‹ L'Afrique equatorialeChapitre 40 sur 42 · t0 LAFUIQUE K QU AT 0 R I A I. E · texte numérisé non relu

t0 LAFUIQUE K QU AT 0 R I A I. E

fruits les plus rares, dominant la nier d'une part et des forêts gigantesques de l'autre, arrosé par une foule de ruisseaux limpides, l'établissement des missionnaires forme une ravissante oasis au milieu des broussailles incultes de la végétation touffue et impénétrable qui l'entourent de tous c(')tés. L'image de la Vierge immaculée surmonte une fort belle église ornée avec goût , et dans laquelle rien ne manque pour célébrer dignement même les cérémonies les plus solennelles du culte. Lu vaste bâtiment, solidement construit, est destiné aux Pères, qui y ont leurs cellules , leur bibliothèque, leur salle d'étude, leur réfectoire, etc., tandis que de nombreuses constructions abritent cent vingt élèves internes de six à quinze ans, les apprentis adultes qui travaillent à la mission , enfin les catéchistes de tout âge et de tout sexe, l ne fontaine couverte a été construite au-dessus d'une eau jaillissante, admirable de pureté, et les allées qui mènent aux jardins ou aux plantations sont entretenues avec un soin et une propreté extraordinaires. Qui donc a été chercher ce coin de terre inculte et sauvage, repaire favori de la panthère' et de l'antilope, |)ouren faire un des foyers de la civilisation chrétienne ? qui donc a dirigé cette œuvre? qui a réussi à obtenir de l'une

' Dans CCS deux dcriiièros aniiccs , les Pères ont encore pris (li'iix tijjres dans une {[raiidc Irappe de letir jardin, et je vais souveiil, dans le môme endroit, à l'alïùl de l'antilope.

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(les races les plus paresseuses et les plus incapables du monde, le rude labeur nécessaire pour la mener à bonne fin ? (Ici lionncur revient tout entier à Mgr Bessieux , évèque du (labon. L'bistoire de ce vénérable prélat est, à mon avis, l'une des plus touchantes, des plus vraiment apostoliques des annales de nos missions. Entré fort jeune dans les ordres, nommé professeur de pliilosopliie an séminaire, puis appelé bientôt à une cure importante dans une paroisse du .Midi , il quitta tout pour aller porter la parole de Dieu dans des contrées lointaines. Dès son entrée au séminaire du Saint-Es|)rit , son zèle ardent le désigna pour un des |)Ostos les plus périlleux. Il partit, avec quelques compagnons, pour la C(Me occidentale d'Afrique, alors plus dangereuse encore qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ils errèrent de pays en pays, partout persécutés , souffrants, et dans l'impossibilité de prêcher avec fruit la parole évangélique. Cape-Coas! , le cap des l'aimes, Liberia, les virent .successivement à r<i'uvre. Enfin, ils arrivèrent an Grand-Hassani : là |)érirent six des sept missionnaires. Pendant deux ans, on fut sans nouvelles de Mgr Hessieux ; le bruit de sa mort se répiiiidil et pi il une telle consistance, qu'à la maison mère on chanta, |)0iir le repos de son àme, une messe des morts. I n jour, cependant, le missionnaire revint en France, sa soulaiie on l()(|ues, hoiriblcmrnt pale cl amaigi i ; il avait, après mille périls, réussi à gagner nu brick

