‹ L'Afrique du NordChapitre 1 sur 12 · DESCRIPTION PHYSIQUE.— HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION PHYSIQUE.— HISTOIRE NATURELLE

L’Algérie est située vers le 35 e degré de latitude Nord, et sa partie orientale fait face aux ports français de la Méditenanée , tandis gu a 1 Ouest elle regarde l’Espagne. L’étendue des côtes depuis les frontières du Maroc jusgu à celles de Tunis est de doux cent cinguante lieues ; la profondeur moyenne du littoral à l'entrée

du Sahara, est de cinquante lieues. Dans la région des oasis et des sables, nos possessions s’avancent à plus de cent lieues. L’aspect général des côtes est montagneux et très-pittoresque. La chaîne du Petit-Atlas borde la mer dans presque toute la longueur du littoral, et montre au voyageur une richesse de végétation naturelle inconnue dans les pays situés au Nord. Toutefois, ce qui frappe tout d’abord l’habitant de la Provence, de l’Espagne ou du Midi de l’Italie qui débarque sur cette terre d’Afrique, c’est d’y trouver comme la continuation de ces contrées. En effet, l’Espagnol rencontre l’oranger et le citronnier plantés en rase campagne, et atteignant d’immenses proportions; le Provençal et l’Italien retrouvent l’olivier et le chêneliége, formant de grandes et belles forêts. La seule différence qui existe entre ces arbres du Midi de l’Europe et ceux de l’Afrique, c’est que là ils sont généralement à l’état sauvage et beaucoup plus beaux. La même similitude se remarque dans la nature du sol et dans la conformation des rochers et des montagnes. Il y a plus: elle se manifeste encore parmi les animaux domestiques et ceux qui vivent dans les bois. Il ressort nécessairement de ces faits multipliés et évidents que le Nord de l’Afrique a dû autrefois toucher à notre continent par les contrées que nous avons désignées plus haut.

Il est rare de voir sur le littoral algérien une montagne dont les pentes vers la mer ne soient pas tellement abruptes et roides, qu’un homme, même habitué au pays, puisse les parcourir sans danger. Ce n’est qu’aux embouchures des rivières que les côtes sont plus accessibles, ou bien là où le Petit-Atlas n’arrive pas jusqu’à la mer.

Un des plus grands inconvénients, pour l’Algérie, c’est de n’avoir aucun fleuve navigable. Cela tient d’abord au peu de distance qui sépare les sources du littoral, et ensuite à la manière dont les pluies tombent dans ce pays. Les observations faites depuis les premiers temps de l’occupation française jusqu’à ce tour démontrent clairement que ce n’est pas la quantité d’eau tombée du ciel qui fait défaut. En effet, en consultant des documents irrécusables à ce sujet, nous trouvons que la moyenne des jours de pluie par année est de 95, et la quantité de 90 c. 44. Seulement au lieu de tomber comme en Europe, toute l’année et avec mesure, cette quantité d’eau fond en averses d’une durée plus ou moins longue, depuis le mois de novembre jusqu’au mois d’avril. Il résulte de cet état de l’atmosphère en Algérie que, pendant cette période de cinq mois, tous les ruisseaux débordent ; que la moindre rivière devient infranchissable pendant des mois entiers, et qu’en ôté les cours d’eau de quelque

importance arrivant jusqu’à la mer sont rares. Nous allons citer les principaux :

A l’Est de la colonie, coule la Mafrag, dont l’embouchure est située entre Bône et La Calle, et qui est assez importante pour faire flotter les bois des forêts où elle prend sa source. Comme elle traverse une plaine d’une grande étendue et très-fertile, ses eaux pourront aussi être utilisées pour l’irrigation. Plus près de Bône, viennent se perdre dans la mer deux autres rivières : la Seyhouse et la Bougima. La première arrose plusieurs plaines et vallées d’une grande richesse et peut, duran* la saison des pluies, porter des bois à la mer comme Mafrag et sur un parcours beaucoup plus long. La seconde a moins d’importance quant à son volume et contribue à rendre malsaine la plus belle contrée de l’Afrique. Des travaux d’assainissement y ont été entrepris ; mais il reste encore beaucoup à faire. Entre Bône et Philippeville et près du Cap de Fer, se trouve l’embouchure de l'Oued-el-Kebir des Senadjah. Cette rivière prend sa source aux eaux chaudes des Beni-Foughal de Guelma, traverse le pays des Zerdezah, des Djendel, des Senadjah, reçoit l’ Oued-el-Aneb venant de l’Édough, et devient navigable sur un parcours de quelques lieues avant de se jeter dans la mer. Ce cours d’eau sera très-utile aux colonies qui s’établiront plus tard sur le pays des Senadjah, qu’il pourra arroser presque

en entier. VOued-Safsaf vient se perdre dans la mer près de Philippeville, après avoir parcouru la vallée d’El-Arrouch sur une longueur de huit à dix lieues ; il prend sa source chez les Zerdezah, d’où il descend avec une impétuosité souvent malfaisante en hiver, pour se transformer en simple petit ruisseau dès qu’arrivent les chaleurs de l’été. Un second Oued-el-Kebir d’une certaine importance a son embouchure entre Kollo et Djigelly, ports situés à l’Ouest de Philippeville. Formée par VOued-Roumel et VOued-Endjah qui réunissent leurs eaux au Sud du Petit-Atlas et en aval de Constantine, cette rivière est toujours assez importante. Un autre cours d’eau traverse la plaine même de Kollo qu’il peut arroser en partie : c’est VOued-Gucbcli. Il prend sa source chez les Ouled-cl-Hadj , à huit ou dix lieues seulement de son embouchure. Près de Bougie, on trouve la Summam , assez importante dans toutes les saisons et pouvant être utilisée pour la colonisation. Dans la province d’Alger coulent YHarrach , la Clüffa, YOucd-Jcr et le Mazagran. Ce dernier seul a quelque importance. Toutes ces rivières prennent leurs sources dans le Petit- Atlas. La province d’Oran compte cinq rivières : le Rio- Salado, YHabra, Y Oued-Hammam, la Tafna et le Chélif, qui est le plus important de tous les cours d’eau de l’Algérie. Le Chélif prend sa source sur les hauts plateaux qui touchent au désert et traverse, en descendant vers le

Nord , une des vallées les plus riches de l’Afrique. Quoique son embouchure se trouve sur le territoire tunisien , nous devons mentionner aussi une rivière assez importante au point de vue de la colonisation : c’est la ‘Mejardah, qui prend sa source au milieu des ruines d’une ville romaine, Kremiça, et traverse tout le pays des Hanenchah sur une longueur de trente lieues avant de passer la frontière. On voit d’après ce^qui précède que l’Algérie ne possède aucun fleuve navigable sur une étendue importante ; mais qu’il s’y trouve un nombre relativement assez grand de rivières pouvant servir à l’agriculture.

Avant d’aller plus loin dans l’intérieur des terres, nous croyons qu’il est indispensable de faire connaître les ressources de la colonie au point de vue de la navigation et du commerce. Les côtes d’Afrique exposées au Nord, se trouvent, pendant les équinoxes, en butte à des tempêtes terribles; mais, durant les autres époques de l’année, la mer y est généralement assez calme. Comme abris assurés contre le mauvais temps, les navires rencontrent à l’Ouest le port d’Oran ou Mers-el-Kebir Arzew, Alger et Ivollo. Les golfes de Bougie, Djigelly, Stora et Bône sont indiqués et fréquentés; mais il y aura de grands travaux à faire avant qu’ils deviennent des ports de quelque sûreté pour les navires à l’ancre.

En quittant le littoral pour l’intérieur des terres, on

traverse le Petit-Atlas sur une profondeur plus ou moins longue, suivant qu’on le passe à l’Est, au centre ou à l’Ouest ; partout du reste en le quittant on éprouve un sentiment pénible , car au lieu de ces montagnes vertes et riantes on trouve un pays d’une nudité qui surprend. Ce n’est pas que la terre y soit moins bonne , le contraire est prouvé par les cultures d’une grande richesse qui se montrent de toutes parts. Mais l’absence des arbres dans les vallées qui s’élèvent vers les régions des hauts plateaux, et sur ces plateaux mêmes, forme un contraste singulier et pénible pour l’Europcen, avec les montagnes boisées qui bordent le pays au Nord. Cependant si l’on recherche avec attention au milieu de ces vastes plaines qui forment le centre de l’Algérie quelque trace des anciennes forêts, on retrouve de loin en loin et surtout au sommet des petits mamelons, on retrouve, disons-nous, tantôt un groupe de beaux oliviers, tantôt des thuyas ou des genévriers séculaires ; puis, comme pour donner raison à l’histoire de ce pays et à la tradition arabe, au beau milieu d’une plaine immense et parfaitement nue, on se trouve en présence d’une montagne isolée, couverte de bois de la base au sommet ; enfin comme pour ratifier les croyances indigènes, au delà du pays le plus dénudé se dresse le Grand-Atlas avec ses forêts de chênes et de cèdres qui ne sont pas moins beaux que ceux du Liban. Donc les

