‹ L'Afrique équatoriale françaiseChapitre 3 sur 14 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

Ici, c'est un objectif tout différent, non moins élevé, non moins patriotique également, que s'est proposé Maurice Rondet-Saint. Il a voulu pénétrer jusqu'au cœur de notre Afrique Equatoriale ; voir, observer, étudier, analyser, et, de ce voyage, rapporter tout ce qui, à un titre quelconque, était à même de faire connaître à ses compatriotes la valeur de notre grande Colonie, son statut actuel, ses éléments d'avenir, et les résultats acquis là-bas à notre pays par une sélection de ses plus vaillants citoyens.

Nul mieux que lui ne pouvait tirer d'une semblable randonnée plus d'éléments précieux par leur précision et leur sincérité. Gomme il le dit si bien lui-même^ « n'étant ni fonctionnaire, lié par de sévères obligations professionnelles, ni militaire, astreint aux limites d'une action spéciale, ni commerçant ou industriel, légitimement soucieux d'intérêts particuliers, libre de son itinéraire, et, par conséquent, à

IV PRÉFACE i

même d'embrasser l'ensemble de notre posses- | sion africaine, il a pu apporter à sa documentation un singulier esprit d'indépendance, sans pour cela négliger un instant le souci de l'exactitude et de l'impartialité les plus absolues.

Et c'est justement cela qui fait l'intérêt puissant de ce livre. Il vient à son heure et tous ceux qui le liront en retireront de précieux enseignements. Nous sommes sûrs de son succès.

Saint-Germain,

Sénateur, Président du groupe colonial du 6énat»

Pour me servir d'une expression très à la mode, le voyage que je viens d'accomplir en Afrique Equatoriale constitue, je crois bien, un « record ». En moins de trois mois, j'ai remonté l'Oubangui jusqu'à Bangui,etla Sanglia jusqu'à Ouesso,d'oii nous avions décidé de gagner, par le Sud-Est, le Cameroun allemand; le projet échoua par l'absence au rendez-vous du vapeur qui devait nous prendre en ce point. J'ai parcouru le massif du Haut-Djoué, et visité le bassin de l'Ogôoné, de Gap-Lopez à N'Djolé et à Sindara, sur le N'Gouni.

Je le dis tout de suite, afin d'aller au devant des traits possibles de certains plaisants : je n'ai la prétention d'avoir rien découvert; pas plus que je ne me targue de revenir, possédant à fond l'intégralité des questions africaines. J'ai effectué ce

voyage en simple touriste, je veux dire par là : en observateur libre de toute attache et de toute opinion imposée. Je m'y suis décidé parce que le fait d'allor ainsi étudier, aussi rapidement que ce soit, les progrès de notre action en Afrique, de tâcher de tirer de ces observations quelque fruit, au point de vue public, m'a paru plus digne de constituer un objectif que telle autre expédition, dénuée d'enseignements, dans cet ordre d'idées.

Et si j'ai demandé une mission, d'ailleurs gratuite, au ministère desColonies, c'est pour justifier la condensation, en un rapport officiel, des opinionset des données rapportées. Non pas que j'aie beaucoup d'illusions sur l'inflaence des rapports, passés, présents et à venir...

Le fait de venir librement au Congo, pour voir et tâcher d'apprendre, simplement, paraissait môme, dois-je ajouter, surprendre la plupart.

Que de fois ce petit dialogue ne s'est-il pas échangé :

— Vous n'êtes ni fonctionnaire, ni militaire . Alors vous venez au Congo pour affaires ? Car , enfin, on ne vient pas ici sans y avoir un intérêt?

— Mais non, répliquais-je. C'est précisément parce que je ne suis ni fonctionnaire, ni militaire, ni intéressé dans aucune affaire au Congo, (|ue j'y viens recueillir, dans un esprit purement général, telles observations que je croirai utiles.

A cette déclaration, je voyais invariablement les yeux de mon interlocuteur s'arrondir en une stupéfaction non dissimulée, où, parfois, per(;ait

un peu de scepticisme. Et je me rappelais l'apostrophe classique, toujours actuelle : « Monsieur est Persan? Gomment peut-on être Persan?... »

Tant est minime le nombre des gens auxquels échappe la conception d'un geste qui ne soit pas guidé par la recherche d'un lucre quelconque.

