‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 2 sur 38 · GENÈVE · texte numérisé non relu

GENÈVE

H. GKOKG, LIBRAIRE-ÉDITEUR

Genève. — Imprimerie Charles Schucbardt.

esclaves femmes libérées. La direction en serait confiée à des dames anglaises, ayant fait leurs preuves dansTœuvre de secours au milieu des pauvres de Londres. Quant aux finances, les frais devant être assez considérables, on s'est adressé à un généreux anglais dont on attend la réponse.

Pendant Tannée dernière, M. Joscf Meng^es a exploré, aux frais de M. C. Hagenbeck de Hambourg, la partie orientale du Soudan én^yptien, entre Kassala et la mer Rouge, en particulier certains districts que n'avait visités jusqu'ici aucun Européen. Il en a rapporté une riche collection de dessins, d'itinéraires et d'observations astronomiques, qui serviront à dresser une carte dont l'exécution est confiée à l'Institut géographique de Gotha. Il est reparti récemment pour faire un nouveau voyage dans l'Afrique orientale. Il tâchera de pénétrer de Berbéra dans l'intérieur; si les Somalis s'opposent à son projet, il retournera à Kassala, pour se diriger de là vers le sud ou le sud-est ; dans ce cas il s'efforcerait de faire le relevé exact de la route de Souakim à Kassala.

Le D' Steckep est revenu à Berlin, chargé de lettres du roi d'Abyssinie pour l'empereur d'Allemagne, la reine d'Angleterre et le président de la République française. Le négous s'y plaint de nouveau que la paix n'ait pu être conclue avec l'Egypte ; il réclame un libre accès sur la mer Rouge, pour pouvoir faire entreries marchandises dans ses États sans droits de douane, et la cession des districts des Bogos, de Menza, de Gallabat, etc. Il a dit au D' Stecker à son départ : Je ferai encore une tentative ; mais si les puissances de l'Europe ne m'écouteut pas cette fois-ci, je commencerai une guerre acharnée et n'épargnerai aucun pays sur la frontière ; je laisserai piller et dévaster tout ce qui sera à la portée de mes troupes. Il se préparait à envahir le Gallabat» dépourvu de troupes par suite de l'expédition duKordofan, et a nommé le cheik Saleh, son ami, ras de Gallabat. U a enfin exprimé son mécontentement, au sujet du refus de Rohlfe de retourner en Abyssinie pour lui aider à conclure la paix avec l'Egypte. D'après une lettre de Rohlfs au secrétaire de l'Antislavery Society, c'estle dernier appel du négous à TEiu-ope. Il semble qu'il ait déjà commencé à mettre ses menaces à exécution, car le général ras Aloula est descendu des montagnes d'Abyssiiiie, et a taillé en pièces desbachi-bozouks dans le voisinage de Massaoua. Peut-être est-ce l'attaque des partisans du mahdi contre Souakim qui a incité le négous à faire cela. Rohlfs ne croit pas que le roi d'Abyssiuie veuille jamais s'allier au mahdi, malgré les propositions de celui-ci, mais il insiste pour que l'Angleterre intervienne, afin d'amener la conclusion de la paix entre l' Abyssinie et l'Egypte.

Bagamoyo et les ont établies, chacune sur un lot de terre, en leur donnant les instruments nécessaires pour l'exploitation. Aux premiers sentiments de méiiance que l'arrivée des blancs avait excités, a succédé une bienveillance de plus en plus marquée de la part des naturels. Mrogoro étant un lieu de passage pour les caravanes de l'Ousagara, de l'Ourougourou, de l'Oukami et de TOukoutou, des transactions importantes s'y opèrent, et la civilisation y pénètre peu à peu ; les sacrifices humains tendent à disparaître et les sorciers perdent de leur crédit. Les indigènes commencent à admettre que la sécheresse, les épidémies, les calamités publiques et les décès pourraient bien n'être pas dus à l'intiueiice maligne de tel ou tel individu, et qu'il n'est ni humain ni raisonnable de brûler à petit feu le malheureux que les sorciers ont désigné comme l'auteur du mal. La reine Simba Mouéni a promis son concours pour faire cesser ces honteuses pratiques et en châtier les auteurs ; elle témoigne une grande bienveillance aux missionnaires.

