‹ L'Afrique du SudChapitre 148 sur 234 · R II 0 D É S I A · texte numérisé non relu

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gnement considérable de tout centre important, et la difficulté des communications, rendaient difficile l’organisation rapide d’une campagne. Une colonne sous le commandement du colonel Plummer, fut formée au mois d’avril avec une partie de la garnison de Cape- Town et fut envoyée rapidement vers le nord ; cetle colonne se compléta, en route, des soldats des troupes de Jameson, que le gouvernement du Transvaal avait généreusement remis en liberté ; cette colonne arriva le 15 avril à Bulawayo. Peu à peu des renforts importants furent envoyés par les gouvernements de la colonie du Cap et du Natal. On fît partir également des troupes d’Angleterre et le commandement de l’expédition fut donné au général Carrington, qui fut rappelé de Gibraltar; il arriva à Bulawayo le 2 juin. Pendant ce temps la révolte s’étendait dans le pays, de nombreux petits combats étaient livrés chaque jour, des blancs étaient massacrés, des fermes détruites, et la misère continuait à être très grande. Après l’arrivée du général Carrington, les opérations furent entreprises sur une large échelle ; une colonne fut envoyée à l’ouest du côté de la Khami River; une autre colonne, sous le commandement du capitaine Mac Farlane, accompagnée de M. Cécil Rhodes et de M. Colenbrander, se dirigea du côté de Umbuzu; et une troisième colonne, sous le commandement de M. Spreckley, fut envoyée dans la direction de Salisbury. Le but de ces mouvements était de disperser les indigènes des environs de Bulawayo, avant d’attaquer les masses importantes des Matabélés, réfugiés sur les montagnes du Motoppo. De nombreux combats furent encore livrés. Peu à peu les forces des Matabélés diminuèrent; la lassitude et

la disette eurent raison de leur bravoure et de leur énergie. Le commissaire impérial prit des mesures de clémence pour pacifier le pays. MM. Rhodes et Colenbrander s’occupèrent aussi de conclure la paix avec les chefs indigènes et eurent de nombreuses entrevues avec ceux-ci.

Finalement, la révolte des Matabélés s’apaisa et le pays recommença à être tranquille. Mais la répression de cette rébellion avait coûté très cher à la compagnie, car c’est elle qui paya tous les frais encourus par la coopération des troupes anglaises. A l’heure actuelle, la compagnie n’a pas encore publié le chiffre -exact de ces dépenses, mais il doit être très considérable.

Depuis septembre 1896, la tranquillité est revenue et les colons ont recommencé leurs travaux. Un nombre considérable d’immigrants se porte vers le nord, principalement dans les villes de Bulawayo et de Salisbury. Au moment où nous écrivons, le chemin de fer qui devait relier le Cap à Bulawayo vient d’être terminé ; de grandes fêtes ont été données, à cette occasion, et un mouvement considérable va se produire dans cette direction; de nombreux chercheurs d’aventures de la colonie du Cap et du Transvaal vont quitterces derniers pays, où les affaires sont mauvaises actuellement, pour prospecter les territoires de la Chartered et tâcher de découvrir de nouveaux champs d’or.

On prévoit par conséquent un boom considérable, non seulement des actions de la compagnie, mais encore de toutes les compagnies subsidiaires du pays. Nous croyons que ce boom sera de peu de durée et

ï R U l PE DE MATÉBÉLÈS PRÊTE A PARTIR POUR LA GUERRE

que, d’ici quelques mois, les explorateurs reviendront aussi rapidement qu’ils seront partis.

En effet, le territoire de la Ghartered, quelque immense soit-il, ne peut, dans l’état actuel, être exploité avec un profit immédiat. Il faut d’abord que les chemins de fer soient terminés, que Salisbury et Bulawayo soient reliés aux autres centres de l’Afrique du Sud, que la population européenne s’augmente, et alors on pourra donner une suite favorable aux diverses entreprises minières et agricoles. Pour le moment, les frais de transport et de main-d’œuvre sont trop élevés pour permettre l’exploitation des mines d’or, dont le minerai est à basse teneur.

Mais on ne peut préjuger de l’importance qu’acquerra, avec le temps, cette compagnie. Elle a été jusqu’ici menée d’une façon habile et intelligente ; certes, de grosses fautes ont été commises, de par l’ambition de Cécil Rhodes et de A. Beit, et ces fautes ont causé des dépenses considérables à la compagnie. Mais le moment n’est pas éloigné où les recettes balanceront les dépenses; après, les recettes ne feront qu’augmenter et, si le capital de la compagnie reste stationnaire, il est possible d’envisager le temps où les premiers dividendes seront distribués. Actuellement, après l’échec politique et matériel de l’expédition Jameson, Cécil Rhodes a résolu de consacrer une partie de ses capitaux, son activité et son influence, à mettre en œuvre et à coloniser le pays. Il est reparti dans la Rhodésia où il reste d’une façon presque permanente.

D’accord avec la compagnie dont il ne fait plus partie officiellement, mais qui obéit cependant à son influence, il poursuit deux buts : 1° Relier par chemin de fer

Bulawayo et Salisbury à la côte, et 2° achever la ligne télégraphique transcontinentale, qui doit relier le Gap au Caire. Cette deuxième partie de son œuvre ne tardera pas à être achevée. Le docteur Jameson est parti, au mois d’août 1897, dans le but de continuer la pose des fds télégraphiques et, d’ici deux ans au plus tard, on espère que ce travail gigantesque sera achevé. L’avenir du pays dépend uniquement des communications qui le mettront en contact avec les autres contrées de l’Afrique du Sud, et aussi des résultats que donneront les mines d’or et les entreprises agricoles. Quoi qu’il en soit et qu’il advienne, l’histoire sera forcée de reconnaître l’énergie et le mérite de Cécil Rhodes qui, par sa volonté opiniâtre et son loyalisme, a donné à l’Angleterre un pays plus grand que la moitié de l’Europe.

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