COUP D’ŒIL SUD LA SITUATION POLITIQUE I)U TRANSVAAL
va al céda sur plusieurs points, nomma une commission pour étudier les doléances, en partie justifiées, de l’industrie. En Angleterre, les fêtes du jubilé occupèrent pendant de longues semaines l’attention publique, et le manque d’éléments excitants permit à la situation de s’améliorer.
Actuellement, au moment où nous écrivons, une autre politique a été préconisée et entreprise par les meneurs tout puissants du marché et des mines. Puisque, ont-ils pensé, ni la question des réformes, ni la baisse, ni la dépression commerciale que nous avons causée, puisque toutes ces manœuvres n’ont pu amener l’Angleterre à déclarer la guerre quand même, à s’emparer du Transvaal, eh bien, faisons la hausse, remettons le marché en belle humeur, et à la faveur du boom que nous allons faire, nous pourrons émettre les 300 millions de francs qui nous sont encore nécessaires; puisque nous ne pouvons maintenant nous emparer du Transvaal, attendons d’autres circonstances, mais continuons à émettre nos actions.
Il ne faut donc pas se dissimuler que l’objectif continu de toute cette haute banque puissante qui dirige les destinées des mines, est toujours la main mise sur le Transvaal. Il faut examiner cette éventualité et se demander, si comme beaucoup de Français le croient, le pays recevrait de ce chef une impulsion nouvelle, et si l’industrie et le commerce français en profiteraient dans une plus grande mesure.
A première vue, la réponse est affirmative, et l’on dit : si les Anglais s’emparaient du Transvaal, les droits de douane seraient réduits, les transports également, il n’y aurait plus de tripotages, de passe-
droits, etc., etc.; mais en réfléchissant, on peut voir de suite que l’occupation anglaise serait la ruine du commerce et de tout ce qui ne dépendrait pas des mines.
Maîtres du pays, ils commenceraient par donner le vote à tous les indigènes; comme ceux-ci sont employés dans les mines, on les forcerait à voter pour les candidats désignés, qui seraient ainsi les domestiques et exécuteraient tous les ordres donnés par les six ou huit chefs de groupes qui sont directeurs et maîtres de toutes les mines du Transvaal.
Alors, on prendrait toutes les mesures destinées à favoriser les mines et les personnes y intéressées. Les mines feraient leurs importations elles-mêmes, comme le fait la De Beers Company, à Kimberley, monopoliseraient tout le commerce pour leur compte, et ruineraient en peu de temps toutes les industries indépendantes.
Le meilleur exemple de la situation future du Transvaal livré aux Anglais, est donné par Kimberley qui, ville riche et prospère, comptant 30.000 habitants à l’époque des exploitations isolées, a vu ses maisons devenir inutiles, sa population tomber à 15.000 âmes, son commerce diminuer de moitié, dès que la De Beers fut fondée, englobant dans un syndicat tout puissant la presque totalité des mines de diamants de la région.
Nous croyons que nos prévisions se réaliseraient entièrement dès les premiers moments, et à part les dommages et les ruines qui seraient causés aux commerçants européens et français établis au Transvaal, il faut considérer la puissance terrible qui serait
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donnée aux quelques personnes maîtresses du pays, puissance formidable dans les mains d’hommes sans scrupules.
Aussi, nous croyons sincèrement qu’il est dans l'intérêt bien compris des Européens de désirer le statu quo , quelqu’imparfait qu’il soit, plutôt que d’attendre, avec envie, la prépondérance anglaise, qui, une fois établie, 11e permettrait plus à personne de faire son chemin et de profiter du champ fertile ouvert à toutes les énergies et à toutes les volontés.
Certes, notre opinion serait différente, si l’Angleterre s’établissait au Transvaal officiellement, si elle y introduisait sans favoritisme la grandeur de ses libres institutions, en donnant à chacun la liberté personnelle et le respect de la liberté d’autrui, si en un mot, le gouvernement anglais n’entrait dans ce pays que pour lui donner une force nouvelle et l’appui moral et effectif de son intelligence colonisatrice et commerciale. Mais, actuellement, le chauvinisme anglais est encore trop ardent, la rancune de l’échec de Jameson trop vivace, le gouvernement trop inféodé aux Cécil Rhodes et consorts, pour que, si la conquête du Transvaal se faisait, il n’y eut à craindre l’accaparement immédiat, sous les yeux du gouvernement anglais, de toutes les forces vives du Transvaal par ce syndicat dont la puissance énorme est à peine soupçonnée en France.