Tiro porte ces mots : Perpétua et Félicitas pro Christo passae sunt ywn. Mart. apud Carthaginem Africae, in castris bestiis deputalae. Cf. Monum. Germ. hist., Auctores antiquissimi, t. IX, p. '«3^. Pour tout ce qui a trait à l'étude critique du document, nous nous abstiendrons absolument d'en parler ici, cette question relevant de l'histoire de la littérature latine. Nous espérons avoir l'occasion de l'étudier en publiant les Actes de martyrs qui ont fait partie du Lectionnaire primitif, lorsque nous aborderons ce sujet
d'Afrique et dans plusieurs autres Églises d'Occident les saintes Perpétue et Félicité, a laissé un peu dans l'ombre leurs héroïques compagnons. Nous devons ici rapporter brièvement l'histoire des souffrances et du martyre de tous.
Les accusés furent probablement gardés à vue pendant les jours qui suivirent leur arrestation, dans les maisons des magistrats municipaux de Thuburbo; c'est du moins ce qui se faisait parfois en Afrique ^ et le récit de la martyre nous apprend que les confesseurs utilisèrent ces jours de demi-liberté pour recevoir tous le baptême 2. C'était braver les
dans nos Monumenta Ecclesiae lilurgica. La Passion, telle que nous la lisons, en tenant compte des divers documents qu'elle contient, a subi des retouches tendancieuses d'un écrivain montanisle. C'est ce que M. P. Monceaux, op. cit., t. I, p. 81, a clairement fait voir : « L'intention polémique est visible dans tout son ouvrage et a même décidé de la proportion de ses développements. Il a presque entièrement supprimé l'interrogatoire et les faits étrangers à sa cause. Au contraire, il a insisté sur deux choses qui tenaient le plus à cœur aux montanistes : l'appétit du martyre et les visions. Il nous montre Saturus se livrant lui-même. Félicité implorant une mort prompte, Perpétue résistant à toutes les sollicitations des siens. 11 raconte avec le plus grand détail les visions; et, s'il y a joint les épisodes de l'amphithéâtre, c'est surtout qu'il y reconnaît la réalisation de ces visions. Aussi, la Passio présentet-elle un frappant contraste avec tous les autres documents martyrologiques. Ce n'étaient point, à proprement parler, des Actes ; c'était un livre d'édification et de polémique, destiné à prouver aux fidèles, par un exemple décisif, la vérité de la doctrine montaniste. »
1. Cf. Passio ss. Montani, Lucii et socc, 3 ; Passio s. Felicis Tubiacensis, 3; Rambaud, Le droit criminel romain dans les Actes des martyrs, in-S", Lyon, 1885, p. 30. Ajouter à ces exemples la Vita et passio s. Cypriani, 15.
2. 11 faut noter que cette custodia libéra était assez conciliante puisque les confesseurs purent se rendre au lieu d'assemblée des fidèles. C'est du moins ce qu'il faut conclure de ces mots de Perpétue : « Tandis que j'étais plongée dans l'eau ». Il est vrai que la discipline se montrait accommodante sur ce point. Une vasque quelconque suffisait. Dans les Becognitions clémentines on trouve une petite anse au bord de la mer et on y baptise. A la rigueur, le baptême aura pu avoir lieu dans le iepidarium d'une maison privée.
lois, mais ils ne ménageaient plus rien, ni personne. Le père de Perpétue se flattait de ramener sa fille au culte des dieux et de lui épargner le sort qui la menaçait. N'écoutant que son affection, il lui parlait, la pressait, lorsque la jeune femme lui dit : « Mon père, vois-tu à terre ce vase ou cette fiole, ou de quelque nom qu'il te plaira de l'appeler? — Je vois, » dit-il. — Elle reprit : « Peux-tu lui donner un autre nom que celui de vase? — Non. — Eh bien! moi, dit-elle, je ne puis me dire autre chose que chrétienne. » A ces mots, il se jeta sur elle, la brutalisa. Il ne revint plus pendant plusieurs jours.
Il est probable que le baptême reçu par les prisonniers provoqua les mesures sévères qu'on prit alors à leur égard. On les conduisit à Carthage où ils furent mis en prison. « J'en étais épouvantée, dit Perpétue, car jamais je n'avais enduré de pareilles ténèbres. 0 jour pénible ! Par suite de l'entassement des prisonniers, on vivait dans une chaleur épaisse; de plus, il fallait endurer les bourrades des soldats ^ . » Cet instant de dégoût fut surmonté ^ lorsque, par l'entremise des diacres Tertius et Pomponius^, on
1. Passio s. Po-petuae, 3. Le régime des prisons dans l'antiquité s'est perpétué aussi insalubre et immoral pendant le moyen âge et jusqu'au commencement de ce siècle. En Afrique, les haines religieuses ne se montrèrent pas plus compatissantes que la raison d'État à l'égard des victimes. Victor de Vite, Ilist. pei^sec. vandal., II, 10, rapporte que les hérétiques entassaient les prisonniers catholiques dans un réduit étroit et infect, « comme s'entassent les sauterelles •. Bientôt une odeur épouvantable se dégage de cette masse pressée et lorsque, à prix d'or, en secret, des fidèles peuvent pénétrer jusqu'à leurs frères, il leur faut s'enfoncer jusqu'aux genoux dans le fumier humain.