Arabes seraient dans le vrai en disant que les hauts plateaux du centre de l’Afrique étaient autrefois couverts de Lois, et que les incendies réitérés et le bétail après le feu, et la charrue après le bétail les ont fait disparaître. Très-curieux des choses qui se rattachent à ce pays si intéressant à tant de titres, nous avons fait bien des recherches et des investigations au sujet des prétendues forêts d’autrefois et dont nous ne voyons plus de traces. Or, entre autres documents qui viennent à l’appui de la tradition arabe, nous croyons utile de rapporter les suivants : Chargé de faire la statistique d’une tribu au Sud de Constantine et sur un territoire où on ne trouve pas un seul arbre dans un rayon de vingt à trente lieues, nous fûmes très-étonné de rencontrer un jour les traces d’un four ayant dû servir à cuire du goudron. Plusieurs Arabes nés dans le pays ne surent que répondre aux questions qui leur furent adressées à ce sujet. Ayant appris qu’un centenaire vivait près de là, nous nous rendîmes auprès de lui et nous pûmes entendre ce brave homme nous raconter que, de son temps, il y avait là une forêt de pins et de genévriers ; que des gens venus de l’Ouest l’avaient détruite en partie pour faire du goudron et du charbon qu’ils portaient à Constantine, et que le peu qui restait avait été ensuite brûlé par les Arabes établis dans les environs. Un autre renseignement non moins précieux nous fut donné par ce vieillard qui se trouva

d’accord encore avec plusieurs autres Arabes interrogés après lui. Les hauteurs qui avoisinent la ville de Constantine sont aujourd’hui d’une nudité qui attriste ses habitants. Il ne s’y trouve pas un seul arbre ; cependant la montagne qui domine la ville a nom DjebelrOarcn, montagne du cerf ou du fauve. Il résulte du témoignage de ce vieil Arabe ainsi que de celui de huit ou dix hommes nés à Constantine ou aux environs, et recueillis par nousmême, qu’il y a environ soixante ans, cette montagne était encore très-boisée de chênes verts, portant des glands doux ; que les habitants de la ville allaient y couper des arbres pour faire des bois de charrue ; et qu’avant le coucher du soleil, ils devaient rentrer leurs troupeaux sous peine de voir de leurs maisons les lions les attaquer sur le versant d’El-Kantara, à cinq cents mètres de la porte. Ces faits ont une grande signification et portent en eux une utilité incontestable ; d’abord ils prouvent la possibilité de reboiser une partie de ces contrées dont l’aspect dénudé est si triste pour nos colons et nos soldats ; ensuite ils indiquent d’une manière certaine quelles sont les essences forestières qui conviennent à chaque contrée.

Un autre fait, non moins important à tous les points de vue, pour les intérêts de l'Algérie, c’est l’existence de plusieurs lacs considérables, situés dans l’intérieur des terres et principalement sur les hauts plateaux. Il

est. probable que ces lacs, aujourd’hui la plupart à sec au moment des grandes chaleurs, conservaient une partie de leurs eaux à l'époque où leurs bords étaient entourés de forêts; et ce qui le démontre, c’est que tous cetix qui vers l’Est se trouvent dans ces conditions, nonseulement ne tarissent jamais, mais encore conservent dans la saison d'été, assez d’eau pour être traversés par des barques. Nous citerons le lac de Tonga dans le cercle de La Calle et le lac Fedzara, situé a vingt kilomètres de llône. Ce dernier est aussi giboyeux que riche en poisson, et l’État vient d’y louer le droit de chasse et de pêche pour la somme annuelle de huit mille francs. La province d’Alger a aussi un lac près du littoral; mais il a moins d’importance : — c’est le lac Halonia; il est à désirer qu'une compagnie demande et obtienne son dessèchement, afin d’utiliser les terres qu’il occupe et d’assainir ses environs. — Le Sebkhra d'Oran peut être assimilé à tous les lacs salés de l’intérieur et exploité de même.

En résumé, l’Algérie envoie à la mer, par un petit nombre de rivières peu considérables, les eaux pluviales et de source, depuis le sommet de son versant Nord.

Le centre garde les eaux de pluie qu'il reçoit et les neiges qui se fondent au Nord du Grand-Atlas, la partie Sud de cette chaîne déverse ses eaux dans le Sahara, où

— îi

elles commencent par se perdre, pour reparaître pics loin et alimenter les oasis.

Il doit nécessairement résulter de cet état physique du pays, aussi bien que de sa température particulière, que des nappes d’eau souterraines existent dans les plaines; et en effet, au milieu des régions en apparence les plus sèches et les plus stériles, on est tout étonné de rencontrer souvent des ruines romaines considérables; et comme pour justifier ces établissements dans un milieu aujourd’hui désert, inculte et d’un aspect désolé, le peuple-roi a creusé une multitude de puits qui montrent l’eau abondante et à quelques mètres de profondeur seulement. Il n’est pas rare de trouver parmi ces ruines un figuier qui est demeuré pour représenter de père en fils ceux de sa famille apportés et plantés là par les Romains. C’est sans doute après avoir fait de semblables observations que le général Desvaux, désireux de rendre un grand service au pays qui lui était confié, a ordonné et fait exécuter sous ses yeux des sondages artésiens non-seulement dans les vastes plaines qui bordent le Grand-Atlas, mais jusque dans le Sahara. Partout, ou presque partout, l’eau a jailli à la surface du sol en quantité assez considérable pour servir à l’irrigation des terres et à la création de nouvelles oasis. Nous sommes heureux d’être un de3 premiers qui auront constaté et consigné dans l’histoire de l’Afrique,

cette tentative et ce succès d’un général de cavalerie. Pour tout homme sérieux et qui connaît l'Algérie, il ne sera pas douteux qu’un tel service honorera à tout • jamais celui qui l’a rendu ; puisque par lui des fermes et des villages pourront bientôt s 1 établir et prospérer là où naguère les sauterelles seules pouvaient subsister.

Afin de résumer l’aspect général de l'Afrique française, nous dirons qu’elle présente d’abord le Petit- Atlas bordant la mer de l’Est à l'Ouest, ensuite un plateau large de quarante à cinquante lieues, sur une hauteur de 1 ,000 à 1 , 200 mètres ; puis le Grand-Atlas dont les plus hautes crêtes ne dépassent pas 2,500 mètres, et au delà le Sahara avec ses sables et ses oasis. Il est facile de comprendre qu’un pays ainsi superposé doit être sujet à des variations de température aussi grandes qu’inattendues. Et en effet, tandis qu’au Nord, c’est-àdire sur les divers points occupés du littoral, on jouit pendant toute la durée de l’hiver d’une température de 10 degrés pour Oran , de 11 à Bône, de 14 à Mostaganem et de 1 5 à Alger; si on s’avance à vingt ou trente lieues au Sud, on descend à 10 et même à 7 degrés à Constantine et à Sêtif. Il est vrai qu’en franchissant le Grand-Atlas, le thermomètre remonte ; mais ce n’est qu’en se rapprochant beaucoup du niveau de la mer.

La même différence se fait remarquer dans la saison des chaleurs. Pendant les mois de juin, juillet et

août, les villes du littoral éprouvent une température moyenne de 25 degrés, tandis que celles de l’intérieur sont à 30 et 35 degrés. Il en est de même pour les vents : d’après les observations faites à la Marine durant une période de quinze années, les vents régnant d’habitude sont ceux du nord et du nord-ouest.

Dans l’intérieur des terres, ce sont au contraire les vents du sud et du sud-ouest.

Cette différence est toute à l’avantage du littoral ou des régions qui en sont proches, puisque dans la , saison d’hiver la neige et les gelées y sont inconnues, et qu’en été la brise de mer apporte chaque jour une fraîcheur si bienfaisante que les Algériens ont moins à souffrir de la chaleur que les habitants de ,'v’^ Paris. D’après l’opinion des docteurs Bertherand et Mitchell plus compétents que nous sur un tel sujet, la moyenne de la température annuelle sur le littoral de l’Algérie dépasse celle de tous les autres lieux fréquentés par les malades, et comme il suit : Malaga, de 1°,66 ;

Madère, de 2°, 22; Rome, de 5°; Nice, de 5°, 55; Pau, de 7», 22. La température du Caire serait plus élevée de 1°,66, bien que l’hiver y soit plus froid de 2°, 22. Le point de la Méditerranée qui se rapproche le plus, sous ce rapport, du Nord de l’Afrique est Malte.

Les variations de température sont encore à l’avantage de l’Algérie, comme on peut le voir par les chif-

fres gui suivent. Pour chaque jour de chaque mois : janvier, 3°; février, 3'»; mars, 4°; avril, 2°; niai, 5°; juin, 3°; juillet, 2°; août, 5°; septembre, 5° ; octobre, 4°; novembre, 3°; décembre, 3°. Pour chaque saison, les variations sont : en hiver, de 1°,5 ; au printemps, de 1°,4; en été, de 1°,25; en automne, do 1°, 1 5. Les moyennes des variations successives pour chaque mois sont, d’après le docteur Mitchell : janvier, 0°,93 ; février, 1°, 40; mars, 1°,5; avril, 0°, 95; mai, 1°, 3; juin, 1°,55; juillet, 1°,30; août, 0<>,97 ; septembre, 0°,90; octobre, 0°,82; novembre, 0°,80; décembre, 0°,70.