Un écrivain connu, d'ailleurs fort au courant des choses de l'Alrique française, m'a dit, lui : « Si ce sont des documents nouveaux que vous allez chercher là-bas, j'aime mieux vous le déclarer de suite : tout ce qu'on pouvait narrer et écrire sur le Congo l'a été. Le champ est épuisé... »

Ce en quoi mon aimable contradicteur se trompait, attendu qu'il n'est peut-être plus de pays au monde oi^i rien soit moins connu, depuis les condition de mise en exploitation jusqu'à la démographie elle-même de ces contrées, oii la question du statut indigène est cependant la base essentielle de notre action; je dirai plus : la raison de notre présence en ces pays. Les détenteurs eux-niêmes des intérêts dominants en Afrique Equaloriale française en sont encore, et plus que jamais, actuellement, à la période des recherches d'une doctrine stable et définitive, sous ce rapport.

L'Afrique Equatoriale est un champ immense, presque illimité, à peine enlr'ouvert seulement aux initiatives, aux formules nouvelles, aux activités fécondes, à l'avenir. Or, quelque considérable et profondément réconfortante que soit la constatation du vaste chemin parcouru depuis notre implantation, si récente, en ces régions, tout y

demeure, on peut l'affirmer, à étudier, à y créer dans sa forme définitive.

Par contre, rien ne s'y fera sans une opinion métropolitaine avertie. Et c'est précisément à cette éducation qu'il appartient à chacun d'apporter sa part contributive, aussi modeste soit-elle.

Un mot, pour finir : cette randonnée, relativement courte comme délai, mais considérable par le parcours effectué, s'est accomplie sans un incident, sans un accroc, sans un jour d'indisposition, en dépit des pronostics assez pessimistes qui avaient préludé à notre départ, à ma femme, énergiquement décidée à effectuer ce voyage, et à moi.

Cela nous le devons d'abord, évidemment, à la chance, élément latent sans lequel rien ne vaut. A l'accueil, aussi infiniment bienveillant et sympathique que, partout, nous avons reçu do tous. Puis, davantage encore, à l'égide tutélaire de M. Pondère, cicérone averti, compagnon intrépide et ciiarmant, auquel nous sommes redevables d'avoir pu accomplir ce « raid )i dans des conditions exceptionnellement favorables. Qu'il me permette de lui dédier ce livre.

Alexandre Dumas a dit, jadis : «Le charme du voyage, c'est le retour. » Opinion très paradoxale dans sa nette amertume. Le charme du voyage, ce sont les amitiés dont il provoque l'éclosion.

C'est ce charme-là que nous laissent, avec beaucoup d'autres, ces quelques mois en Afrique Equatoriale.

Que tous ceux auxquels je dois le souvenir des bons moments passés là-bas trouvent ici l'expression de mes très vifs remerciements.

Et si, dans les notes qui suivront, telle opinion est sujette à controverse, s'il se glisse une involontaire erreur, qu'on me soit indulgent, parce que je n'aurai rien écrit qui ne soit dicté par une conviction étroitement alliée au souci du bien général.

LES RELATIONS iMARITLMES

La supériorité dans l'organisalion des relations maritimes entre une métropole et ses colonies constitue l'une des assises essentielles de tout empire colonial. Cette vérité, très simple dans sa forme quoique peu poncive, doit être affirmée, cependant, car, en France, le fait de l'avoir souvent négligée a constitué, en maintes circonstances, un grave obstacle à notre expansion mondiale.

Question généralement complexe, au demeurant, car elle embrasse à la fois la combinaison des tarifs, le choix des ports de départ ou d'escale, la fréquence des services et le matériel lui-même.

Dans le cas qui nous occupe ici, elle se simplifie cepenJant du fait qu'une seule Compagnie française, celle des Chargeurs Réunis, exploite celte ligne ; d'autre part, considération majeure, la concurrence étrangère se trouve réduite là à son minimum.

IWinimum relatif, cependant, il ne faut pas l'oublier, cette concurrence demeurant entière sur les produits mômes, par la quotité des frais dont

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