‹ L'Afrique chrétienneChapitre 91 sur 280 · PONTius, Vita Cypriani · texte numérisé non relu

PONTius, Vita Cypriani

2. S. Cyprien, Epist., 69, 10, ad Pupianum. Cf. E. Le Bla.m, Les persécuteurs et les martyrs, p. 89 : Les songes et les visions des martyrs.

morde. » Je répondis : « Au nom de Jésus-Christ il ne me fera pas mal. » Comme s'il m'eût craint, le dragon leva lentement la tête, mais une fois arrivée sur le premier échelon, je la lui écrasai. Je montai donc, et je découvris un immense jardin au milieu duquel était un homme à cheveux blancs, vêtu en pasteur, de haute taille ^ ; il était assis et occupé à traire ses brebis, autour de lui plusieurs milliers de personnes en robes blanches. Le pasteur leva la tête, me regarda et dit : « Te voilà venue sans encombre, mon enfant. » 11 m'appela et me présenta un morceau de lait caillé^; je joignis les mains pour le recevoir et je le mangeais pendant que tous les assistants répondaient : Amen. Le bruit qu'ils firent me réveilla et j'avais encore dans la bouche une saveur très douce. Je rapportai aussitôt tout cela à mon frère et nous comprîmes que c'était le martyre qui nous attendait; dès lors nous commençâmes à ne plus rien espérer des hommes. »

Lorsque le bruit se répandit que les accusés allaient passer en jugement, ce furent de nouvelles scènes de larmes entre Perpétue et son père, mais rien n'ébranlait plus sa résolution. L'interrogatoire eut lieu et nous y voyons à quel point les fidèles étaient disciplinés. Ainsi que cela était arrivé lors de l'interrogatoire des martyrs de Scillium, les accusés char-

1; E. Le Blant, op. cit., p. 90 : « Chez les chrétiens des premiers siècle?, le Christ est un géant. C'est ainsi que le nomme saint Damase, Carmen VI, et que le peint l'auteur du lY^ livre d'Esdras, c. ii, ^3-45; c'est ainsi quelevoient des martyrs illustres, sainte Perpétue, saint Montan, Passio ss.Montani, Lucit, 8; c'est ainsi qu'il se montre à un prêtre dont saint Cyprien raconte la mort, De mortalitate, 19. Dans le rêve d'un saint d'Afrique, le Seigneur est un jeune homme dont la tête se perd dans les hauteurs du ciel. Passio ss.Jacobi et Mariant, 7. »

2. Il est possible que nousay«ns ici une interpolation montaniste.L'in terpolateur aurait appartenu, dans ce cas, à la fraction des Artotyrites.

gent le plus qualifié d'entre eux de répondre au nom de tous :

« Le procurateur Hilarianus, — Sacrifiez aux dieux, conformément à l'ordre des immortels Empereurs.

« Saturus. — Mieux vaut sacrifier à Dieu qu'aux idoles.

« Hilarianus. — Réponds- tu en ton nom ou au nom de tous?

« SaUu^us. — Au nom de tous, car nous n'avons qu'une même volonté.

« Zri7<2/7<2A2w.9 (s'adressant à Saturninus, Revocatus, Félicité et Perpétue). — Et vous, qu'en dites-vous?

« Tous. — C'est vrai, nous n'avons qu'une même volonté.

« Le magistrat donna ordre d'éloigner les femmes. »

On trouve dans l'interrogatoire de Félicité quelques paroles un peu vives, mais qui ne doivent pas surprendre. « As-tu un mari? lui demande-t-on. — Oui, mais aujourd'hui, je le méprise. » Cela ne voulait rien dire de plus que ceci : Aujourd'hui je ne songe qu'à Dieu^

L'interrogatoire de Perpétue fut particulièrement émouvant :

1. Comme on interrogeait saint Pierre Balsame : « As-tu des parents / dit le juge. — Je n'en ai point. — Tu mens, car on m'a dit que ton père et ta mère existent. - L'Évangile, répond le saint, m'ordonne de tout renier à l'heure de la confession. Ruinart, Acta sincera,\l\^, p. 502. Même réponse chez saint Hiérax, Ibid., p. 59; chez saint Vincent d'Agen, Acta sanct., l. Il, p. 167. Les parents de saint Irénée de Sirmium étaient présents au oremier interrogatoire. A l'audience suivante, le martyr dit: » Je n'ai point de parents. — Et qui donc, réplique le juge, étaient ces deux vieillards qui pleuraient à la dernière audience? » — Irénée répond: « Le Seigneur a dit : Celui-là n'est point digne de moi qui me préfère son père, sa mère, son f pouse, ses frères ou ses enfants. » Ruinart, Acta smcera, 1713, p. U02, 403.