Favorisée au point de vue du climat, l’Algérie n’est pas moins heureuse par ses productions naturelles et la richesse de ses terres. Les eaux thermales s’y trouvent en nombre considérable, et, s’il faut en juger par les traces que les Romains ont laissées de leurs établissements sur ces points, beaucoup d’entre elles doivent avoir de bonnes qualités curatives. Ce que nous pouvons affirmer c’est que, dans la province de Constantine seulement, il existe plusieurs sources d’eaux chaudes sulfureuses et ferrugineuses auxquelles les Arabes viennent demander leur guérison. Entre autres nous citerons, comme les plus importantes : le Hammam des Djendel situé sur la rive gauche del’Oued-el-Kebir entre Bône et Philippeville, celui des Beni-Foughal au Nord et à trois lieues de Guelma, le Hammam-Berda sur la routo de

Bône à Guelma, et enfin le Hammam-Meskoutin situé à dix kilomètres à l’Ouest de cette ville. Cette source sulfureuse est la plus considérable du monde connu et sa chaleur est de 96 degrés. Un hôpital militaire y a été établi par le gouvernement depuis une dizaine d’années, et les observations faites par le docteur Greslov, auquel on doit cette fondation, ainsi que celles de ses successeurs démontrent que les eaux du Hammam-Meskoutin possèdent de grandes vertus curatives pour les douleurs rhumatismales, les anciennes blessures et les maladies de poitrine. Un médecin de Bône, M. Moreau, convaincu de ces avantages, a demandé et obtenu la concession des eaux thermales du Hammam-Meskoutin avec une certaine étendue de terres et de bois autour des sources, afin d'y créer un établissement à l’usage des malades et des touristes du grand monde. Le bassin du Hammam-Meskoutin se prête admirablement à une entreprise de ce genre. Il est situé au milieu d’un pays boisé, toujours vert et do l’aspect le plus pittoresque, enfermé entre deux rivières, YOued-Clierf et le Dou- Hemdem : il est abrité contre les vents du nord par la montagne du Ta'ia, dont les rochers gigantesques forment un contraste frappant avec le pays d’alentour, et contre les vents du sud par la chaîne dentelée et curieuse d'Anouna.

Nous avons dit que le sol de l’Algérie était riche ;

expliquons-nous: à l’encontre de beaucoup de contrées situées en Europe où la terre végétale n’a qu’une trèspetite épaisseur et où l’élément calcaire et marneux fait défaut, ici le sol est généralement argilo-calcaire, et dans les plaines et les vallées on ne trouve que des terres d’alluvion. La terre végétale, à l’Est et au centre de la colonie, n’a pas moins d’un mèlre d’épaisseur, elle est beaucoup moindre à l’Ouest et sur les hauts plateaux de la région centrale.

La pierre à chaux et le plâtre se rencontrent dans presque toutes les contrées. Les parties montagneuses contiennent des carrières de marbres statuaires d’une grande beauté ; une de ces mines est exploitée depuis plusieurs années, à quelques lieues de Philippeville,par une compagnie de Marseille. Les montagnes du littoral montrent à leur surface le minerai de fer presque partout; aux environs de Bûne,il est exploité par la compagnie de l’Alelik sur une grande échelle. Plus à l’Est et près de la frontière de Tunis, une autre compagnie exploite avec beaucoup de succès une mine de plomb argentifère. En Kabylie et dans la province d’Oran, il existe des mines de cuivre d’une grande richesse, et il n’est pas de montagne, dans l’intérieur, où on ne puisse remarquer du minerai de quelque nature utile. Du reste, les Romains n’avaient pas négligé ces richesses et nous avons vu, à cinquante lieues des côtes, une

montagne percée par eux d’outre en outre ainsi que les ruines de leur établissement, construit sur un sol où le minerai n’est pas moins abondant que les pierres.

Le règne végétal de la colonie n’a pas moins d’importance. Longtemps on a représenté l’Algérie comme un pays nu, aride, où les arbres étaient une rareté. Certainement, pour celui qui débarque sur tel point à l’Ouest de nos côtes, et va droit devant lui dans l’intérieur pour revenir de même ; pour celui-là le pays est loin d’être beau, car il aura vu la région du palmier-nain, c’est-àdire le plus vilain coin de cette terre.

Mais l’Afrique française est longue de deux cent cinquante lieues et, sur plus de la moitié de cette étendue, les montagnes du littoral sont couvertes, celles-ci de thuyas, celles-là de chênes verts ou à liège; d’autres enfin de cèdres qui atteignent les plus grandes dimensions. Et si, en quittant ces belles montagnes, on traverse une vaste contrée parfaitement découverte et d'une grande étendue, au delà, on retrouve la végétation du littoral et ses ressources.

Le Sahara lui-même nous offre ses arbres; et ceux-là ne sont pas seulement bons à couper pour faire des charpentes ; mais ils donnent des fruits savoureux que l’Européen apprécie aussi bien que l’Arabe. Dans cette partie de l’Afrique, il suffit d’avoir de l'eau pour transformer en oasis une plaine de sables. Or, nous avons vu

comment la nappe d’eau souterraine avait été amenée à la surface par les puits artésiens ; sur quinze forages, treize ont donné une moyenne de trois mille litres d’eau par minute, coulant à la surface du sol, et deux ont été utilisés à l’état de puits.

Le règne animal se trouve représenté en Algérie de la manière la plus avantageuse pour l’avenir de la colonisation.

Le cheval barbe qui sert à monter toute la cavalerie française et indigène est, par son caractère, sa sobriété et son énergie, le type par excellence du cheval de guerre. Nous avons vu des régiments français arriver avec de bons chevaux de cavalerie légère ; au bout d’un an, la moitié avait disparu; deux ans après, il n’en restait pas un seul. On peut objecter à cela, que ces chevaux n’étaient pas habitués au climat et surtout aux fatigues exceptionnelles des guerres d’Afrique. Nous répondrons à cette objection que pendant la guerre de Crimée les chevaux français ou allemands, ou anglais subissaient le même sort; tandis que les barbes en revenaient maigres,, il est vrai, mais bien portants, et prêts à recommencer une nouvelle campagne.

Cependant il y a lieu de reprocher à ce vaillant animal son manque de taille, et depuis bientôt dix ans le maréchal Randon a pris l’initiative dans cette importante question. Autrefois les Arabes s’occupaient fort

peu que leurs juments fussent saillies par tel ou tel cheval, et le plus souvent ces choses se passaient au pâturage, loin de l’œil du maître et au hasard du moment. Depuis, l’administration a fait rechercher dans les tribus les plus beaux sujets susceptible» de faire de bons étalons, et les a fait acheter par ces mêmes tribus, qui en profitent. Au moment de la monte, ces étalons sont envoyés au centre du pays, sous la surveillance de cavaliers appartenant au service des remontes, de manière que les choses se passent régulièrement. On est ainsi arrivé, dans l'espace de quelques années, à obtenir un nombre de saillies qui s’élève en moyenne à vingt mille par an. Voilà donc plus de quinze mille chevaux bons pourle service, quinaissent annuellement de ces étalons, sans compter ceux que les Arabes obtiennent chez eux.

Le maréchal a fait plus : afin de stimuler le zèle des éleveurs, il a institué des courses auxquelles les chefs indigènes des plus grandes familles viennent assister et concourir, et en outre il a fait accorder des primes aux plus beaux produits.

Il n’est pas douteux qu’en persévérant dans cette voie, et en intervenant d’une manière quelconque pour que l’Arabe n’expose pas son poulain à des courses trop longues, alors qu’il est encore en bas âge, en montant sa jument; il n'est pas douteux, disons-nous, qu'on

arrivera sûrement à augmenter la taille du cheval barbe ainsi que sa reproduction.

Après le cheval, vient la race mulassière : moins grand que celui d’Europe, le mulet d’Afrique est très-bien constitué, et porte des charges énormes avec une étonnante facilité. Jamais malade, quoique fort mal nourri,

il a une douceur de caractère égale à celle du cheval.

Gomme bêtes de trait ou de selle, on trouve des mules aux formes les plus élégantes, et capables de franchir trente lieues en un jour.

Le chameau, que l’on rencontre partout en Afrique, n’est pas seulement utile à ses anciens habitants, mais il est appelé à rendre de grands services à la colonisation. Jusqu’à ce jour, il a été employé par son maître à porter ses pénates et son mobilier quand il change de campement, et ses récoltes sur le marché. Mais lorsque le commerce avec l’intérieur aura pris plus d’extension , quel moyen de transport pourra être plus utile que celui-là? Les voitures, les chemins de fer? Mais les voitures ne vont que là où il y a des routes, et qu’est- ce que cinq à six voies de communication sur une longueur de deux cent cinquante lieues? Tout le pays compris entre ces voies appartient au transport par des bêtes de somme. Les chemins de fer? mais ils sont destinés à remplacer les routes actuelles, et on ne saurait les multiplier de telle sorte qu’il ne

restât pas, entre les différentes lignes, de grandes distances à parcourir. C’est donc au chameau qu’il appartient de remplacer les voitures et les chemins de fer dans les relations commerciales qui s’établiront entre les colons et les tribus de l'intérieur, et les avantages de ce mode de transport sont d’autant plus grands que cet animal est le seul qui serve l’homme sans lui rien coûter. Toutes les plantes inutiles et même nuisibles forment la base de sa nourriture quotidienne, et entres toutes, il préfère le chardon.

Tout ce qui précède concerne le chameau commun ou djemel, le chameau de race ou mahari, employé par les Arabes nomades comme bête de selle et plus particulièrement comme courrier, est moins haut que le djemel et a des formes plus sveltes. Pour le guider on se sert d’une longe passée dans un anneau en fer fixé dans la narine droite.

La selle est une espèce de fauteuil haut du devant et du derrière dans lequel le cavalier se tient tantôt accroupi, tantôt étendu, ayant alors les pieds placés contre le pommeau saillant de la selle.

L’allure ordinaire du mahari est un trot allongé, il peut, dans une journée, franchir sans s’arrêter une distance de trente-cinq à quarante lieues ; il est même probable qu’il ferait plus si l’homme qui le monte pouvait supporter plus longtemps les secousses auxquelles

il est soumis. Los Arabes qui font de longues courses à dos de mahari ont soin de se ceindre le ventre avec plusieurs ceintures larges et très-serrées; sans cette précaution ils ne pourraient pas résister au trot de l’animal. Le mahari a sur le djemcl l’avantage de supporter plus longtemps la soif et la faim. Le premier restera pins d’un mois sans Loire ; tandis que le second souffrira s’il est privé d’eau pendant plus de quinze jours, à moins toutefois que l’on soit dans une saison froide ou tempérée, car alors l’un et l’autre resteront sans boire pendant plusieurs mois.

