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Lj; Marquis DE COMPIÈGIVE
OUVHA(iE E.NiilCIlI D'UN'E CARTE Sl'ÉCIAI.Ii ET DE GRAVURES SUR BOIS DESSINÉES PAR L. BRETON
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A Monsieur Henri FÀRÉ
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Ce livre csl dédir
Coitnnf /rmoiffnnfjf de respect , de reconnaissance l'I de (lêrniienirni .
Le voyatjc doiil je vais donnor le récit a duré près de deux ans ( 1 872-1 87i).
Il a été entrepris dans des conditions difficiles, puisqnc nous avons dû, mon compagnon Al. .Marche et moi, nous créer, par un (ra\ail acharné comme naturalistes, les moyens de suhvenir aux dépenses considérables qu'il nécessitait.
11 n'a pas réussi au gré de nos espérances, puisqu au moment où, aj)rés dix-neuf mois de luttes incessantes contre la maladie, la misère et les danjfers de toute sorte, nous nous croyions prés d'arriver au but de nos efforts , au moment où nous touchions presque à des découvertes d'une jpande importance, nous avons été attaqués par les cannibales (|ui nous ont tué une partie de notre escorte et nous ont rejelés bnisqnciiKMil en arrière.
(lepeudaiil il n'a pas laissé de donner des l ésiillat.'» sérieu\ : il sulliia pour s'en cmivaiiu're de jeter un I. 1
coup d'œil sur la carie île l'Afrique équatorialc, publiée par le docteur Pétermail dans ses célèbres Mithr.ilungen; on y verra que noiro itinéraire, reproduit avec une parfaite bonne foi du reste par le géographe allemand , se prolonge dans l'intérieur des terres bien au delà de celui des voyageurs anglais ou allemands ; et, pourtant en même temps que notre modeste entreprise, trois expéditions' avaient été organisées avec des frais énormes, par l'Angleterre et par l'Allemagne : celles de MM. Grandy, Bastian et Gûssfelds , qui , partis presque en même temps que nous, échouèrent complètement pour des causes qu'il serait trop long d'énumérer ici. Au point de vue de l'histoire naturelle, nos travaux n'ont pas été sans importance, puisque nous avons pu expédier à notre correspondant, M. A. llouvier, cent cinquante mammifères, dont cinq grands gorilles, des chimpanzés, koolokamha, etc., et plus de douze cents oiseaux appartenant pouf la plupart à des espèces rares et peu connues.
• I']n Aiiomagiic, la Socii'tc ;i(''o;irii|)lii(]iir pour l'oxploratioii (lo l',\fri(ju(' é(|ual()i'ialo ayaul l'ail appel au pui)lic |)our subvenir aux frais (te l'expédition de MM. Itasliau et (îi'issfelds , les six premières listes de souscription i)ro(luisireiit |)lus de trois cent nrillc francs.
Le livre que j'offre au public est en quelque sorte la transcriptian littérale des notes que j'ai écrites jour par jour sur mon calepin de voyage ; le style s'en ressentira parfois, mais je compte sur toute l'indulgence du lecteur en raison de l'extrême sincérité du récit; ce récit va du reste être contrôlé par l'expédition française qui reprend très-prochainement l'œuvre commencée par nous dans l'Afrique équatoriale.
Dans la première partie de ce voyage , n'ayant fait sur la côte que des escales rapides et obligés cependant de parler des divers points visités par nous, comme introduction à l'étude des pays qui seront l'objet principal de ce livre , j'ai largement puisé dans les écrits de l'homme qui connaît le mieux l'Afrique occidentale et qui sait le mieux la dépeindre, je veux parler de M. l'amiral de Langle
Pour le Gabon proprement dit, j'ai trouvé des renseignements très-intéressants dans une reniar(|ual)le étude de M. (îrillbn du Bellay, publiée dans le Tour du monde , et dans les voyiiges de \\. Duchaillu , dont j'aurai souvent à reparler. A
' Voir dans le Tour fin Moud/: ors croisiiTPR h la cc\lc occidentale d'Alriqur.
partir de la résidence du roi Soleil , nie trouvant en pays absolument nouveau, je n'ai naturellement rien emprunté à personne.
Je me suis formellement interdit toute gravure fantaisiste telle qu'on en trouve trop souvent dans les livres de beaucoup de voyageurs. Toutes celles que j'ai données ici sont faites soit sur des pliotographics, soit sur des croquis d'après nature.
Le lecteur aura une idée des pri\ations et des souffrances endurées par nous dans cette expédition lorsqu'il saura que pendant plus de di.x-liuil mois, sous un des plus mauvais climats du monde, nous sommes restés sans boire autre chose que de l'eau, sans manger de pain , de légumes, ou de viande autre que celle du gihiei' tué pai' nous, de quelques poules, et de quelques boîtes de conserves; que (Uirant ce temps nous avons eu en moyenne trois jours par semaine la fièvre du pays, qui est précédée par des vomissements violents, et ai)s<)rbc 750 grammes de quinine; que pendant les six derniers mois nous avons dû marcher nu-pieds, cl (|ue dans les semaines qui ont suivi notre défaite par les cannibales, nous n'a\ons jamais pu, mon compagnon et moi, l'ermer l'u'il ensemble, l'insubordinalion de nos
hommes nécessitant une surveillance constante ; que jamais nous ne sommes tenus à la cùte sans que le docteur nous ait d'urgence envoyés à l'hôpital, que lors (ie notre retour final j'avais les jambes percées d'une quantité de trous dans chacun desquels on eût pu mettre le doigt, et j'étais dans un état tel qu'il me fallut , malgré mon désir ardent de regagner la France, rester six semaines à l'hôpital a\ant de reprendre la mer.
Pour terminer cette courte préface, je crois hien faire en mettant sous les yeux du lecteur quelques lignes du rapport de l'illustre géograplie M. Malte- Brun, sur les prix décerné* par la Société de géographie, qui a bien voulu accorder à mon compagnon et excellent ami Al. .Marche et à moi une médaille d'argent : « ... \ous leur savons gré d'être, fatigués " et presque toujours malades, restés deux ans sans n aucun but d'intérêt commercial, dans un pays tel » que r.Afrique équatoriale, étudiant toutes les tribus " qui habitent le (îabon ou les i)ords de l'Ogooué, n d'avoir exploré à fond le \'(îounié, les lacs Z'Onan- " gué, Azingo, si mal connus jus(|iri( i, les ri\ières 51 .Akalois, .Akoio, les lacs Oguéniouen et Ohanga tout •1 il fait ignorés, d'avoir planté U\ paxillon français n au delii des chutes du Samba, dans le pays des
j) Ivéia, où jamais blanc n'avait mis les pieds ; enfin )) et surtout de toujours s'être conduits dans ces » tribus sauvages de manière à laisser des souvenirs 51 d'bumanité, de dignité et de bonne foi qui contri- 5) bueront sans doute à bien faire recevoir le voya- » geur, et surtout le voyageur français, qui viendra 5) derrière eux. »