‹ L'Afrique equatorialeChapitre 39 sur 42 · f I. AFRIQL'E EQ l' A TO H 1 A LE · texte numérisé non relu

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protestants. Tous les gouverneurs qui se sont succédé à Sierra-Leone, bien que protestants pour la plupart, n'ont jamais manqué d'inscrire leurs noms en tète des souscriptions faites pour la mission, et leur exemple est suivi par les principaux chefs des maisons de commerce anglaises. Le gouverneur actuel de Sierra-Leone est M. Pope Hennessy, homme d'une politesse et d'une bonté exquises, catholique fervent marié à une charmante jeune femme. Ce ménage fait l'édification de la mission, et sa bourse est toujours ouverte lorsqu'il s'agit de lui venir en aide. Citons aussi un négociant français, M. Maurel, auprès de qui beaucoup de voyageurs ont, comme nous, trouvé une excellente hospitalité : homme très-instruit, très-ferré sur ses classiques, l'un des meilleurs amis de nos missionnaires, et aussi l'un de leurs soutiens les plus utiles, matériellement parlant. Malgré l'aide de ces hommes de cœur, on a bien de la peine à suffire aux besoins les plus urgents. Je ne crois pas avoir vu, dans aucune mission importante, d'église aussi petite, aussi chétivc que celle de Sierra-Leone; et cependant, grâce à des soins constants et ingénieux, les S(purs de Saint-Joseph de Cluny, avec ce goût délicat qui est naturel aux femmes, ont réussi à donner à l'inférieur un aspect propret, presque élégant. Au milieu de la petite église, trois tombes attirent l'attention et excitent, à des titres diliérenls, une vive

émotion. Deux d'entre elles sont de simples pierres sans nom, elles recouvrent deux Sœurs de Saint- Joseph, mortes l'an dernier; — deux sur cinq ! La troisième est une plaque en beau marbre noir, toujours couverte de fleurs fraîchement cueillies ; au milieu est gravé ce simple mot : Baby. C'est la tombe d'un enfant de trois ans, fils unique du gouverneur. La mort de ce pauvre petit a été pour ses parents une perte si cruelle, qu'ils sont toujours en deuil et semblent brisés par la douleur.

« Après Sierra-I^eonc, viennent les missions d'une congrégation de Lyon, àLagos, U'hydah et autres points du Dahomey. Elles font, paraît-il, le plus grand bien, en ce moment surtout, où le roi du Dahomey semble s'être pris (à sa manière, il est vrai ) d'une grande affection pour les blancs. Le supérieur général , le R. P. IManquet, avait bien voulu me donner, pour ces pays , de chaleureuses lettres de recommandation; malheureusement, dans les quelques heures que nous avons passées à Whydah et à Lagos , nous n'avons pas eu le temps de voir les missionnaires. Les Annales de la Propagation de la foi rendent, du reste, souvent compte des travaux (lu catholicisme dans ces pays barbares. «

» Fernando-I'o , mars IS7:î.

« Bien des voyageurs ont décrit l'île de Fernando- Po. Sa montagne élevée et admirablement belle,

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dont le pic se péril dans les nuages, les cours d'eau qui la sillonnent en tous sens, sa vcgc'tation et sa fertilité prodigieuse, en font l'un des sites les pins pittoresques du monde. X'éanmoins, les Espagnols et les Anglais qui sont venus s'y établir, attirés par ces dehors brillants, ont éprouvé de cruelles déceptions. L'insalubrité extrême de l'île, où les bêles de somme mêmes ne peuvent vivre, et l'état de sauvagerie des indigènes, qu'il est impossible d'employer à aucun travail , ont profondément dégoûté les colons. Le gouvernement espagnol , après avoir depuis longtemps abandonné Fernando-Po, que les Portugais lui avaient cédé, l'avait réoccupé, avait fait stationner une escadre dans la rade, installé des autorités civiles, un pénitencier, un hôpital dans la montagne, etc., etc. Il a dû , peu à peu , tout abandonner de nouveau. Aujourd'hui , l'escadre est remplacée par une canonnière ; les trois quarts des condamnés du pénitencier, insurgés cubains pour la plupart, sont morts, les autres se sont évadés; les monuments publics et les rues, décorées de noms pompeux, n'offrent plus que des ruines; des plantations immenses de cacao et de café sont en friche , elles indigènes, qu'on appelle Boubies, seront bientôt redevenus à peu près les seuls maîtres de l'île. Ces Boubies, bien qu'ils ne soient pas des nains, comme on les a généralement dépeints, sont des hommes extrêmement laids, vivant presque conslam-