anglais à destination du Gabon; et, de là, un hâtiuient français l'avait ramené. De retour à Paris, il ne parla ni des souffrances indicibles qu'il avait endurées, ni des périls auxquels il avait échappé. De ces quatre ans d'absence il n'avait retenu qu'une cliose, c'est (|u'il y avait au Gabon un point où pouvait s'établir avec fruit une mission catholique. 11 n'eut pas de peine à faire partager son zèle à six de ses collègues, et, trè.s-jieu de mois après, il repartait, accompagné de six ou sept missionnaires et d'autant de frères lais.' C'était en 1844 : la France avait déjà posé les jalons de son établissement au Gabon, et les missionnaires reçurent des autorités le meilleur accueil et tous les encouragements qu'on pût leur donner. En 184G, MgrBessicux étaitnommé évèque du Gabon , et cette dignité augmentait encore son prestige vis-à-vis des noirs. Mais la lâche était rude, pour ainsi dire surhumaine. Parmi les obstacles les plus sérieux que rencontrait le nouvel établissement, se trouvaille préjugé, profondément enraciné chez les (iabonais, que c'est une honte pour l'homme libre de travailler. Les quelques parents que l'on avait à grand'pcine décidés à confier leurs enfants aux missionnaires étaient en proie à la plus vive indignation lorsque, passant devant la mission , ils voyaient ces entants occupés à un travail manuel. « Quoi ! disaient-ils tous à Mgr Hessieu.x, prends-tu nos enfants pour des esclaves, que tu les

fais travailler ainsi ? 1) Vainement, le pauvre prélat s'eirorçait-il de leur expliquer que le travail honore même l'iiomnie libre: « Alors, lui répondait-on, pourquoi ne travailles-tu pas toi-niènie? l u jour, ces rlanieurs devinrent plus vives; Mgr Bessieux fut même grossièrement injurié. L'évèque no répondit pas, mais le lendemain, on le vit partir, au \o\cv du jour, une pioche sur le dos; il arcrorhn sa soutane aux broussailles, il entonna le Gloria Patri et se mit à l'œuvre : cela dura pendant trois ans, jusqu'à ce que les plantations fussent terminées. Depuis l'aurore jusqu'à la nuit, il travaillait comme un nègre... ne travaille pas. Quand l'amiral ou le commandant venaient demander l'évèque, les frères couraient dans la broussaille et se dirigeaient vers l'endroit d'où partait une voix forte chantant des hymnes, et venaient prévenir l'évèque. Il arrivait alors, tout couvert de sueur et de poussière, mais avec une distinction suprême, recevoir ses visiteurs : car c'était et c'est encore aujourd'hui, même au physique, un des plus beaux types de missionnaire qu'on puisse voir. Sa démarche et jusqu'au moindre de ses gestes «ont empreints d'une dignilè inexprimable. \ l'heure qu'il est, \\\\r Messiciix a soixantedix ans; il est ( fait sans exemple pour un blanc) depuis trente ans au (îabon. Aussi , épuisé par l'Age et la fatigue d'un semblable aposlolal , n'est-il plus (|ue l'ombre de liii-inènie; mais (|uand on lui parle

de ses fleurs, de ses fruits, des arbres qu'il a plantés, il se ranime et semble revivre dans le passé. Souvent, quand j'évoquais ces souvenirs, je l'ai vu me prendre sous le bras et m'entraîner avec une vivacité toute juvénile sous ses arbres favoris, m'expliquant la légende de chacun d'eux et ce qu'ils lui avaient coûté de peines et de sueurs.

ti Je crois qu'il sera intéressant de donner un aperçu des travaux qu'ont faits les missionnaires sous un pareil chef. Mgr Bessieux et les siens n'avaient pas , bien entendu , l'intention de borner leurs travaux à l'établissement qu'ils ont créé sur la côte. Ils ont cherché à porter l'Evangile sur une foule de points de l'intérieur ; ils avaient formé des établissements dans la rivière Como , chez les Pahouins el à Denis. Les maladies et les persécutions les ont chassés de partout. Et comment jiourrait-il en (Mre autrement? Le fait suivant, qui s'est produit en 1807, non pas chez les Pahouins cannibales, mais à Denis, à deux heures, en bateau, de l'établissement français, dans l'endroit (|ui passe, après le j)lateau où sont les Européens, pour le plus civilisé du Gabon, donnera une idée de ce qu'on peut attendre de ces gens-là. l'n des parents du roi de Denis, chevalier de la Légion d'honneur, étant venu à mourir, la famille, au su du vieux roi , prit un des esclaves du défunt, nommé Olymbo, enfant de quinze ans élevé à la mission, lui coupa la lang\ie et l'enlerra vif sous