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« Quand mon tour d'être interrogée fut venu, ditelle, mon père apparut tout à coup, portant mon fils ; il me tira de ma place et me dit d'un ton suppliant : « Aie pitié de l'enfant. » — Et le procurateur Hilarianus, qui avait reçu le droit de glaive à la place du défunt proconsul Minutius Timinianus : « Aie pitié des cheveux blancs de ton père ; aie pitié de la jeunesse de ton fils. Sacrifie pour le salut des empereurs. » — Je répondis : « Je ne sacrifie pas. » — Hilarianus : « Es-tu chrétienne? » — Je répondis : « Je suis chrétienne. » — Et comme mon père se tenait toujours là pour me faire renier, Hilarianus commanda de le chasser, et il fut frappé d'un coup de verge. Je ressentis le coup comme si j'eusse été frappée moi-même, tant je plaignais mon pauvre vieux père. Alors le juge prononça la sentence qui nous condamnait aux bêtes, et nous descendîmes joyeux dans la prison. Comme mon enfant était accoutumé à prendre le sein et à demeurer avec moi dans la prison, j'envoyai aussitôt le diacre Pomponius pour le réclamer à mon père, mais mon père le lui refusa. Il plut à Dieu que l'enfant ne demandât plus le sein et que je ne fusse pas incommodée de mon lait, de sorte que je restai sans inquiétude et sans souffrance. » Les jours qui s'écoulèrent entre la condamnation et les jeux au cours desquels les martyrs devaient être mis à mort furent signalés par de nouvelles visions. L'une d'elles, souvent citée, concernait un jeune enfant de sept ans, Dinocrate, frère de la martyre, « mort d'un cancer à la figure dans des circonstances qui avaient fait horreur à tous ». L'enfant avait été entrevu une première fois, triste et languissant, le visage encore pâle et défiguré, faisant effort pour se désaltérer à une piscine pleine d'eau qu'il ne pou-

l'AI RIOUE CHRÉTIKNNIî. — I. 9

vait atteindre. Perpétue commença à prier pour son cher mort, elle priait jour et nuit, lorsqu' « un jour que nous avions les ceps, dit-elle, voilà ce que je vis : Le lieu que j'avais vu plein de ténèbres était plein de lumières et Dinocrate, bien vêtu, bien soigné, joyeux. La plaie du visage paraissait cicatrisée et la margelle de la piscine s'était abaissée, elle lui arrivait à mi-corps; l'enfant puisait librement. Sur le rebord de la margelle était un vase rempli d'eau, Dinocrate buvait de cette eau, mais elle ne diminuait pas. Quand il fut désaltéré, il s'éloigna et se mit à jouer comme un enfant qu'il était. Mais je m'éveillai et je compris que mon frère avait quitté le lieu de souffrance pour une demeure do joie. »

Les condamnés avaient été transférés dans la prison castrensis, où un soldat nommé Pudens, commençant à comprendre la grandeur morale de ceux qu'il gardait, facilita l'entrée à un grand nombre de fidèles. Cependant le jour du combat approchait. La veille de ce jour. Perpétue eut une dernière vision. Elle se vit changée en homme, elle avait une cuadrilla qui l'oignit d'huile comme un athlète; quand les jeunes gens à^ldi cuadrilla eurent achevé, elle se roula dans le sable, toujours à la manière des athlètes. Il s'agissait pour elle de combattre un Egyptien hideux. Ils s'aperçurent et marchèrent l'un à l'autre. La lutte commença. L'Egyptien s'efforçait de prendre son adversaire par les pieds, mais Perpétue lui labourait le visage à coups de pieds, elle le piétinait de son mieux lorsqu'elle s'aperçut d'un instant où il n'était pas sur ses gardes. « Je joignis les mains, dit-elle, entrelaçant les doigts entre eux, je lui pris la tête entre les paumes, il tomba sur la figure et, vite, je lui broyai la tête. »