2. Un autre martyr africain disait : Nec expavimus faedam loci illius caliginem, Passio s. Montani, U. Cf. H. Leclercq, Les temps néroniens et le deuxième siècle, p. lxxviii sq.
3. S. Cyprien, Epist. 5 : Ce fut la coutume de tous nos prédécesseurs d'envoyer dans les prisons des diacres qui subvenaient aux besoins des martyrs et leur lisaient rÉcriture sainte.
autorisa les accusés à faire chaque jour une promenade de quelques heures. Durant ce répit, Perpétue recevait la visite de sa mère, de son frère; on lui apportait son petit enfant à demi mort de faim, afin qu'elle lui donnât le sein. « Cela se prolongea de la sorte pendant de longs jours ; enfin j'obtins que l'enfant demeurât avec moi dans la prison ; alors je ne souffris plus, toutes mes peines et mes inquiétudes se dissipèrent et le cachot devint pour moi comme une maison de plaisance que je préférais à tout autre séjour. » Cependant on avait conservé quelque lueur d'espoir dans l'entourage de Perpétue. Un jour, son frère lui dit : « Madame ma sœur, tu es maintenant élevée à une grande dignité : demande à Dieu de te faire voir si tout ceci se terminera par votre mort ou par votre acquittement. — Je te di^^ai cela demain, » répondit-elle. Cette confiance s'expliquait par le commerce intime dans lequel la jeune femme vivait avec Dieu. Il est impossible de faire intervenir ici des hallucinations ou des interpolations. Nous savons par d'autres récits que, vers cette époque. Dieu jugea fréquemment devoir fortifier ses fidèles par des visions ^ L'Église d'Afrique a conservé le
1. PoNTius, Vita s. Cypriani, 12, 13; Passio ss. Mariani, Jacobi et aliorum plurimorum marlyrum in Numidia, 6, 7; Passio ss. Montani, Lucii et aliorum, 9; Eusèbe, Hist. eccL, VI, 5. Nous avons à ce sujet une importante attestation d'Origène, Contra Celsum, I, 68 : « Je ne doute pas, écrit-il, que Celse, ou le Juif qu'il fait parler, ne se moque de moi, mais cela ne m'empêchera pas de dire que beaucoup ont embrassé le christianisme comme malgré eux, leur cœur ayant été tellement changé par quelque apparition, soit de jour, soit de nuit, qu'au lieu de l'aversion qu'ils avaient pour notre doctrine, ils l'ont aimée jusqu'à mourir pour elle. Nous connaissons beaucoup de ces changements, nous en sommes témoins, nous les avons vus nous-mêmes. Il serait inutile de les rapporter en particulier, puisque nous ne ferions qu'exciter les railleries des infidèles qui voudraient les faire passer pour des fables et des inventions de notre esprit. Mais je prends Dieu à témoin de la vérité
récit de plusieurs de ces faveurs divines K « J'en sais plusieurs, disait saint Cyprien, qui regardent ces révélations comme choses misérables et ridicules ; et je ne saurais m'en étonner, puisque les frères de Joseph disaient de lui : « Voici venir le rêveur; tuons-le ». Cependant ce que le « rêveur » avait annoncé s'accomplit; ceux qui voulaient l'égorger et le vendirent demeurèrent confondus et il leur fallut croire aux faits, eux qui avaient dédaigné les paroles^. »
Sur la prière de Perpétue, Dieu lui accorda deux visions qu'elle raconta le lendemain à son frère. « Je vis, dit-elle, une échelle d'or, très haute, puisqu'elle montait jusqu'au ciel, et très étroite; on n'y montait qu'un seul de front; sur les montants de l'échelle étaient attachées des ferrailles de toute sorte. On voyait des glaives, des lances, des crochets, des coutelas, disposés de façon que si quelqu'un fût monté avec négligence et sans regarder au-dessus de sa tête, il eût été mis en lambeaux et sa chair fut restée accrochée à toutes ces ferrailles. Au pied de l'échelle se tenait couché un énorme dragon, qui préparait des embûches à ceux qui gravissaient l'échelle et les épouvantait pour les empêcher de monter. Saturus monta le premier — il s'était livré lui-même à cause de nous, car il était absent lorsque nous fûmes arrêtés — ; il arriva au sommet de l'échelle, se tourna vers moi et me dit : « Perpétue, je veille sur toi; mais prends garde que le dragon ne te
de ce que je dis : il sait que je ne veux pas accréditer la doctrine toute divine de Jésus-Christ par des narrations fabuleuses, mais seulement par la vérité, l'évidence et des arguments incontestables. »