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le cercueil. Et cela sans que nous pussions châtier ces barbares! On a assez à faire de sauvegarder les intérêts des blancs, sans intervenir dans les affaires entre noirs. En résumé, les Pérès durent revenir, jusqu'à nouvel ordre du moins, à leur premier établissement construit sur le plateau à Libreville. Là, surtout au point de vue matériel, leur labeur n'a pas été infructueux. Et d'abord, comme je l'ai déjà dit, d'une terre inculte et sauvage ils ont fait un vaste jardin. Alors que personne n'a su jusqu'ici rien tirer du sol du Gabon, si riche cependant, les Pères comptent | ar centaines, dans leurs plantations, des arbres fruitiers en plein rapport : avocatiers, arbres à pain, goyaviers, orangers, mandariniers, citronniers et bananiers; ils ont 1,483 cocotiers, 830 pieds de caféiers, des ananas en quantité innombrable; ils ensemencent, chaque année, cinq ou six hectares en manioc, autant en riz, quatre en canne à sucre ; ils ont commencé la culture du cacao dans deux grandes plantations, celle du coton et môme celle de la ligne. Enfin, dans le potager, ils cultivent avec succès , durant la saison sèche, choux, aubergines , carottes , navets, salade, persil, céleri, tomates, haricots verts et oignons : produits vulgaires, dont le nom ne fixe sans doute guère votre attention. Des choux, des carottes, des oignons, il n'y a pauvre hère en France qui ne puisse s'en régaler à discrétion; mais dans ces pays où l'on attend

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avec impatience l'arrivée du paqueliot pour manger quelques pommes de terre , où, les neuf dixièmes (le l'année, il est impossible, pour or ou pour argent, d'avoir d'autres légumes que du manioc ou des clioux-palniistes , on ne saurait croire quelle valeur acquiert un plal des plus vulgaires légumes de France. Si les Pères voulaient en faire le commerce, ils les vendraient à n'importe quel prix : et cependant il ne tiendrait qu'aux noirs, s'ils le voulaient aussi , de faire cette culture et d'en tirer un excellent revenu, car ils peuvent toujours avoir gratuitement à la mission les graines et les jeunes plants, avec toutes les instructions nécessaires pour les faire fructilier; mais les Gabonais, d'une paresse ignoble que rien ne saurait vaincre, sont absolument incapables du plus petit effort. Toutefois, pour les fruil.s qui ne demandent aucune culture, tels que les cocotiers, l'arbre à mangos , l'avocatier, l'arbre à pain, etc., beaucoup d'entre eux se sont adressés à la mission , et , peu à peu , les arbres sortis de celte pépinière croîtront en grand nombre dans tout le Gabon. C'est aussi à la mission et, à une exception près, à la mission seulement qu'on élève avec succès les bœufs, porcs, lapins, canards, pigconç, etc., qui font absolument défaut dans celte colonie, oii, en debors des agents du gouvernement reçoivent des rations, les blancs ne vivent que de poules, de chèvres et de conserves. Ce n'est pas tout : grâce au

concours dévoué des frères, on a pu établir des ateliers de cordonnerie , d'habillement, d'ébénisterie , de menuiserie, etc., où Ton forme des ouvriers qui se répandent ensuite dans leurs villages.

« En apprenant aux enfants et aux jeunes gens tous ces travaux manuels, si utiles pour eux et pour toute la colonie, on ne néglige pas non plus leur insiruction. Dés leur arrivée au Gabon , les Pères se sont mis avec ardeur à l'étude de la langue mpongué, langue régulière, relativement facile, et qu'ils apprirent rapidement. Bientôt le R. P. Lcberre, supérieur de la mission, qui compte maintenant vingt ans de séjour au Gabon , put composer et publier un catéchisme mpongwé, puis un essai de îjrammaire , suivi d'un petit diclionnaire prafi(|ii(' (le la même langue. Knfin, après un long et pénible travail, le même missionnaire vient de |)ublicr une excellente grammaire très-complète, très-claire, (jui est réellement précieuse pour les négociants ou les voyageurs (|ui, comme moi, ont besoin d'appronilie la langue de ce |)ays. Aujourd'hui, tous les Pères de la mission parlent couramment le m|)ongué, et tous les quinze jours , l'un d'eux ])n"'( he en celte langue. Aussi leur a-t-il été facile d'apprendre le français ii tous leurs élèves, dont h; nombre va toujours croissant. Aujourd'hui, avec les externes, ils en comptent plus de deux cents, Gabonais, IJoiilous, Hakalais ou Pahouins. Ces derniers ne sont pas les moins iulel-