On commence à rencontrer le mahari dans les tribus nomades qui prennent leurs quartiers d’hiver autour des premières oasis, ils deviennent plus nombreux à mesure qu’on s’avance plus au Sud. D’après les renseignements que nous avons recueillis et qui s’accordent avec ceux que le général Daumas a publiés, la grande tribu des Touaregh en possède un nombre tellement considérable que chez elle le mahari serait la règle et le rljcmel l’exception.

Indépendamment des services que nous avons signalés déjà, ces deux animaux, d’une même espèce, sont encore et autrement utiles aux indigènes de l’Algérie. Leur poil qui est coupé au printemps sert à confectionner les cordes qui entourent la tête des hommes, et c’est avec lui et un mélange de laine que les tentes

sont fabriquées. Enfin, lorsque blessé par accident, le djemcl ou le mahari se trouve en danger de mort ou hors de service, il est abattu pour être mangé.

Après ces vaisseaux du désert vient un pauvre animal bien délaissé, bien maltraité, et encore plus calomnié, même par ceux qui s’en servent, cei animal est l’âne.

Moins grand et plus fin que celui d’Europe, le baudet africain est un vaillant diminutif du mulet.

Dans la tribu, il est employé par les femmes à porter des outres remplies d’eau à la source ou à la rivière, besogne facile dont il s’acquitte en jouant et qui lui vaut de grandes privautés dans le ménage. Quand vient l’époque du déménagement, c’est encore lui qui est chargé des ustensiles de cuisine. Quelquefois le maître, s’il est assez pauvre pour n’avoir ni mulet ni cheval, lui fera l’honneur de le monter en tenant ses jambes en l’air pour les empêcher de traîner ; mais qu’à cela ne tienne, on le portera gaiement et même si en route il survient un compagnon, il pourra se mettre en croupe. Hors ce cas assez rare, l’existence de l’âne, dans la tribu, est très-heureuse.

Hélas ! il n’en est pas de même dans les cités.

Qui se douterait en effet, en voyant les casernes, les hôpitaux, les hôtels, les maisons à tant d’étages qui décorent nos villes de l’Algérie, que l’âne a pris une large part à ces grands travaux?

C’est pourtant la vérité, pas un grain de sable employé à ces constructions n’est venu là autrement que par lui. 11 n’est pas d’Européen nouvellement arrivé en Afrique qui n’ait remarqué avec quelle célérité extraordinaire s’effectuent ces transports.

Un Arabe sort dé la ville criant gare, et précédé d’un groupe de baudets galopant à qui mieux mieux, s’il n’est pas monté sur celui qui ferme la marche. Ils vont ainsi sans ralentir l’allure à la carrière ou au ruisseau qui fournit le sable. Dans un instant chaque bêle de somme est chargée, et on revient au pas accéléré. En arrivant sur le chantier, les baudets sont déchargés en un tour de main, et ils repartent au galop comme devant. Ce travail commence avec le jour et finit avec la nuit. Comme récompense, ces bonnes petites bêtes obtiennent la permission d’aller chercher leur pâture dans les champs incultes d’alentour.

Après le cheval, le mulet, le chameau et l’âne, vient le bœuf, auxiliaire non moins utile, puisque c’est à lui qu’incombe la tâche pénible de préparer le sol qui doit nourrir l’homme.

Un fait qu’il est important de remarquer, c’est que l’espèce bovine diminue en nombre et en qualité à mesure qu’on s’avance vers l’Ouest de la colonie, et qu’elle disparaît dans le Sud. De sorte que c’est dans la province de Gonstantine et à l’Est de cette province, que

se trouve la race la mieux conservée. Là, en effet, elle est véritablement belle, et comine taille, et comme formes et comme finesse de peau.

Aussi est-ce de ce point de la colonie que les Arabes du centre et même ceux de l’Ouest tirent leurs animaux de labour. Il n’est pas jusqu’aux bouchers de la capitale qui ne viennent s’approvisionner sur les marchés de Guelma et du Kroub.

Après avoir recherché avec soin les causes de cette différence de taille et de formes parmi les bœufs du littoral, ainsi que celles de leur absence au centre et au Sud de l’Algérie, nous sommes arrivé à reconnaître : d’abord que l’espèce bovine était nourrie exclusivement dans les bois; ensuite que les pâturages qu’elle rencontrait dans les forêts de l’Est étaient très-supérieurs à ceux des autres contrées.

L’absence absolue dans le centre et au Sud s’explique d’elle-même par l’absence des bois.

Ces causes une fois constatées, le colon en fera son profit afin de se tenir en garde contre la paresse et l’ignorance de l’indigène qui les a laissées subsister.

Pour lui, l’usage des prairies naturelles et artificielles remplacera avec avantage le pâturage dans les bois, qui devient de moins en moins licite à mesure que les forêts sont exploitées.

Afin de donner une idée du nombre d’animaux appar-

tenant à l’espèce bovine qui se trouve dans la colonie, il nous suffira de citer le chiffre des pertes éprouvées par les indigènes des trois provinces pendant un hiver rigoureux. La province d'Oran a perdu 80,000 bœufs, celle d’Alger 87,000, et celle de Constantine 1 16,000.

Les causes de ce désastre, qui se renouvelle trop souvent, proviennent uniquement de l’incurie des indigènes. Un été plus chaud que d’habitude brûle les pâturages naturels ; survient un hiver humide ou neigeux qui trouve les animaux affaiblis, exposés au grand air et sans provisions de nourriture ; puis on les regarde mourir en disant stoïquement : Dieu l'a voulu !

Mais comme cette question n’intéresse pas seulement les Arabes, l’administration est intervenue et ,

grâce au zèle de quelques officiers commandants de cercles ou attachés aux affaires arabes , déjà un grand nombre d’indigènes ont construit des abris pour leurs troupeaux et pourvu à leurs besoins en cas de mauvais temps ou de grande sécheresse.

Ce que nous avons dit de l’espèce bovine, quant aux contrées qu’elle affectionne et où elle n’a point dégénéré, forme un contraste étrange avec les conditions d’existence et de nombre où se trouve l’espèce ovine. En effet, partout où le bœuf abonde et prospère, le mouton est rare et maladif. Au contraire, sur les hauts plateaux du centre et de l’Ouest aussi bien que dans le

Sud, on trouve des troupeaux considérables et des bêtes bien conformées. Il est vrai que la laine n’est pas des plus belles; mais les croisements effectués avec la race mérinos par les ordres du maréchal Randon ont donné des résultats tellement décisifs, que l’amélioration des produits ne saurait être douteuse. La fécondité des brebis de ce pays est vraiment extraordinaire ; nonseulement elles donnent deux agneaux par an , un au printemps, l’autre à l’automne, mais encore , et le cas n’est pas rare, elles doublent leurs portées. Non contente de l’introduction de béliers mérinos, l’administration a fait choisir les plus beaux sujets indigènes dans une grande quantité de troupeaux et avec toute l’attention et les soins nécessaires, et a ordonné une tentative d’amélioration de la race indigène par elle-même sous la surveillance intelligente de M. Bernis, vétérinaire en chef de notre armée. Bientôt des Arabes de grandes tentes verront et comprendront les avantages d’une conduite analogue et ne tarderont pas à l’imiter, et comme l’intérêt est le plus grand mobile de l'Arabe, il n’est pas douteux que de proche en proche l’exemple profitera et que dans un temps rapproché de notre époque l’espèce ovine de l’Algérie aura beaucoup gagné en qualité comme en nombre. Le chiffre total actuel des moutons ou brebis étant de vingt millions, on peut, dès aujourd’hui , prévoir son augmentation future, ainsi que le

moment où la France cessera de porter sur les marchés étrangers quarante millions par an pour acheter la laine utile à ses manufactures.

L’espèce caprine se trouve en Afrique, aux deux extrémités Nord et Sud. Au Nord, elle est aux mains du pauvre Kahvle; au Sud, chez l’habitant des oasis.

Sa taille et ses formes ne laissent rien à désirer; mais au point de vue de la colonisation , ici comme partout, elle est plus nuisible qu’utile.

Pour terminer l’examen du règne animal domestique, il nous reste à dire quelques mots du chien et du chat qui, en Afrique, sont loin d’avoir place au foyer comme chez nous.

Excepté le lévrier, propriété rare et exclusive de l’Arabe de grande famille, le chien proprement dit forme une race unique et dont la ressemblance est la même partout.

De la taille de nos chiens de berger, il a une robe

d’un blanc sale ou rougeâtre, des poils longs et touffus et pour fouet un superbe panache. Préposé à la garde de la lente chez l’Arabe, et, du gourbi chez le Kabyle, il fait du jour la nuit, et vice versa; son rôle étant d’aboyer pour faire voir qu’on veille, il commence au crépuscule du soir et ne se tait qu’au matin.

Si par hasard il se trouve fatigué, ou que le mauvais temps l’engage à se réfugier sous la tente, une grêle de

coups appliqués à outrance l’oblige incontinent à reprendre sa place au dehors. Comme chaque Arabe possède en moyenne quatre ou cinq chiens, et que la moyenne d’un douar est de huit à dix tentes, cela fait un concert de trente à quarante voix différentes répétant le même chant toute la nuit, tantôt à quelques pas de vous, tantôt sur votre tête, car pour voir de plus loin, ces bons gardiens ne trouvent rien de mieux que de monter sur les tentes ou le toit des gourbis.

Il y a dans les mœurs de ces animaux presque sauvages, deux faits remarquables : le premier c’est que dans les batailles qu’ils se livrent de temps en temps, lorsque l’un d’eux s’est rapproché de la tente voisine, le vaincu est étranglé par toute la bande, s’il ne peut se relever assez tôt, et que son corps sert de festin à ses pareils quelquefois avant qu’il ait cessé de vivre. Les chiens qui arrivent à un certain âge subissent tous le môme sort et cela sans que les maîtres interviennent.