Un des condamnés mourut en prison, c'était le jeune Secundulus. « Si son âme fut peu sensible à cette grâce, dit Perpétue, son corps du moins en profita. » A mesure que les fêtes approchaient, les martyrs se voyaient menacés d'être abandonnés par une de leurs compagnes. Félicité était grosse de huit mois et son chagrin allait grandissant chaque jour, car elle craignait que son état ne fît remettre son supplice à une autre époque ; il lui faudrait donc se séparer de ses compagnons pour mourir avec des repris de justice. Ses compagnons de martyre n'étaient pas moins attristés qu'elle-même à la pensée de laisser toute seule, sur le chemin de l'espérance, une compagne si agréable, une amie. Trois jours avant les jeux, tous s'unirent dans une même supplication. Aussitôt après, les douleurs la prirent. Ainsi qu'il arrive dans les délivrances à huit mois. Félicité ressentit de vives douleurs. Tandis qu'elle gémissait, un geôlier lui dit : « Si tu ne peux en ce moment supporter la souffrance, que sera-ce en face des bêtes que tu as bravées cependant en refusant de sacrifier ? » Félicité répondit : « Aujourd'hui, c'est moi qui souffre; mais alors il y en aura un autre en moi qui souffrira pour moi, parce que, moi aussi, je devrai souffrir pour lui*. » Félicité donna le jour à une petite fille, qu'une chrétienne adopta.

1. II est intéressant de rappeler que ce mot n'est pas l'affirmation isolée d'une esclave, mais la doctrine même de l'Église d'Afrique, doctrine que nous voyons formulée cinquante ans plus tard à l'abri du grand nom de saint Cyprien. Le martyr Flavien vit en songe l'évéque Cyprien, à qui il demanda si le coup de la mort était très douloureux :« Le corps ne sent rien, répondit l'évOque, quand l'âme s'est donnée toute à Dieu». Passio ss. Montant, Lucii, etc., 21. Cf. Gôrres, La Mystique, t. I, cil. IV : La mystique considérée dans les martyrs.

Enfin se leva le jour du triomphe. Les martyrs s'avancèrent de la prison dans l'amphithéâtre, et ce fut comme une entrée dans le ciel. Ils étaient gais et leurs visages étaient beaux, émus, sans doute, non de crainte mais de joie.

Perpétue marchait la dernière. Elle s'avançait seule; les traits étaient calmes, la démarche grave, comme il sied à une matrone chérie du Christ. Elle tenait les yeux baissés pour en dérober l'éclat aux spectateurs.

Félicité, radieuse de son heureuse délivrance qui lui valait de combattre en ce jour, était avide de se purifier dans un second baptême. Arrivés à la porte de Tamphithéâtre, on voulut faire revêtir aux hommes le costume des prêtres de Saturne, aux femmes celui des prêtresses de Cérès. Mais, inébranlables jusqu'à la fin, ils refusèrent. « Nous sommes venus ici, disaient-ils, de notre plein gré, pour conserver notre liberté. C'est pour cela que nous avons livré nos vies. Voilà le seul contrat conclu entre nous. » L'injustice reconnut la justice, le tribun céda et consentit à ce qu'ils entrassent avec leurs habits.

Perpétue chantait ; Revocatus, Saturninus et Saturus menaçaient les spectateurs de la vengeance divine. Quand ils passèrent devant la loge d'Hilarianus, ils dirent : « Tu nous juges, mais Dieu te jugera. «

Le peuple, exaspéré, demanda qu'on les fît passer entre deux rangées de belluaires, armés de fouets. Les martyrs rendirent grâces. On ouvrit les jeux. Revocatus et Saturninus furent attaqués par un léopard ; ils furent ensuite, sur l'estrade, déchirés par un ours. Saturus avait pour l'ours une horreur extrême ; aussi espérait-il déjà que d'un coup de dent le léopard lui enlèverait la vie. On fit sortir un san-

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glier qui se jeta sur son gardien et lui fit une blessure dontcelui-ci mourut peu de jours après. Saturus fut simplement traîné sur le sable par le léopard. On l'exposa sur l'estrade à un ours, l'ours refusa de quitter sa fosse. Pour la seconde fois, Saturus fut emmené sauf.