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ligents. L'immense majorité de ces élèves quitte la mission, non-seulement sachant parler français, mais encore sachant lire et écrire. Il n'est pas jusqu'à la ii.usique qu'on ne leur enseigne avec succès. Les Pères ont des organistes et des choristes au grand complet, et, de pins, un orchestre d'environ vingt-cinq musiciens munis de tous les instruments de cuivre possibles, qui ferait certainement une concurrence sérieuse à beaucoup de nos orphéons de campagne.

" Tels sont les principaux résultais que donne la mission au point de vue matériel. Il serait à désirer qu'ils fussent aussi complets au point de vue spirituel. Malheureusement , le peuple gabonais a tous les vices, qu'il ne rachète par aucune qualité. Alicux vaut cent fois, pour les missionnaires, avoir affaire aux Indiens sanguinaires du Far-West, aux cruels habitants du Dahomey, ou même ici aux Pahouins cannibales. Là, du moins, ces sauvages, une fois convertis, emploient au bien une partie de leur énergie indomptable; ici, on a affaire à une nation pourrie, sur laquelle aucun sentiment n'a plus de prise. Rien — on ne saurait trop le répéter — ne peut les faire sortir de leur paresse. Les hommes sont lâches, d'un orgueil insupportable, et adonnés entièrement à la débauche; enfin l'eau-de-vie, ou plutôt l'alcool, que les blancs leur vendent en quantités énormes, achève de les abrutir. Les femmes

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valent certainement encore moins que les hommes : ici , la femme est une marchandise qui s'achète ou qui se loue à \oIonté. Elles boivent autant et plus que les hommes, et sont la ruine du petit nombre de ceux qui ont quelques velléités de travail. Aussi la richesse des hommes se mesure-t-elle par le nombre de leurs femmes, sur lesquelles la plupart l'ont un trafic honteux. Celui qui n'a qu'une femme est regardé comme un pauvre : or, passer pour riche est la suprême ambition de ces gens, qui achètent constamment des coffres dans lesquels ils n'ont rien à mettre , afin de circuler avec beaucoup de bagages. Quand ils ne peuvent acheter le coffre, ils achètent un gros trousseau de clefs, pour faire croire qu'ils ont nombre de coffres chez eux. Les pères prennent un enfant à l'âge de six ans, l'clèvent sous leurs yeux pendant huit ou neuf ans. Aussitôt qu'il peut gagner sa vie, il retourne dans sa famille, et bientôt, dans ce milieu dissolvant, entraîné par l'exemple général, par les railleries de ses camarades,, par les penchants d'un caractère essentiellement vicieux, il |)er(l en (|Mrlquos n)ois tout le fruit de son éducation , cl souvent devient plus mauvais même que les païens. Ce n'est pas à dire cependant que les efforts des missionnaires soient absolument perdus. Déjà autour de la mission s'est groupé un petit noyau de chrétiens mariés à dos chrétiennes, qui s'efforcciut de suivrez les leçons qui I. 20

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leur ont été données chez les Pères. Ceux-ci Irouveiil encore de grandes consolations dans la petite colonie de noirs portugais, la plupart esclaves échappés de San Thomé ou de l'île du Prince. Ces pauvres gens sont vraiment de hons chrétiens, profondément dévoués à la religion et aux « Padres » . Il est ;i espérer que ces exemples, restreints encore, serviront aux autres, et que, Dieu aidant, le hien fera des progrès de plus en plus considérahles. Il serait injuste de terminer cette lettre sans rendre hommage au R. P. Helty, directeur de la mission, dont le dévouement, le cœur et l'intelligence sont hautement appréciés par tous ceux qui s'intéressent au succès de la foi catholique au Gahou.