La seconde observation que nous avons faite souvent et qui n’est pas moins curieuse, c’est que malgré le voisinage constant de deux tentes abritant le plus souvent des hommes d’une même famille, ïee chiens de ces deux tentes restent ennemis et regardent comme tels tous les habitants de la tente voisine. On voit d’après cela combien l’action d’aborder un douar pendant la nuit doit être difficile.

Cependant, malgré ces obstacles, la grande majorité des vols, des meurtres et des adultères se commettent dans ces conditions.

La position sociale du chat, quoique éloignée de celle qui lui est faite en Europe, est pourtant préférable à celle du chien. Vivant avec les femmes qui le battent modérément, son sort est supportable s’il a le soin de se tenir caché aux heures des repas.

Nous avons pourtant vu trois chats parfaitement heureux chozSidi-Bil-Kassem-ben-Ilehaï, un des marabouts les plus vénérés de l’Afrique. Ils étaient choyés, caressés par les Arabes les plus sérieux par ce seul fait qu’ils étaient dans les bonnes grâces du saint.

Quant à la robe, ces animaux ressemblent tellement à ceux du Midi de l’Europe, qu’en les voyant on ne doute pas qu’ils n'en soient venus.

Après les animaux domestiques à l’usage de l’homme, examinons ceux qui vivent à l’état de nature, c’est-à-dire insoumis.

Comme Dameïri, le Buffon des Arabes, nous placerons le lion à la tête des bêtes sauvages qui se trouvent dans les bois ou les plaines de l’ Algérie.

Les indigènes de l’Est l’appellent scid au singulier, sioud au pluriel. Ceux du centi'e et de l’Ouest le nomment açad ou seba, comme on le voit écrit dans tous les livres.

D’après Dameïri, le lion a droit à quatre-vingt-dixneuf adjectifs, un de moins que Dieu, pour qualifier sa noblesse.

Les principaux sont : le vaillant, le superbe, le terrible, le rugissant, le magnifique, le courageux, le puissant, le généreux, le dévorant. Nous en passons quatre-vingt-dix .

Ce grand seigneur, pour lequel les hommes de toutes les classes sont gens taillables et corvéables, se trouve dans les forêts de l’Est, du centre et de l’Ouest. On ne le rencontre en Kabylie que par hasard, parce que l’habitant de ces montagnes possède peu de troupeaux, et qu’en outre il s'y trouve une grosse mouche qui l’empêche de dormir. Les contrées qu’il affectionne sont les cercles de Philippeville, de Bône, do La Calle, de Guelma, de Soukaras, de Tébessah et de Batnah. Sétif, Aumale et les autres cercles en comptent quelques-uns, mais peu nombreux.

Le nombre des lions a beaucoup augmenté en Algérie depuis que l’administration des forêts a été instituée sur le pied de celle de France. Cela s’explique facilement. Avant cette administration protectrice, dès qu’un lion apparaissait, les indigènes ne trouvaient rien de mieux que de brûler son repaire afin de le renvoyer plus loin. De proche en proche, la même manœuvre se répétait, et l'animal était contraint à voyager

sans cesse. Les inspecteurs ayant mis bon ordre à cette vieille coutume, il en résulte que chez nous les repaires deviennent de plus en plus fourrés , tandis qu’en Tunisie et dans le Maroc les Arabes se livrent, comme par le passé, à l'incendie des bois. Il résulte de cet état de choses que les douars établis dans le voisinage des forêts subissent des pertes journalières considérables.

A l’encontre de ceux de sa race qui habitent l’Afrique centrale et l’Abyssinie, le lion de l’Atlas ne chasse point si ce n’est par occasion fortuite. Par exemple, si le soir, quand il se lève et va se poster sur une hauteur qui domine le pays aûn d’observer la rentrée des troupeaux, il aperçoit un sanglier à peu de distance, il cherchera à le croquer.

Marchant d’abord assez vite, dès qu’il peut être entendu il imite à s’y méprendre la manœuvre prudente et silencieuse du chat. Malgré son poids de six cents livres, il sait dissimuler le bruit de ses pas à l’oreille la plus fine, même sur un terrain boisé et pierreux. Ni frôlement du corps contre les branches, ni dérangement d’un caillou ne trahiront sa présence. S’il arrive à la lisière de la forêt, et que le sanglier soit en plaine, il profitera d’un buisson, d’une pierre, d’une touffe d’herbes pour se rapprocher sans être vu jusqu’à la distance de quinze pas environ. Arrivé là, il se couche; prend son élan, et d’un seul bond tombe sur

sa proie qu’il tue instantanément, d’un seul coup de gueule. Mais s’il arrive que le sanglier évente le lion et détale, celui-ci ne le pourchassera pas. A quoi bon se donner tant de peine quand des milliers de bœufs et de moutons sont au parc qui l'attendent.

Le lion est-il généreux ou dangereux pour l’homme? Cette question nous a été adressée bien souvent, et nous croyons devoir la résoudre ici, parce que rien de ce qui intéresse l’Afrique n’est étranger à ce livre. Comme tous les animaux appartenant à l’espèce féline, le lion est indolent, paresseux quand il est repu; mais alerte et infatigable lorsqu'il est à jeun ou surexcité. En outre de cela, il est dans ses habitudes de dormir le jour et de vivre la nuit.

D’après tout ce que nous avons pu voir ou entendre, le lion qu’un homme rencontrera le jour ne fera aucune attention à lui s'il n'est pas attaqué ; il n’est pas dans son état normal.

Un groupe d’hommes rencontrent-ils un lion la nuit : s’il est à jeun, il les suivra , les précédera, cherchera à en isoler un, s’il peut le faire, pour l’enlever. Si le lion est repu, il regardera les hommes passer à dix pas de lui sans se déranger en aucune manière.

Un homme -isolé et à pied rencontre-t-il un lion qui n’a pas dîné et dans un pays où le bétail est éloigné, il est certain que le lion mangera l’homme; d’où nous con-

cluons que dans l’opinion du roi des animaux, la chair du bœuf, du chameau, du mouton, du cheval, du mulet et môme de l’âne est préférable à celle de notre prochain. Pourquoi les accidents sont-ils rares dans un

pays où les lions sont assez nombreux ? Il n’est pas difficile de le dire. D’abord ils habitent toujours les forêts qui avoisinent une population arabe possédant do nombreux troupeaux; ensuite cos mômes Arabes s’abstiennent de voyager seuls après le coucher du soleil. De sorte que ce n’est que fortuitement qu’un lion voyageur, traversant un pays de plaine, pourra se trouver en présence de l’homme pendant la nuit.

Aussi est-ce toujours dans ces contrées où les douars sont espacés à de grandes distances, que l’homme sert de pâture au lion. La moyenne de ces accidents est de dix par année au Sud-Est de la province de Constantine. Il est vrai que sur ce nombre les femmes en fuite comptent pour la moitié.

Quant aux pertes que ce noble animal fait éprouver aux tribus, elles s’élèvent, en moyenne, à douze mille têtes de gros bétail par an. A part ces inconvénients, qui jusqu’à ce jour ont été regardés comme de peu d’importance, l’Afrique française doit être fière de ses lions; car ni ceux du Sénégal, ni ceux du cap de Bonne- Espérance ne leur sont comparables pour la beauté des formes et la richesse de la crinière.

Le tigre, l’éléphant, le rhinocéros et le buffle ne se trouvent que dans l’intérieur des terres situées au delà de nos possessions les plus méridionales.

Parmi les carnassiers de second ordre, l’Algérie possède le léopard. Un en rencontre deux espèces différentes quant à la taille et au pelage : la petite (qui nous paraît être la panthère) ; le fond de sa robe est plus noir et les points qui la marquent sont plus serrés. Basse sur jambes, elle est fortement râblée et douée d’une grande souplesse. On la rencontre, assez nombreuse, dans les bois du littoral. La grande (que nous croyons être le léopard), habite le Grand-Atlas et les contre-forts qui s’en détachent. Le léopard est beaucoup plus haut que la panthère; mais il a les avant-bras, l’encolure et les reins moins forts que celle-ci.

L’un et l’autre vivent dans les forêts les plus épaisses, et de préférence dans le voisinage des rochers. Le sanglier forme la base principale de leur nourriture, et le veau par exception. C’est rarement au parc que le léopard et la panthère viennent enlever leur proie. Ils profitent de l’incurie des indigènes qui envoient leur bétail au pâturage sous la garde des enfants. Du reste, les pertes que causent ces carnassiers ne sont pas à com parer à celles que fait éprouver le lion ; car ce dernier veut la chair toujours fraîche, tandis que les autres vivent plusieurs jours sur la même proie. Nous avons

trouvé plusieurs fois un quartier de veau ou de sanglier à quinze pieds du sol, dans les branches d’un chêne, en suivant la voie d’un léopard jusqu’au pied de l’arbre.

Le caractère de ces animaux est sournois, timide et faux. Loin de se montrer à l'homme sans défiance et de suivre les routes fréquentées comme le lion, ils se tiennent dans les maquis les plus épais et, même la nuit, ne se hasardent pas en plaine. Attaqués, ils fuiront tant que faire se pourra ; mais une fois blessés ou acculés, ils deviennent furieux, et savent très -bien se servir des armes naturelles qui leur ont été données. Nous saisissons avec plaisir l’occasion qui se présente de citer le nom d’un Français qui, après avoir mis à mort un assez grand nombre de panthères dans le département d’Alger, est sorti victorieux d’une lutte corps à corps avec un de ces carnassiers. Cet homme est M. Bombonnel, de Dijon. Les Arabes, dans le Grand-Atlas, et les Kabyles, sur le littoral, chassent le léopard et la panthère de différentes manières. Lorsqu’ils rencontrent les restes d’un animal tué, ils enlèvent ces restes, n’en laissant qu’un morceau de la grosseur du poing. Ensuite, ils établissent sur place une batterie de deux ou trois fusils, dont les bouches aboutissent à l’appât. Des ficelles sont attachées aux détentes, et l’animal se suicide à dîner. Quand, au contraire, le léopard ou la panthère sont vus par corps, on les attaque avec les chiens.