On avait préparé pour les deux femmes une vache furieuse. On les dépouilla de leurs vêtements, on les mit dans un filet et dans cet état on les exposa. Un frisson d'horreur secoua le peuple à la vue de ces femmes, dont l'une était si frêle et l'autre, récemment délivrée, perdait le lait de ses seins. On les fit rentrer, et on leur rendit leurs vêtements. Perpétue revint la première. Elle fut enlevée par la vache, lancée en l'air et retomba sur le dos. Dans sa chute, sa tunique fut largement fendue, elle la rapprocha afin de se couvrir les jambes, plus attentive à la pudeur qu'à la douleur. Rappelée par les arénaires, elle s'aperçut que sa chevelure s'était dénouée, et elle rattacha sur son front l'agrafe qui la retenait, car une martyre ne doit pas avoir les cheveux épars en mourant; il ne faut pas que l'on puisse croire qu'elle s'afflige au milieu de sa gloire. Ainsi parée. Perpétue se relève et, apercevant Félicité qui gisait comme brisée, elle s'en approche, lui tend la main et la soulève de terre. Elles étaient debout. Le peuple, ému de compassion, cria qu'on les fît sortir par la porto des vivants. Perpétue trouva là un catéchumène qui lui était très attaché : il avait nom Rusticus. Pour elle, elle semblait sortir d'un profond sommeil, — elle regarda autour d'elle et, à la stupeur générale, elle demanda : « Quand donc nous exposera-t-on à cette vache ? » On lui dit que la passe avait eu lieu; elle n'y put croire et ne se rendit qu'en constatant

sur son vêtement et sur elle-même les traces matérielles de ce qu'elle avait enduré. Elle fit alors appeler son frère et Rusticus, et leur dit : « Soyez fermes dans la foi. Aimez-vous les uns les au 1res, et ne vous scandalisez pas de nos souffrances. »

Pendant ce temps, on avait amené Saturus à une autre porte ; il causait avec le soldat Pudens et lui disait entre autres choses : «Me voici, et comme je te l'avais prédit, les bêtes ne m'ont pas encore touché. Mais hâte-toi de croire de tout ton cœur. Voici que d'un seul coup de dent un léopard va me tuer. » Et, à l'instant même, pour clore les jeux, on l'exposa à un léopard, qui, d'un coup de dent, le couvrit de sang. « Oh! le bon bain! le bon bain! » cria la foule. Saturus dit à Pudens : « Adieu, ne m'oublie pas, que ce spectacle ne t'ébranle pas, mais te fortifie. » Il lui demanda son anneau, qu'il trempa dans son propre sang et le lui tendit, lui donnant tout à la fois le gage et le souvenir de sa mort. Puis il s'évanouit, on le transporta dans le spoliaire, où se trouvaient déjà les autres martyrs, pour y être achevés. Mais le peuple réclamait le retour des condamnés. Il semblait vouloir se donner le régal homicide d'une épée qui s'enfonce dans la chair. Les martyrs se levèrent et se rendirent au désir du peuple ; auparavant ils se donnèrent le baiser, afin de consommer leur martyre dans la paix et, immobiles, silencieux, ils attendirent le fer. Saturus, qui venait en tête, mourut le premier. Perpétue était réservée à une nouvelle douleur. Frappée entre les côtes, elle poussa un cri ; puis, comme son bourreau était un gladiateur novice, elle prit la main tremblante de l'apprenti et appuya elle-même la pointe du poignard sur sa gorge. Il semblait que cette vaillante femme ne pût mourir

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que de sa propre volonté et que le démon ne la 'pût toucher sans qu'elle le lui eût permis.

Tel fut ce drame, qui n'est pas inférieur à tout ce que l'antiquité classique nous a laissé de plus beau et qui est plus vrai peut-être au sens de la vérité historique. Parmi les martyres qui ont jeté sur l'Eglise chrétienne naissante l'éclat le plus radieux et le plus pur, sainte Perpétue a pris l'une des premières places, la postérité la lui a reconnue et le Ciel lui-même l'aura ratifiée.