a II me reste à dire quelques mots de l'ctahlissement des Sœurs. Les saintes filles sont ici une vraie providence, et font l'admiration de ceux-là mêmes qui, par hostilité systématique contre la religion, méconnaissent les efforts des missionnaires et s'acharnent à les dénigrer. Elles appartiennent à la congrégatioft de l'Immaculée-Conception, dont le siège est à Castres, et ont été aj)|)elées par Mgr Bessieux, ([ui avait pu déjà apprécier leur courage el leur dévouement. Pour elles, la lulte a été peut-être plus pénihle el certainement plus meurtrière encore que pour les missionnaires. It suffira de citer un trait pour faire apprécier leur héroïsme. .Au mois de janvier 1871 , arrivèrent au Gahon trois Sœurs destinées

à combler les vides faits par la maladie et par la mort. Au mois de février, l'une d'elles succon)bait, et au mois d'avril, les deux antres mouraient à quinze jours de distance l'une de l'autre. La nouvelle de leur mort arriva à la congrégation. Par le courrier suivant, trois autres Sœurs partirent pour les remplacer. Si le cnnir du soldat hat plus fort en montant à l'assaut, quelles durent être les angoisses de ces pauvres filles, brusquement arrachées à leur pays, torturées par le mal de mer, et voguant vers cette terre lointaine, où elles devaient s'attendre à trouver la mort , comme les trois Sœurs qu'elles avaient vues partir pleines de vie (|uel(|ues mois auparavant ! De pareils dévouements doivent produire nn bien immense. Depuis vingt ans, ici comme partout où il y a à faire quel(|ue chose de bon, on trouve les Sœurs à Ttinure. Avant que l'hôpital fût, il cause de l'extrême insalubrité de la côte, transféré en pleine mer, à bord de la frégate stationnaire, elles étaient sans cesse an chevet des malades. Aujourd'hui, elles ont établi chez elles un hôpital où les femmes noires malades, infirmes ou épuisées |)ar la vieillesse, reçoivent des soins dévoués. aussi viennent frapper, a|)rès avoir souvent erré, mourant de faim, à travers les broussailles, de pauvres esclaves qui se sont enfuies, mallrailées et meurtries par leurs inailrcs : elles sont sûres de trouver chez les Sceurs asile et [)rotection. I.esSu'urs

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ont formé une maison d'éducation pour les filles noires, qui y sont élevées depuis leur plus tendre enfance. On en fait non-seulement des chrétiennes, mais encore des ouvrières : elles apprennent tous les travaux d'aiguille, le blanchissage, le repassage, etc. Au milieu de tant de travaux , les bonnes Sœurs prennent encore le temps de cultiver un grand et beau jardin dans lequel on retrouve les roses, les pervenches, les œillets, et tant d'autres fleurs presque inconnues dans ces pays, et aussi les légumes de France, qui sont toujours à la disposition des malades. Quelque colon épuisé a-t-il besoin de bouillon, d'une bonne soupe, d'œufs frais? c'est aux Sœurs qu'il s'adresse. C'est chez elles qu'on blanchit le linge, qu'on raccommode les effets, au besoin, que l'on en confectionne, en un mot, que Ton trouve une foule de petites ressources précieuses dans un pays comme celui-ci. Aussi tant de bonté et d'abnégation ont-elles trouvé grâce aux yeux des plus sceptiques : sur le passage des Sœurs, il n'est pas une tète qui ne se découvre et ne s'incline avec vénération. Les noirs païens ont pour elles un respect superstitieux qui, chose étrange! s'est traduit par une profanation barbare. I,orsque la première Sœur est morle au (îabon, ils l'ont déterrée pendant la nuit, et lui ont coupé la tète pour faire des fétiches de ses dents et de ses cheveux. Inutile de dire que l'autorité a puni sévèrement les coupables et pris

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(les mesures pour que de senililubles faits ne se reproduisissent pas. II est prohaMe que les prières, les vertus, les souffrances de ces bonnes Sœurs attireront les bénédictions de Dieu sur cette pauvre terre du Gabon, qui en a tant besoin !