D’abord l’animal se dérobe devant la meute, mais bientôt il s’accule dans une position favorable et fait tète aux chiens. C’est alors que les chasseurs, débarrassés de tout vêtement qui les gène, s’engagent sous bois en . rampant sur le ventre, et viennent le fusiller à bout portant.

Après le léopard et la panthère vient le chacal, espèce bâtarde qui tient le milieu entre le renard et le loup, auquel il ressemble par les instincts, la forme et les habitudes. Après le lion, c’est l’animal lo plus nuisible de la colonie ; car, non-seulement il s’attaque au bétail, mais encore aux récoltes. On le trouve partout dans le voisinage des populations européennes et indigènes, et il est devenu si insolent à force de quiétude qu’il fait entendre ses glapissements jusqu’aux portes des villes.

Le renard, beaucoup moins nombreux, a des habitudes différentes de celui d’Europe : au lieu d’habiter les forêts, il se tient dans les rochers qui bordent les plaines, ou au milieu de ces plaines dans des silos abandonnés. Plus petit et plus roux que le nôtre, il se nourrit principalement de gerboises et de rats. L’espèce qu'on trouve au Nord et au centre de la colonie n’est pas la même que celle du Sahara. Ce dernier n’est pas plus gros que le poing ; il a des oreilles très-longues et une fort belle queue : c’est un charmant petit animal

qu’on aurait du plaisir à garder chez soi, s’il n’exhalait une odeur des plus désagréables.

Le lynx et plusieurs variétés de chats sauvages habitentles vallées du Petit et du Grand-Atlas. On y trouve aussi la mangouste en assez grande quantité.

Nous terminerons l’examen deâ animaux nuisibles par les reptiles. Il n’y en a que deux espèces en Algérie : la vipère cornue et la vipère minute. L’une et l’autre ne se rencontrent que dans le Sud au delà du rayon où la colonisation peut se porter. Les autres sont des couleuvres inoffensives.

L'hyène, que nous classons après tous les carnassiers, a un naturel et des habitudes tout à fait contraires à ce qu’on en a dit. Son aspect sournois, sa crinière hérissée et sa gueule très-forte l’ont fait regarder comme un animal féroce, dangereux, et le gouvernement de l’Algérie a institué une prime pour sa destruction.

C’est à la fois une erreur et ime calomnie : une erreur puisque, loin d’être nuisible, l’hyène rend de grands services au point de vue de la salubrité en dévorant les bêtes mortes qui, dans la saison d’été, pullulent autour des douars, et les immondices que l’on jette en dehors des villes ; une calomnie, parce que de tous les animaux de la création, il n’en est pas de plus timide et de plus • inoffensif. Le seul reproche qu’on puisse lui faire, c’est, lorsqu’il est poussé à bout par la faim, d’enlever un

chien qui s’est trop écarté pendant la nuit, et d’aller déterrer les cadavres dans les cimetières arabes qui ne sont jamais fermés. Une particularité des habitudes de l’hyène, c’est que dans les contrées où se trouvent des lions, elle ne sort que le jour ou par le clair de lune. Cette coutume est justifiée par l’aversion qu’elle inspire au roi des animaux, lequel lui brise les reins d’un coup de gueule chaque fois qu’il la rencontre, et la jette en dehors du chemin.

L’hyène habite des terriers profonds qu’elle creuse au pied d’un rocher ou dans les sables ; dans la saison chaude, elle en est chassée par les puces et se retire alors dans les bois. Les Arabes la prennent vivante en lui jetant un burnous sur la tête, ensuite ils l’attachent, la bâillonnent et l’emportent au douar où elle est lapidée par les femmes et les enfants. C’est assez dire combien cet animal est méprisé ; aussi jamais l’Arabe ne se sert de son fusil pour tuer une hyène, de peur de le déshonorer.

Il arrive souvent qu’en travaillant à un terrier dans lequel un de ces animaux est indiqué, on trouve une famille de porc-ôpics vivant sous le même toit et en bonne intelligence avec lui ; leur chair est savoureuse lorsqu’elle a été dégraissée et les Arabes emploient la graisse des pattes pour les maux de sein ; ce qu’il y a de curieux c’est qu’ils l’appliquent indifféremment aux

femmes et aux vaches. Quanti le porc-épic est rencontré sous bois par les chiens, ceux-ci le chassent à outrance ; mais bientôt l’animal qui n’est pas conformé pour courir s’arrête, et malheur aux imprudents !

Nous avons retiré quelquefois de ces dards qui avaient été enfouis à une profondeur de deux et trois pouces dans les chairs ; et s’il arrive que la pointe se casse dans la plaie en la retirant, la blessure ne guérit jamais.

La panthère tue le porc-épic en l’attendant à sa sortie du terrier et le frappant d’un coup de griffe à la tête qui n’est pas préservée par les dards.

Le sanglier se trouve dans toutes les parties de l'Afrique. Il y on a deux espèces : celle des marais et celle des bois. La dernière est plus grande et plus méchante. Une erreur généralement répandue en Algérie, c’est que le sanglier de la colonie est moins dangereux à chasser que celui de France. On n’a pas réfléchi qu’en France le sanglier se défend lorsqu’il est chassé par une meute et forcé ou blessé; tandis qu’en Algérie, lorsqu’on le chasse, c’est en battue. Or, nous avons pratiqué les deux manières, et quand nous l’avons attaqué avec des chiens, bien souvent l’animal a fait des victimes avant même d’être lancé. Du reste, dans les pays où les Arabes chassent aux lévriers, il arrive beaucoup d’accidents non-seulement aux chevaux et aux chiens,

mais aux hommes. Dans notre opinion, le sanglier d’Afrique est plus brutal que celui de France.

Le fauve manque à l'Ouest et au centre de la colonie, mais il abonde dans l’Est et au Sud.

Les forêts de La Calle et des Beni-Salah, situées dans la subdivision de Bône, et celle de Ghib-Chouéni dans le cercle de Tébessah, renferment une assez grande quantité de cerfs semblables à ceux d’Europe, sauf la couleur du poil qui est plus clahe et aussi sa roideur. Nous n’avons remarqué aucune différence quant aux habitudes. Dans les bois du littoral, quelques Arabes chassent le cerf, comme cela se pratique en Écosse, au rapprocher, ou si l’on aime mieux à la surprise. Dans le Ghib-Chouéni, qui est en plaine, on le force avec des lévriers.

Après le cerf, vient l’antilope commune qui ressemble à une vache dont les cornes sont longues, presque droites et cannelées. Elles sont très-nomades et franchissent des distances énormes, suivant les saisons. En été, on les trouve par troupeaux considérables au Nord du pays des Némenchah, dans le cercle de Tébessah; en hiver, elles gagnent l’intérieur du Sahara. Les Arabes chassent l’antilope à cheval, avec ou sans lévriers. Ils ne prennent jamais que les femelles pleines ou les jeunes de l’année. Une autre variété d’antilope habite le Djebel-Amour, qui borde le désert au Nord.

Plus petite que la commune, elle a des manchettes comme le bouquetin auquel elle ressemble par la conformation et les habitudes. Le mouflon à manchettes, ou mouton sauvage, habite la chaîne de Bou-Kradera dansle cercle de Tébessah, le pays des Némenchah et le versant Sud du Grand-Atlas. Il se tientpresque toujours au milieu de rochers inaccessibles et se montre trèsdéfiant.

La gazelle se trouve dans les montagnes du centre de l’Algérie et dans les plaines du Sud. Les Arabes la chassent au lévrier. C’est de tous les animaux de cette espèce qualifiée fauve, en terme de vénerie, le plus sympathique à l’homme. Il est en effet impossible de voir une bête plus fine, plus délicate, plus élégante et d’un meilleur caractère à l’état de domesticité. Toutes ces qualités ne l’empêchent pas d’avoir des ennemis, parmi lesquels le chacal figure en première ligne. Comme ce serait folie à lui que de vouloir lutter de vitesse, qu’imagine-t-il pour surprendre la gazelle? Il va se poster aux abords d’une source où la harde vient boire paisiblement, et pourvu qu’il s’y trouve un buisson aussi grand que lui, il se rapetisse de façon à se rendre invisible jusqu’au moment opportun. Si, au contraire, le pays est complètement découvert, il se couche le ventre en l’air et fait le mort. La harde de gazelles en l’apercevant s’arrête à distance; mais le

chef s’avance en frappant du pied pour reconnaître le danger. Peu à peu on se rapproche; on tourne autour de ce pauvre défunt qui, du coin de l’œil, guette. A force de manœuvres et d’observations, on finit par être persuadé, et le mâle vient naïvement flairer le larron qui, sans se mettre sur ses pattes, le saisit à la gorge et l’étrangle aux yeux de la troupe consternée.

Le lièvre d’Afrique est moitié plus petit que celui de France. On le trouve partout ; mais il est plus abondant loin des villes et des points occupés par les colons. Les Arabes le prennent au lévrier et au faucon. Cette dernière chasse est curieuse pour un Européen. Quand le pauvre animal voit l’oiseau planer au-dessus de lui, il perd la tête et vient se réfugier sous les chevaux.

Le lapin, également plus petit que le nôtre, est :‘.iconnu dans l’Est. Il ne dépasse pas la ligne de Sélif. Aux environs de Tébessah, on en voit une espèce de couleur, probablement restée dans ce pays depuis l’époque romaine.

