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ENTRE LES CHAÎNES: PLACE RÉSERVÉE A LA UOL'RSE DE LA RLE JOHANNESBURG

Jameson, de récente mémoire, cette agression longuement préméditée et organisée attira au Transvaal les sympathies de toute l’Europe, hormis naturellement celle de l’Angleterre. La situation resta, après l’échec de Jameson, singulièrement tendue entre les Boers et les Anglais; sous des dehors corrects, les Anglais du Rand continuèrent à haïr le gouvernement, à lui chercher querelle à toute occasion et pour les plus petites choses, faisant presque regretter au président Krüger la magnanimité dont il a fait preuve en pardonnant de si bonne grâce à tous les agitateurs du Reform Committee. Ces derniers temps, la situation s’est tendue encore davantage, les Anglais accumulèrent des charges plus ou moins fantaisistes contre le gouvernement boer, ils inventèrent les réformes soidisant indispensables à l’industrie minière, mais qui n’avaient d’autre but que de donner prétexte à une guerre de l’Angleterre au Transvaal et également de masquer les dilapidations et les excès des administrateurs ou des directeurs de toutes les mines. Heureusement, le sentiment de réprobation fut si grand en Allemagne et en France contre ces intrigues, que le cabinet de Saint-James mit dans ses relations avec le président Krüger un peu plus d’aménité. l)e son côté, le président Krüger réunit une commission chargée d’étudier les réformes demandées par les uitlanders pour leur donner satisfaction dans la mesure du possible. Il est donc probable que quelques dégrèvements seront apportés à l'industrie minière et enlèveront ainsi aux Anglais tous les prétextes qu’ils avançaient pour combattre le gouvernement du pays, qui leur a toujours donné une si

large et si franche hospitalité. Toute cette période de troubles depuis janvier 1896 affecta singulièrement les affaires; seules, les mines sérieuses ont continué, en dehors de l’agilation financière, à travailler utilement le minerai, et les crushings de chaque mois sont là pour indiquer la marche ascensionnelle et considérable de la production de l’or au Witwatersrand. Lorsque la spéculation se vit, en 1896, impuissante à remonter les cours des valeurs minières, d’énormes capitaux à Johannesburg se trouvèrent sans emploi; des quantités de gens qui avaient réalisé, dans les périodes de fièvre des deux dernières années, d’énormes fortunes, ne pouvant spéculer malgré tout sur les mines d’or, cherchèrent d’autres moyens de faire fructifier leurs capitaux. C’est alors que la fièvre des terrains s’empara de tout Johannesburg. Tous les terrains à bâtir de la Aille virent leurs prix doubler, tripler ou quadrupler de valeur, et en très peu de temps atteignirent des chiffres inconnus à Paris ou à Londres. Maintenant, les prix ont un peu diminué, mais sont cependant à un niveau trop élevé pour qu’une réaction considérable ne soit pas à redouter sur les terrains. A ces maux engendrés par les excès de la spéculation vint s’ajouter encore une terrible maladie qui frappa dans le vif la population boer ; ce fut l’épizootie ou rinderpest qui, ayant pris naissance pendant la guerre du Matabélé Land, se répandit dans toutes les fermes du Transvaal, contaminant et tuant les trois quarts des troupeaux de bœufs, seule richesse des Boers. Toutes ces secousses n’ont cependant pas ébranlé l’importance de la ville, et la population augmente chaque jour; il ne reste plus qu’à désirer

pr.ACE DU MARCHÉ, A JOHANNESBURG

d’une façon définitive le rétablissement des relations cordiales entre les Boers et les Anglais, une stabilité relative des mines d’or, et Johannesburg reprendra sans aucun doute le chemin ascensionnel qu’elle a brillamment commencé. En attendant, la ville a été conçue de manière à permettre un agrandissement indéfini. Les rues sont larges et souvent interminables ; il y a actuellement plus de 80 milles, soit 130 kilomètres de rues; des quartiers nouveaux se sont formés à tous les coins de Johannesburg, on les désigne sous le nom de suburbs ; ainsi Fordsburg et Braamfontein, à l’ouest, habités principalement par les classes pauvres et les commerçants indiens, Jeppe’s-Town, centre des employés de commerce et des ouvriers, et enfin Bertram’s-Town et Doorfontein, où toute la classe aisée a établi sa demeure. Dans ce dernier suburb, se trouve l’hôpital de la ville, construit sur une colline, « Hospital Hill » et entouré d’un assez grand parc, curiosité rare dans le pays.

Les environs de Johannesburg ne sont pas bien brillants. Booyssens, à 4 kilomètres environ, est un village assez pittoresque ; et Aukland Park, à 2 kilomètres, réalise le but des promenades dominicales. On y voit même un petit étang façonné en forme de rivière, sur laquelle on a jeté un pont rustique. C’est, malgré tout, le seul coin frais et ombragé du pays, et on trouve d’autant plus de plaisir à y aller, que le propriétaire de ce Pré Catelan miniature est un Français, établi là depuis longtemps avec toute sa famille.