Le transfert du personnel de la station de Masasi à IVéouala s'est opéré sans difficulté. Le chef Songila, qui avait conduit l'attaque des Magwangwaras contre Masasi est mort, et ses gens ont passé à l'ouest duNyassa, suivant la coutume de quitter une ville à la mort d'un chef. Leur principal chef, Chipeto, a attaqué Meto, roi de Mwalija, secouru par les Mavitis des bords de la Rovouma.

Toutes les personnes qui s'intéressent au développement de la civilisation dans l'Afrique centrale ont été douloureusement émues, à la nouvelle de la mort de M. J. Ste^^apt, un des hommes qui ont le plus contribué à faire connaître la région du lac IVya«i8a. Après avoir construit, en 1878, la route qui longe les cataractes du Chiré, pour faire passer, par sections, Vllala destinée à la navigation du Nyassa, et en avoir relevé dans les années subséquentes les côtes occidentale, septentrionale et orientale, il construisait la route entre les deux lacs Nyassa et Tanganyika, et était occupé d'y faire passer le steamer la Bonne Nouvelhy «nvoyé par la Société des missions de Londres au Tanganyika, lorsque la fièvre l'a emporté le 31 août. Dans ses dernières lettres du 2 juillet et du 1*' août, à M. Stevenson, le promoteur de la route, il lui donnait des détails sur l'exécution des différentes sections de celle-ci, et sur l'aide qu'il trouvait auprès de certains chefs. Il avait visité peu auparavant» à 160 kilom. au S.-O. de Maliouanda, un chef puissant, nommé Mivini Wiwa, belliqueux et adonné à la traite, qui fait souvent des incursions dans la région de la Loangoua, affluent de la rive gauche du Zarabèze* L'explorateur français M. Ri^^aud avait passé par Maliouanda avec

7 — sa caravaae de Zaïmbarites, se rendant aussi chez là, vraisemblablement, au lac Baugouéolo, le but de nier numéro des Proceedhigs de la Société de géo^ qui renferme les lettres de Stewart, est accompa Nyassa, donnant le dernier relevé fait par lui de li peut juger, par les indications qu'ily a inscrites, qii peu peuplée ; à Chitesi, à Losewa et à Makanjira, i nombre de villages, mais ailleurs la rive est ou bc marécageuse. Le port de Bampa est un des meilleur est souvent entrée. L'intérieur, dans le voisinage di éléphants. — Enfin, M. Stewart insistait pour que dei fussent prises pour s'opposer au développement région des lacs, sans quoi les chasseurs d'esclaves, i le sud, pulluleraient bientôt au Nyassa. Nous avo nomination du capitaine Foot comme agent co région, avec mission spéciale d'y surveiUer la traite Africa, M. Foot s'est rendu & son poste avec sa enfants et une domestique anglaise.

La concession accordée à la maison Luderitz de Pequena, s'estbeaucoup étendue depuis notre deri les journaux anglais et allemands que nous recevon actuellement toute la côte, du 26° lat. S. jusqu'à l'e Orange, soit une ligne de côtes de 45 milles géogri sur une profondeur de 20 railles à l'intérieur (32 kiloi des 10 milles carrés qu'elle comportait primitivemei 900 railles carrés. Le missionnaire Bam, de Béthat rapport avec les directeurs de l'entreprise, écrit & sions rhénanes que, jusqu'à présent, l'affaire réuss nuit en aucune manière à l'œuvre missionnaire. Dé, troupeaux de bœufs et de petit bétail des nouveaux et les plus forts du pays, beaucoup de marchands s'étc nie pour y vendre leurs bestiaux, argent comptant, ficient aussi des nombreux travaux à faire pour magasins, le transport des marchandises, etc ; jusi n'a importé ni eau-de-vie ni autres spiritueux quelo Béthanie en. avaient fait une condition indispensah En revanche, le nouvel établisse'ment paraît devoir ment à la prolongation des hostilités entre les Hén qnas. Ces derniers ont continué à enlever des best

saires, et les missionnaires ne doutent pas qu'une partie de ceux qui ont été vendus aux agents de la maison Luderitz ne provienne de ces razzias. Les Namaquas sont heureux d'avoir un marché si rapproché, oti ils peuvent, en échange de leur butin, recevoir des armes et des munitions pour de nouvelles incursions. De leur côté les Héréros, très excités, réclament des Allemands des armes et des munitions, pour être en état de lutter contre les Namaquas et de les attaquer à leur tour.