La gent emplumée de l’Afrique ne diffère en rien de celle de l’Europe, si ce n’est qu’elle est plus riche en oiseaux de proie et plus pauvre en gibier de chasse. Ainsi le coq de bruyère, le faisan, le graous et la perdrix grise y sont inconnus. En revanche, les oiseaux aquatiques du Nord y viennent hiverner par millions, ainsi que les bécasses, bécassines, outardes et grues. La

caille et la perdrix rouge s’y trouvent abondamment. La cigogne fait son nid sur le toit des maisons et nourrit ses petits de reptiles. Quant aux oiseaux de proie, ils sont innombrables, et toutes les variétés y figurent. C’est un spectacle curieux que de voir un rocher fréquenté par ces carnassiers aériens au moment de la ponte ou de l’éducation des petits. Chaque espèce a son étage, comme des locataires dans une maison, et, ce qui n’a pas toujours lieu chez les hommes, la plus grande harmonie règne constamment parmi eux. Le vautour joue un grand rôle dans l’état sanitaire de la colonie. C’est lui qui, concurremment avec l’hyène, débarrasse l’homme des corps morts qui l’entourent, et comme ils sont très-nombreux, leur service est très-actif et partant très-utile. Le sens de l’odorat chez le vautour est vraiment extraordinaire. Dès qu’un animal est mort au milieu d’une plaine située à plusieurs lieues du rocher où ils perchent, ces oiseaux en ont le sentiment, et se dirigent vers lui comme s’ils le voyaient.

Afin de ne pas laisser au lecteur une mauvaise impression à la fin de ce chapitre, nous dirons quelques mots du rossignol. Nulle part il n’ est en si grand nombre; nulle part il ne chante comme ici. Dans les jardins, comme dans les bois, et jusque dans les villes, il fait le charme des habitants. Il aime tant à chanter, le rossignol, dans ce pays d’Afrique, que les Maures l’emploient

dans leur maison en guise d’orchestre, c’est-à-dire qu’à l’occasion d’une fête ou d’une réception, le soir, on se réunit dans une vaste salle au milieu de laquelle plusieurs rossignols se font entendre, tantôt ensemble, tantôt alternativement. Et, chose singulière, soit qu’ils comprennent ce qu’on attend d’eux, soit qu’ils éprouvent le même plaisir qu’ils donnent , ils ne cessent de chanter que lorsque l'assemblée se sépare. Aussi, les Maures et les Arabes des villes les élèvent-ils avec soin pour leur agrément personnel et pour leurs amis auxquels ils les prêtent. Quant à nous, qu’il a souvent fait rêver à la patrie absente dans la montagne et au bivouac, nous sommes heureux d’avoir trouvé cette occasion pour parler de lui.

HISTOIRE DES PREMIERS TEMPS JUSQU’A LA PRISE D ALGER. ■ctsSÇSsss

De tous les historiens ayant écrit sur les premiers hommes qui ont occupé l’Afrique du Nord, Salluste nous parait le plus véridique.

Suivant lui, les Gétules et les Libyens s’y trouvaient longtemps avant les Arméniens, les Mèdes et les Perses qui, eux-mêmes, furent suivis par une émigration de Chananéens.

Cependant nous trouvons sur les cartes romaines les noms de différentes tribus, telles que les Maurusiens , les Massyliens, les Massassy liens, les Maxyes, les Macœnse t les Lotophagcs. Un des chapitres suivants étant consacré à l’examen des populations de l’Algérie, nous 'ne ferons que constater ici les noms de celles qui s’y trouvaient dès les premiers temps, nous réservant de rechercher ce qu’il y a de commun entre elles quant à l’origine et aux coutumes.

Ce qui est plus certain, c’est qu’une colonie phénicienne s’établit à l’Est de cette partie de l’Afrique, et y fonda la ville de Carthage dans le vni e siècle avant J.-C.

D’abord les Carthaginois occupèrent tranquillement leur nouvelle conquête. Ce ne fut que plusieurs siècles après la fondation de Carthage, qu’une guerre sérieuse éclata entre les Phéniciens et les Romains. Ce qu’il y a d’intéressant pour nous dans cette époque primitive, c’est de voir, il y a plus de deux mille ans, une nation dont les coutumes et la politique sont ou plutôt étaient en tout point semblables à celles du peuple anglais de nos jours. Sa grande force est l’or, et pour s’en procurer, elle couvre les mers de ses vaisseaux et les côtes de ses colonies. Pour combattre ses ennemis intérieurs, elle les divise, et n’ayant qu’un petit nombre de soldats, elle emploie ceux des autres pays quand il lui faut porter au loin la guerre. Par ces moyens, elle réussit à

devenir la maîtresse des mers, et sans doute cette position lui serait restée beaucoup plus longtemps si elle n’avait osé porter ses armes sur le territoire romain.

Car ce fut elle qui, par son exemple, enseigna au peuple-roi la manière de transporter un corps d’armée sur des vaisseaux, et à combattre autrement que sur terre. On sait que la plus grande partie des soldats qui composaient les armées carthaginoises étaient des étrangers. Beaucoup de ces troupes, et principalement la cavalerie, se recrutaient parmi les peuplades africaines. Or il n’est pas sans intérêt pour notre époque de remarquer avec quelle facilité ces auxiliaires ou ces mercenaires, après s’étre battus vaillamment et de tout cœur, tant que les affaires de Carthage allaient bien, avec quelle facilité, disons-nous, ils passaient dans le camp ennemi, lorsqu’ils y trouvaient quelque avantage.

Si ces leçons ne nous profitent pas, ce ne sera pas faute d’exemples. Malgré l’habileté de généraux tels que Hannon, Amilcar, Asdrubal et Annibal, la république de Carthage, sans cesse en lutte avec ses propres soldats insurgés, ouïes habitants des colonies mal occupées et peu soumises qu’elle possédait en trop grand nombre, la république tomba après quarante ans de guerres à l'intérieur contre les peuples révoltés, et à l’extérieur contre les légions romaines.

Cette époque nous montre ce qu’im homme de génie,

doué d’une grande persévérance, peut obtenir avec des moyens en apparence faibles et insuffisants.

A l’âge de vingt-cinq ans, Aunibal, chargé de défendre les intérêts de Carthage, comprend que l’ennemi le plus redoutable est en Italie, et il forme le projet d’aller le combattre sur ses terres.

Avec une armée de quarante mille hommes de pied et huit mille chevaux, il part des côtes d’Espagne, traverse frs Gaules, franchit les Alpes, et descend en Italie. Après de nombreuses victoires, il arrive aux portes de ltome, et au lieu de frapper un dernier coup qui décidât du sort des deux républiques, il reste dans le pays, occupé à combattre les armées qui se succèdent autour de lui.

Après quinze ans de luttes, les Romains comprennent que le seul moyen de se débarrasser d’Annibal, c’est de menacer Carthage, et employant contre Carthage ces mêmes Numides qu’ils avaient combattus tant de fois ; ils forment une aimée moitié africaine, moitié romaine, qui envahit et saccage tout ce qui appartient à la république.

Le Sénat et le peuple tremblants rappellent Annibal à lahâte, et les deux plus grands hommes de ce temps, Scipion et Annibal se trouvent en présence, à la tête de leurs armées, dans la plaine de Zama, située à quatre journées de marche au Sud-Ouest de Carthage. Plusieurs

historiens racontent que le général carthaginois, peu confiant dans le résultat de la bataille, demanda une entrevue à Scipion ; et que les conditions de paix lui semblèrent si dures qu’il se résigna à tenter le sort des armes.

L’armée carthaginoise perdit quarante mille hommes, les Romains moins de deux mille. La bataille de Zarna eut lieu l’an 203 avant J.-C.

Cette défaite obligea Carthage à accepter les conditions qu’il plut au vainqueur de lui imposer.

La destruction de sa flotte, la livraison d'otages considérables et le payement des frais de la guerre, telles furent ces conditions. Annibal, injustement disgracié, se retira en Bithynie où il s’empoisonna. Sur ces entrefaites, Massinissa, jeune chef de la tribu massilienne, s’était fait l’allié des Romains qui , pour prix de ses services, lui accordèrent le commandement de tout le pays compris depuis Zama jusqu'à la Mauritanie. Le siège de son commandement était à Constantine, Cirtha, qu’il enleva <pi roi Syphax avec le concours de Scipion et des troupes romaines.

Cinquante ans après la défaite d’ Annibal, Massinissa attaque les possessions carthaginoises ; et les Romains, malgré le traité de paix conclu à Zama, l’appuient de leurs armes.

Impuissants au dehors contre un ennemi tellement

supérieur en nombre, les Carthaginois s’enferment dans leur capitale et résistent trois ans. L’assaut dura plusieurs jours et, même dans la place, les assiégeants durent enlever de vive force chaque quartier. Après le pillage, Carthage fut brûlée et rasée. L’honneur de cet exploit est dû à Scipion Emilien. Enprenantlamoyenne des chiffres donnés par divers historiens, nous trouvons que la population de Carthage, à l’époque de sa destruction, était de cinq cent mille âmes.

Les événements qui se sont accomplis pendant l’occupation carthaginoise, qui a duré six cents ans environ, nous montrent d’une manière évidente que, pour maintenir les populations de l’Afrique du Nord, il ne suffit pas d’occuper le littoral et de posséder une grande force maritime. Nous allons bientôt trouver de nouveaux enseignements durant la domination romaine qui commence l’an 149 avant J. -C.