« Les missions du Gabon sont les dernières que les Pères aient sur la côte occidentale d'Afrique. Jadis ils avaient des établissements sur une terre bien plus saine et en même temps liabilée par un peuple déjà chrétien en partie et tout disposé à écouter avec fruit la parole du Seigneur : je veux parler de Saint-Paul de Loanda et des autres points du Congo. Mais ils avaient dû se retirer devant les tracasseries sans nombre que leur suscitait le gouvernement et surtout le clergé portugais, qui, entre autres choses , exigeaient d'eux un serment qui aurait fait d'eux des prêtres séculiers, tout à fait en dehors des règles de leur congrégation, dépendant cet abandon d'une terre qui promet au missionnaire une si ample moisson n'était que provisoire. Déjà leurs efforts vont être re|)orlés sur tous ces points, et, cet été même, un missionnaire qui a passé sa vie ii Zanzibar, au Gabon et dans le Congo, le R P. du l'arquet, bien connu du monde scientifique par ses travaux sur la botani(|uc, va revenir, suivi de quelques autres l'ères, pour fonder à Laridana une mission qui, de là, s'élendantde lirocbe eu

proche, pourra répandre ses enscigncnicnls dans

toute cette partie de l'Afrique. Puissent ces enseignements, non-seulement instruire les noirs, mais encore toucher le cœur des blancs et adoucir la rigueur avec laquelle ils traitent leurs pauvres esclaves ! "

TABLE DES MATIÈRES

CHAPITUE PKEMIP:R DE BORDEAUX A S lE R R A-LK ON E.

But de notre voyage. — Intérêt (ju'il présente au point de vue de la géographie, de l'ethnographie et de l'histoire naturelle.

— Comment nous troui ons moyen de subvenir aux dépenses qu'il nécessite. — Nous allons au Sénégal pour tuer des merles.

— A bord de la Gironde. — Les émigrauts basques. — Pauvre Théodore ! — Le commandant Philibert Canard et son spahi 15ou-Bou. — .Arrivée à Corée. — Xouvelies désastreuses de (îambie. — Dakar, Ruf(is(jue, nos premières chasses.

— Aperçu historiijne sur le Séni'gal. — Le damel Lal-Dior.

— Coup d'd'il sur nos possessions françaises et leur avenir.

— Départ pour la Mellacorée. — h' Arrliimède. — Le poste de Benty. — Un commandant civil très-militaire. — L'hospitalité à Benty. — Départ pour Sierra-Leone 7

Sierra-Leone. — A la recherche d'un déjeuner. — Nous trouvons le vivre et le couvert. — line ville en décadence. — Comme quoi M. Seignac prit un nègre pour un tigre et faillit être pendu pour cette méprise. — Des nègres trèsimpudents et des prédicateurs très-fanati(]ues. — Quelcpies renseignements sur la mort de Jules (îérard. — .Vous (lisons adieu à Sierra-Leone et prenons passage à bord de \' Africa.

— Rencontre de deux coexplorateiirs, MM. (îr.mdy. — Monrovia, ca|>ilale de l'ivlen des noirs. — Lue méprise ties philanlliro|>es. — Quehpics lignes sur notre établissement de Grand-Bussairi. — Des esclaves dégoûtés de la vie. — Notre ami Péters a mangé un de ses captifs. — Cape-Coast et le pays des Achantis. — Aventures d'ini voyageur français. — Bonny-Djudju ville cl Djdudju bois. — Riches et mourant de faim. — Les vaisseaux-magasins. — V'ieiix-Calabar. — Le dernier des négriers. — Fernando-Po. — Arrivi'e au

TABLE DES MATIÈRES

Gabou. — La Cordelière. — Un climat meurtrier. — A l'hôpital 47

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