Johannesburg est une ville essentiellement commerçante; on n’y trouve aucun rentier; chacun est là pour faire son affaire, et vite. Il y a donc peu de recherche

dans les édifices publics, dans les monuments; cependant quelques villas sont fort belles. Le fameux Barnato s’est fait planter un parc, le Barnato’s Park, et fait construire une somptueuse résidence. Les monuments sont rares, l’hôtel du gouvernement ressemble à celui d’une sous-préfecture de quatrième ordre ; l’hôtel des Postes qu’on bâtit ne sera pas non plus bien magnifique. Les Boers tiennent, en effet, à confier leurs travaux à des architectes boers, et ceux-ci n’ont pas, jusqu’à présent, réussi à égaler Mansard ou Garnier. Quelques massives banques anglaises ont été érigées ces dernières années, et montrent de loin par leurs clochers l’emplacement de la Bourse et de la place du Marché, autrefois si pittoresque, avec les innombrables chariots à douze ou seize bœufs ; maintenant ceux-ci n’y viennent plus, depuis que le chemin de fer relie Johannesburg à toutes les directions.

Dans la journée, tout le mouvement se trouve concentré autour de Market square, et between the chains (entre les chaînes) barrant une rue, lieu de rendezvous pour la Bourse. Les autres rues ont un aspect bien tranquille et provincial, et si l’on ne voyait passer à chaque minute un nègre portant quelque paquet, ou un cavalier coiffé du chapeau des cow-boys, on se croirait dans une petite ville anglaise.

A six heures, toutes les affaires sont terminées ; les magasins de détail ferment, et les rues deviennent désertes.

Le soir, les distractions sont relativement nombreuses ; il y a en effet deux théâtres fort bons, dont l’un joue les comédies et l’autre l’opéra pendant la saison, plus deux ou trois cafés-concerts et un cirque.

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Tous ces établissements de plaisirs font en général de très bonnes affaires, et si la baisse des mines n’était venue restreindre les dépenses, les théâtres seraient déjà bien plus nombreux; en 1895, on avait commencé la construction de deux théâtres nouveaux qui ont été laissés inachevés après la panique de J aine son.

La société anglaise reçoit également et donne de fort jolis bals, avec cotillons, bals masqués, etc., etc. Mais il y a naturellement peu de dames à Johannesburg ; les habitants sont, pour la plupart, de jeunes hommes arrivés pour tenter fortune, et n’ayant pas encore pu se marier ou n’en ayant pas eu le loisir. Il y a, par suite de cette pénurie de femmes, fort peu de jeunes lilles à marier, et je crois qu’il y aurait là un débouché appréciable pour de nombreuses mamans qui ne peuvent caser leurs filles à Paris.

Les dames de la société font, comme les dames font partout, beaucoup de visites, de toilettes et de potins, d’autant plus qu’elles se connaissent toutes entre elles. Elles organisent des ventes de charité, des promenades en bicyclette et d’innombrables afternoon-teas.

Les messieurs seuls ont comme distraction le Rand Club parfaitement installé, et surtout beaucoup de dîners, car le luxe de Johannesburg se mesure par le nombre de dîners que l’on donne et que l’on rend. Comme , en général , les messieurs sont mal organisés pour recevoir chez eux, ils reçoivent au cercle ou dans un hôtel et payent des prix tout à fait exorbitants. Un dîner confortable coûte £ 3 par personne, et si l’on veut bien faire les choses, il faut payer 3 guinées 15sb, soit 100 francs; je cite, à titre de

curiosité, le menu d’un dîner offert à Barnato par ses amis, au moment de son départ pour Londres :

Hors d’œuvre variés.

Consommé Sévigné.

Saumon anglais sauce hollandaise.

Filet de bœuf Godard.

Noisette de chevreuil aux marrons.

Asperges beurre fondu.

Epinards au velouté.

Pintade au cresson.

Dinde farcie aux truffes.

Salade de saison.

Charlotte de pommes.

Glace tutti frutti.

Gâteau de Savoie.

Fruits et desserts assortis.

Vins : Sherry, Schloss Johannisberg, Château la Rose, Chambertin,

Mœt et Chandon 1889, Bollinger spécial.

Encore si ces festins étaient aussi exquis que sembleraient l’indiquer les menus! Il y a pénurie non pas de bons chefs, mais de bonnes marchandises. Allez donc faire une glace tutti frutti avec de la crème en conserve et des fruits en boîtes de fer-blanc. Il faut s’armer d’un peu de complaisance, et se figurer être chez Paillard ou chez Cubât.

Les Anglais ne pouvaient manquer d’implanter leurs innombrables sports. On compte de nombreux clubs consacrés au foot bail, au tennis, au golf, au polo et surtout aux courses de chevaux. Un très joli champ de courses a été aménagé à 2 milles de la ville et comprend : tribunes, pesage, paddock, buffet, etc.... On voit couramment des paris de £ 5.000 (125.000 fr.) sur un cheval. Le jeu aux courses a envahi toute la population et de nombreux offices se sont créés à Johannesburg pour exploiter cette passion. En tous cas, les courses donnent l’occasion aux dames de mon-

tuer leurs toilettes, aux gentlemen de sortir leurs attelages et, à ee point de vue, elles sont très utiles au commerce local.

On avait commencé aussi à exhiber des combats de boxe et les champions américains ont fait le chemin à plusieurs reprises pour exercer en Afrique leur délicat exercice. Mais ces amusements ont été prohibés récemment. La dernière importation est la course de lévriers comme on la pratique en Angleterre. Plusieurs lévriers renommés ont été envoyés à Johannesburg cette année.

Hôtels. — Il y a de nombreux hôtels, mais ils sont

presque toujours combles.

Les principaux sont :

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