Dans son exploration de la côte occidentale d'Afrique au point de vue de Texploitatiou minière, le D' Hœpfner a atteint le Damaraland, où il a pu constater les progrès que les indigènes ont faits dans la civilisation, sous rinfluence des missionnaires. Non seulement ils ont appris à se vêtir, mais, à l'élève du bétail ils ont ajouté la culture des champs. A Okozondyé, sur l'Omarourou, il a vu de bons légumes de différentes sortes, des melons d'eau, des figues, des raisins. Dès que la saison des pluies est passée, les Héréros utilisent le lit desséché de la rivière pour y cultiver de l'orge. Le Damaraland a de nombreux lits de cours d'eau, qui se remplissent pendant la saison des pluies ; c'est dans le pays des Namaquas, que la nature prend l'aspect d'un désert, dont la zone s'élargit à mesure que l'on avance vers le sud. Si cette région n'est pas très fertile, en revanche elle est salubre. Les Européens pourraient y créer de vastes jardins, y cultiver la vigne, élever des bestiaux et des autruches dans d'immenses pâturages, avec l'avantage d'être en rapport direct avec la mer pour l'écoulement de leurs produits.

Le P. Dupapquet continue son exploration de l'Ovampo pour y multiplier les stations missionnaires; après en avoir fondé une dans l'Oukouanyama, il songe à en établir une chez les Amboellas, entre le Coubango et le Tchobé. Retenu à Humbé, sur le Cunéné, par les hautes eaux, il a envoyé le P. Hofi^an faire visite au roi de l'Oukouanyama» Nambadi, successeur de Kipandéka décédé. Pour atteindre sa résidence, le P. Hogan a dû traverser le petit Ombandja, dont la population est douce, hospitalière et très laborieuse. A l'arrivée du missionnaire, plus de 300 personnes étaient occupées à creuser des puits de plus de 12" de profondeur; le roi lui-même encourageait leurs travaux par sa présence. Toute la contrée est sillonnée d' « omarambas » qui sortent du Cunéné et se rendent, les uns dans le grand Ombandja, les autres dansl'Oukouambi; un de ces derniers, traversé par l'expédition du P. Hogan, a plus de deux kilomètres de large, et se prolonge jusqu'au lac Etosha. Le premier village de l'Oukouanyama, gouverné parle chef Nankonda, est une colonie récente, composée de jeunes gens qui, lors du passage du mis-

sionnaire, étaient occupés à défricher la forêt pour y créer deE de céréales, tandis que d'immenses troupeaux de bœufe s'abi dans l'omaramba voisin. Ces jeunes gens d'ailleurs avaient I voyagé ; ils avaient vu Oniarourou, oîi le P. Hogan avait été pi ment ; ils le traitèrent comme une ancienne connaissance et lu rent un guide pour le conduire jusqu'à sa destination. Au bout tre heures de marche à travM^ une contrée populeuse et bien la caravane rencontra, auprès d'un puits où elle s'était arrêtée reposer, une troupe d'Araboellas, conduits par deux chefs, facil tinguer à la richesse de leurs vêtements. C'étaient des march n^tournaient d&ns leur pays, sur les bords de la rivière Okachil localité qu'ils habitaient se nomme Pompali Akola. L'ex] M. Dufour l'a visitée; c'était là que le F. Duparquet comptait i station. Les deux chefs éprouvèrent une grande joie en apprei les missionnaires songeaient à se fixer chez eux. lis promirent terrain, et fournirent toutes les explications nécessaires au i marcb&udises ayant cours dans leur pays. Ils allaient faire le c h Mossamédès, pour eu rapporter les marchandises européenni trouve à la côte; !es fusils à pierre ont perdu chez eux to valeur ; ils lie se servent plus que d'armes perfectionnées. Li n'est qu'à cinq journées démarche de l'Oukouanyama. Leur brun plutôt que noir; leur figure allongée et leur nez aquilin, n le type européen. La description qu'en fait le P. Hogan s'accoi le portrait que Serpa Pinto a donné d'un prince amboella de l Couchibi. Le lendemain de cette rencontre, l'eipéditioii mis: arrivait chez Xambadi, roi de l'Oukouanyama, beau jeune hc 17 ans, aux manières européennes, plein d'intelligence, avide d tîon, et ayant à C(cur d'introduire la civilisation dans son pa sionné pour l'équitation, il faisait exercer en sa présence, ses écuyers, quatorze chevaux magnifiques. Il donna iminéd audience au P. Hogan, faveur que, à ce qu'il paraît, il u'accc très rarement. Uoe fois installés dans l'Oukouanyama, lesmissi s'avanceront jusque dans le pays des Araboellas, pour commen travaux dans le bassin supérieur du Zanibèze.