Indépendamment des faits historiques que nous avons rapportés, la Passion de sainte Perpétue nous révèle un aspect complètement ignoré des premières communautés africaines. Nous y voyons d'abord l'existence d'un petit groupe de chrétiens à Thuburbo et un type de missionnaire passionné dans ce Saturus qui, pouvant échapper à la mort, s'y livre volontairement afin de soutenir jusqu'à la fin le courage des catéchumènes qu'il avait instruits. Dans la prison et jusque dans l'amphithéâtre, il ne cesse de prêcher Jésus-Christ et il parvient à convertir un soldat. La composition du petit groupe de martyrs est curieuse : une matrone, deux esclaves et deux hommes libres sans doute, puisqu'on ne dit rien de leur condition. Seule la matrone paraît avoir des attaches à ce monde ; elle a une famille dans laquelle l'introduction du christianisme jette un profond bouleversement. Cependant la religion nouvelle a déjà bien entamé l'intérieur de la société. Sur cette famille composée de cinq membres, il y a deux chrétiens, peut-être deux catéchumènes; le père de la martyre est certainement païen. Nous ignorons tout sur le mari de Perpétue et ce n'est le lieu de conjecturer. Dans toute la scène du martyre, la foule apparaît

mobile comme il faut s'y attendre , mais accessible à rémotion vraie, même devant ces chrétiens qu'on hait et qu'on méprise généralement; un homme de garde se montre bienveillant, le procurateur est poli et visiblement contrarié du rôle qu'il a à remplir.

Les visions de Perpétue ne nous laissent pas douter que, dès leur initiation, les confesseurs avaient dû participer hâtivement, avant leur envoi à Carthage, à la célébration d'une synaxe liturgique dont Perpétue connaît bien le rite de la communion.

Toutefois c'est Saturus qui, comme il faut s'y attendre, est le plus au fait des choses liturgiques. Un rapprochement s'établit naturellement entre la vision dont il fut favorisé et les récits similaires de l'Apocalypse. Ce qui frappe tout d'abord, c'est la réduction du type liturgique laissé par le livre canonique. Le matériel et le personnel se ressentent évidemment de la modestie des ressources d'une petite Église comme celle de Thubnrbo minus. Les vingt-quatre vieillards y sont réduits au nombre de quatre, la synaxe décrite paraît appartenir au type qu'on a nommé aliturgique, c'est-à-dire la réunion qui n'était pas suivie du sacrifice; enfin elle ne se poursuit pas sans fin, jour et nuit, et le baiser de paix suit le Trisagion, ce qui marque encore un peu plus l'écart existant dès cette époque entre l'usage oriental et le type liturgique romano-africain.

Une des visions de Perpétue nous laisse entrevoir quels maux commençaient à se glisser dans les premières communautés africaines. « Comme nous revenions [du Paradis], dit-elle, nous vîmes, occupant les deux côtés de la porte, l'évoque Optatus et le prêtre Aspasius, celui-ci à gauche, l'autre à droite. Ils paraissaient brouillés ensemble et affligés, ils se

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jetèrent à nos pieds et dirent : « Mettez l'union entre nous; voilà que vous partez et nous, nous restons, mais en cet état. » Nous dîmes : « Vous n'êtes donc pas, vous, notre évoque, et vous, notre prêtre, pour vous mettre ainsi à nos pieds? » Nous les relevâmes et les embrassâmes. Perpétue entama la conversation en grec et nous les conduisîmes dans le verger sous un rosier. Tandis que nous leur causions, les anges leur dirent : « Permettez à ceux-ci de se rafraîchir; si vous avez des difficultés entre vous, pardonnez-vous mutuellement. » Ce qui ne laissa pas de les troubler. Ils ajoutèrent, s'adressant à Optatus, l'évêque : « Corrige ton peuple, tes assemblées ressemblent à la sortie du cirque où les factions se disputent. »

La persécution passait par des alternatives de calme et de crise. C. Julius Asper fît preuve de tolérance \ nous ignorons la conduite que tinrent plusieurs de ses successeurs : M. Ulpius Arabianus ^, M. Claudius Macrinius Vindex Hermogenianus ^, M. Valerius Bradua Mauricius '', T. Flavius Decimus (209) ^. Le proconsul Valerius Pudens ^ (entre 209 et 211) est un de ces praesides cités par Tertullien, comme ayant fait preuve de modération envers les fidèles. Ce magistrat s'efforçait de découvrir dans les rescrits des empereurs les clauses favorables aux chrétiens et il lui arriva, dans le procès de l'un d'eux, d'annuler la dénonciation, sous prétexte qu'on avait

1. Tertullien, Ad Scapulam,U; cf. Fallu de Lessert, op. cit., t. I, p. 2'4l sq.

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