Laissant les populations au pouvoir de leurs chefs, les Romains se contentèrent d’abord d’occuper les principales villes situées sur les côtes. Micipsa ayant hérité du commandement et des qualités de Massinissa son père, les affaires de l’intérieur furent maintenues dans un état de paix et de prospérité remarquables tant que vécut ce roi numide. Mais à sa mort, le pays fut bouleversé par Jugurtha qui, cependant, avait fait la guerre en Europe pour les Romains et s’était

fait, remarquer par une grande intelligence et une grande bravoure.

Ce prince après avoir mis à mort ou en fuite ceux de sa famille qui étaient appelés à partager le pouvoir avec lui, ne craignit pas de résister ouvertement aux légions romaines. Il assiégea et réussit à enlever Cirtha, défen* due par des Européens , et pendant six ou sept ans il put tenir en échec les consuls envoyés de Rome pour le combattre.

Une si longue résistance aurait pu se prolonger encore si Bocchus , roi de Mauritanie, n’avait livré Jugurtha à Marius. Le roi numide mourut à Rome dans un cachot.

Cette guerre de Jugurtha montra aux Romains qu’ils ne devaient avoir que peu de confiance dans l’alliance des chefs indigènes et qu’il était utile de diminuer leur autorité sur les populations. A cette époque, une émigration latine et grecque considérable fut appelée en Afrique où on lui donna les terres les plus fertiles à cultiver. Des villes, des villages et des fermes s’élevèrent de tous côtés, et à l’exemple des colons, un grand nombre d’indigènes se firent agriculteurs. Cette époque de la domination romaine est remarquable en ce que, pendant deux cents ans, quelques milliers do soldats ont suffi pour assurer un état de paix générale depuis les frontières actueUes de Tunis jusqu au Maroc. On ne peut

attribuer ce changement qu’à l’accroissement considérable d’une population latine établie dans l’intérieur et absorbant l’élément africain; à une administration sage et éclairée vis-à-vis de ces peuples ; et, comme nous l’indiquent les ruines des point occupés alors, à de bonnes positions stratégiques pour les troupes romaines fixées dans le pays.

Malheureusement, César et Pompée, Marius et Sylla furent les instigateurs de guerres civiles qui vinrent ébranler cet état de paix. Chacun d’eux ayant des partisans sur la terre d’Afrique, ce fut là que cette longue lutte vint se dérouler.

Plus tard, Métellus, Scipion et Caton d’Utique se liguent contre César; et Juba, roi de Numidie, prend parti pour eux. Ils sont défaits près d’Utique et se dérobent à la honte en se suicidant.

César profita de cette victoire pour enlever la Numidie aux chefs indigènes en la réunissant aux États romains. Le commandement de cette province fut confié à Salluste. Ce que César avait fait fut défait par son successeur Auguste. Cet empereur, ayant fait élever sous ses yeux le fils de Juba, et voyant en lui des qualités administratives qui permettaient de lui confier un commandement important, rétablit le royaume de Numidie et le lui donna.

Le règne de Juba II fut heureux pour les peuples

confiés à ce prince et pour les intérêts des Romains.

Pendant les quarante années de ce règne, non-seulement Juba II fut un allié sûr et fidèle, mais encore il fit faire un grand pas aux indigènes dans la voie de la civilisation. Voilà un second exemple de la facilité d' assimilation qu’on refuse de nos jours aux habitants de l'Afrique et aussi de l’influence personnelle qu’on peut exercer sur eux dans ce sens. C’est à l’empereur Auguste qu'on attribue l’honneur d’avoir reconstruit Carthage vers l’an 20 avant J. -C.

La mort d’Auguste et de Juba fut un grand malheur pour l’Afrique. Ptolomée, fils et successeur du roi numide, s’attira la haine de ses peuples qui ne tardèrent pas à s’insurger contre lui.

Un transfuge de l’armée romaine, du nom de Tacfarinas, exploita si bien le mécontentement des populations que bientôt il put disposer de forces assez considérables pour menacer les colonies de l’intérieur et même les places fortes. Ce chef de partisans tint la campagne pendant plusieurs années malgré les troupes régulières qui lui étaient opposées. Il ne fallut rien moins qu’une surprise pour en venir à bout.

Après la mort de cet aventurier, les colons et les tribus d’Afrique jouirent d’une paix satisfaisante jusqu’à l’avènement de Caligula. Cet empereur ayant fait mourir Ptolomée sans motif, les tribus numides témoigné-

rent des craintes, et il se trouva un nouveau chef pour exploiter la situation.

Mais ces désordres furent de courte durée, et l’empereur Claude ayant fondé de nouvelles colonies dans l’intérieur des terres, le pays jouit longtemps d'une grande tranquillité.

Ce fut Néron qui, par des charges excessives imposées aux populations , fut cause de nouvelles insurrections réprimées sans peine. De l’an 60 à l’an 117 de J.-C., la population latine, gauloise et espagnole augmente considérablement en Afrique, et c’est durant cette période qu’a lieu une émigration juive importante venue de la Judée. Sous le règne de Vespasien , toutes les possessions romaines jouirent d’un état de paix que rien ne vint troubler. Il en fut de même sous Adrien , Marc- Aurèle, Commode, Pertinax, Septime-Sévère,Caracalla, Héliogabale et Alexandro-Sévère, c’est-à-dire de l’an 18 à l’an 235 de J.-C. Sous le règne de l’empereur Maximin, la tranquillité fut de nouveau troublée par la faute des gouvernants.

De l’an 240 à l’an 280 de J.-C., l’Afrique est pillée par les intendants et troublée par la guerre civile. C’est à cette époque que les Francs, après avoir ravagé une partie des Gaules et de l’Espagne, viennent en Mauritanie dont ils insu'rgent les habitants. Ce fut alors que la religion du Christ commença à se répandre dans la

partie orientale de l’Afrique. Tertnllien fut le premier qui osa la prêcher au milieu des idolâtres et malgré les persécutions. Ce fut aussi alors que les indigènes, profitant des divisions qui agitaient les conquérants, levèrent ouvertement l’étendard de la révolte dans toute l’étendue des deux Mauritanies, et qu’ils résolurent de s’affranchir d’un joug devenu insupportable par les injustices et les exactions des gouverneurs.

Puis vint la division de l’empire qui ne fit qu’accélérer la fin de cette grande puissance déjà trop divisée.

De l’an 1 1 1 de J.-C. à l’an 360, la plus grande anarchie règne en Afrique, où les peuples insurgés ravagent les colonies pendant que les gouverneurs poursuivent et martyrisent les nouveaux chrétiens. Un prince du nom de Firmus réunit autour de lui tous les mécontents et fit courir de graves dangers aux possessions romaines d’Afrique. L’empereur Valentinien lui opposa Théodose qui, après plusieurs années de luttes, réussit à défaire toutes les forces ennemies et à tuer leur chef.

Ici nous remarquons encore une fois combien il est dangereux de confier un grand commandement à un chef indigène.

A peine délivré de ce Firmus, l’empereur Théodose ne craint pas de donner le commandement de l’Afrique à son frère Gildon. Ce nouveau tyran exploita les provinces comme des fermes pendant plusieurs années et

jusqu'au moment où il fut obligé de prendre la fuite après s’être vu abandonné par ses soldats. Nous touchons à une époque doublement célèbre par la prise de Home par Alaric, l’invasion des Goths en Italie, celle des Vandales en Espagne, des Saxons en Angleterre et par la naissance de saint Augustin.

Augustin naquit à Tagaste, ville romaine située sur la frontière actuelle de Tunis et distante d’environ trente lieues de Bône. Après avoir habité successivement Madaure ( Mdaourouch des Arabes), située à une journée de marche au Sud de Guehna et Carthage, il fit un voyage en Italie; ayant entendu saint Ambroise, il se convertit au christianisme et vint se fixer à Ilîppone (dont on voit les ruines près de Bûne) où il succéda à l’évêque Valère qui l’avait accueilli auprès de lui.

C’est alors que le comte Boniface, gouverneur de l’Afrique pour l’impératrice Placidie, appelle les Vandales dans ce pays, l’an 429 de J.-C.

Ce fut à Gibraltar que s’effectua le passage de ces hordes sauvages dont le nombre, suivant les historiens du temps, dépassait cent mille hommes capables de combattre.

Le comte Boniface avait appelé Genséric comme allié ; mais à peine fut-il débarqué sur le territoire africain qu’il se comporta en ennemi.

En vain le général romain voulut arrêter sa marche;

il fut obligé de fuir devant lui et de s’enfermer dans Hippone que les Vandales vinrent assiéger.

Pendant plusieurs mois saint Augustin put soutenir le courage des défenseurs d’Hippone et résister aux attaques de l’ennemi ; mais après sa mort le désespoir s’empara de tous les esprits et Boniface dut évacuer la ville qui fut saccagée et brûlée. Trois ans après, Boniface mourait en Italie et Genséric, arien de religion, commençait à persécuter ceux de la religion chrétienne par tous les moyens. Il répandit une si grande terreur parmi les habitants des villes et des campagnes que les navires ne suffisaient pas pour transporter en Europe les colons qui fuyaient ses persécutions. Les évêques et les prêtres furent partout massacrés et les églises démolies ou livrées aux ariens.

L’an 439 les Vandales s’emparent de Carthage, pillent et chassent les habitants qui ne sont pas tués. Seize ans plus tard, l’an 455 de J.-C., Genséric embarque son armée et marche sur Rome qu’il met à feu et à sang ; puis il revient en Afrique où il s’occupe de soumettre les populations de l’intérieur. Cependant trois tentatives sont faites par Majorien, Léon et Héraclius dans le but de chasser les Vandales de l’Afrique; mais Genséric les repousse avec le même bonheur et il est reconnu maître de l’Afrique et de la Sicile parOdoacre, roi d’Italie, et par Zénon, empereur d’Orient. Genséric mourut à Car-

Page 1