ment au milieu des broussailles, dans un état presque complet de nudité. Aujourd'hui , ils sont en voie de progrès; tout est relatif: ils font des plantations de bananiers et viennent volontiers érliauger les produits de leur chasse contre la poudre et les perles des blancs. Assez inoffensifs au fond , ils avaient inspiré longtemps une grande terreur, et personne n'avait jamais osé entrer en relations avec eux. On les chassait des terrains (|u'on voulait planter; en somme, les blancs les craignaient et ils avaient une peur effroyable des blancs; ils vivaient alors dans la montagne, absolument à l'état de nature, se nourrissant des animaux qu'ils prenaient dans des pièges, et semblables en tout à ces hommes sauvages que Swift décrit si bien dans les Voyages de Gulliver.

«Les Pères jésuites, qui avaient une mission à Fernando-I'o, entreprirent d'apprivoiser ces malheureux parias. Sans cesse dans la montagne, dans les lieux les plus incultes , ils demeuraient des mois entiers au milieu des indigènes, qu'ils traitaient avec une douceur évangèli(|ue ; ils arrivèrent même à comprendre et à jiarler parfaitement leur langue , qui cependant présente, parait-il, des difficultés |)resque insurmontables pour un lùiropéen. Un témoin qui n'est |)as suspect, puis(|u'il est protestant, M. Charles Ijvingstoue , consul de l'"ernando-l'o et des Calabar, frère et premier compagnon de voyage de l'illustre docteur, el dont je m'hotiore d'être

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l'ami, médisait, il y a quelques mois : «Les Jésuites de Fernando-Po étaient des hommes profondément estimables ; ce sont les seuls hommes capables de se faire comprendre des Houbies , dont ils seraient arrivés à faire quelque chose. )> Mais qu'importe? la persécution est venue chercher les Pères jusqu'au milieu des sauvages. En vertu du décret qui chasse les Jésuites des possessions espagnoles, un arrêté du gouverneur les a expulsés de Fernando-Po ; ils sont partis pleins de douleur, après être restés jusqu'au dernier moment, et ne cédant qu'à la force. Pauvres Jésuites espagnols! je les ai vus, en mai 1871, àGrenada, dans le Nicaragua. Chassés comme conspirateurs du Guatemala, où ils avaient, depuis des siècles, des établissements florissants sous tous les rapports, ils s'étaient réfugiés à Santiago de Léon et à Grenada. Le peuple accourait en foule : c'était la première fois qu'il voyait confesser, prêcher, marier ou même baptiser gratis, et cela par des gens qui prêchaient d'exemple et vivaient comme doivent vivre les prêtres catholiques. Le samedi saint, trois cents personnes , dont la plupart vivaient déjà ensemble, mais qui n'avaient pas pu ou voulu faire la dépense d'un mariage à l'église, furent mariées par les Pères. Les premières communions, excepté dans les classes riches, n'avaient pas été faites depuis douze ans ; cela coûtait trop cher. Ces Jésuites firent faire une première communion générale, à

laquelle une quantité incroyable de jeunes gens prirent part. En tout, il en était de même. Aussi, le clergé grenadin et le gouvernement du Nicaragua s'éniurent-ils : deux mois après, les Jésuites étaient chassés du Nicaragua. Un concours immense de peuple les accompagna jusqu'à Rivas, oii ils devaient s'embarquer, et cela avec des démonstrations si .sympathiques, que le commandant des troupes du Nicaragua qui avaient été réunies en grand nombre, ne pouvant disperser la foule , fit tirer sur elle : il y eut un certain nombre de morts et beaucoup de blessés '. Les Pères errèrent ainsi dans toute l'Amérique centrale , de république en ré|)ublique , partout faisant le bien et chassés de partout. 11 est vrai qu'à Bélise (Honduras anglais), les protestants, qui seuls ont de la fortune dans la ville , firent construire, presque entièrement à leurs frais, l'église que le R. P. Dupont leur demandait. Mais revenons à la c(Me d'Afrique.

( Gabon , mai 1873.

« De toutes les missions établies sur la c<Me d'.^frique, la |)Ius florissante au point de vue matériel est, sans contredit, celle du Gabon. Situé sur un plateau transformé en un jardin vaste cl rom|tli des

' Viiir (latis le Diario et la Kslrclla dp Pannnm, journaux itnti('utliuli(|iics , le coiiiple rendu de ecUe siiti;|luiite ulTaire, (|ue CCS jouruuux apprileirl //// maleiitciiilii.

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