Le séjour du D' vun Dankelmann dans U province de 1 médëa* et la visite qu'il a faite aux Boers de Humpata, ne lui laissé une impression favorable de cette partie des possession gaises. Les baies maritimes sont extrêmement riches en poisse on n'en tire aucun profit, pas plus que des trésors enfouis dau:

— iode la terre, ou des richesses qu^offrent la flore et la faune. Les lions, les tigres et les hyènes y exercent encore leurs ravages. Le voyage pour se rendre chez les Boers est extrêmement coûteux et inconmiode. On fait encore la route en wagon à bœufe, comme dans l'Afrique australe, mais, tandis qu'au Cap un wagon attelé revient à 3500 firancs environ, à Mossamédës il coûte plus de 6000 francs, et il faut de 20 à 24 jours pour faire le voyage. Les conditions du travail laissent aussi beaucoup à désirer ; sans doute la main-d'œuvre ne coûte pas cher, comparativement aux prix de l'Europe, mais, vu les formalités exigées par la loi, il est impossible de songer à aucun développement de Pindustrie ; si un capitaliste met son argent dans une fabrique, il doit considérer son capital comme perdu, en cas de vente ou de départ.

D'après ime lettre du missionnaire Ramseyer, établi à Abétifi, dans l'Achanti, la guerre civile continue à sévir dans ce pays, entre les partisans du nouveau prince de Coumassie, Owonsou Koho, et ceux du roi détrôné, Kofi Karikari. Ce dernier a cherché à gagner à sa cause les habitants de la province de Coumavon, qui ont refusé de devenir ses alliés, et qui, craignant son ressentiment, ont demandé aux chefe de rOkwaou, protégés des Anglais, d'intervenir en leur faveur auprès du gouverneur. Sir Samuel Rowe, pour qu'il les prenne aussi sous sa pro- ' tection. Owonsou Koho n'a guère pour lui que les chefe de Coumassie, tandis que le peuple de l'Achanti lui préfère Karikari, qui, pour le moment, a établi sa résidence à Bareman, aux environs de la capitale. Les grandes villes, excepté Coumassie, l'ont proclamé roi de l'Achanti, parce que, dit-on, Karikari a reçu de bonnes leçons pendant k guerre des Anglais ; il a beaucoup appris, et sera prêt à accueillir dans sa capitale tout Européen qui voudra lui donner de bons conseils. Il a envoyé à la côte des messagers, pour faire savoir au gouverneur que le prince Owonsou Koho et d'autres chefs se refusent à hii rendre le trône de l'Achanti, qu'il a patienté jusqu'à présent par condescendance pour Son Excellence, mais qu'il la prie d'user de son influence pour forcer le dit prince à lui céder la place. Il a en outre demandé à M. Ramseyer de venir auprès de lui, disant qu'il veut avoir des missionnaires et des écoles. M. Ramseyer attend de le voir afiermi sur le trône, et croit que, s'il est proclamé à Coumassie, les portes de cette capitale jusqu'ici fermées s'ouvriront à l'œuvre des missions. — D'après un télégramme de Cape-Coast-Castle, Karikari et la reine sa mère ont été faits prisonniers parle prince Owonsou Koho ; Karikari a envoyé un messager au gouverneur anglais, pour lui demander de réclamer leur mise en liberté.

Inagou, à Pest desquels coule la Malema; à Pouest de la yallée de Maltma (?) s'élèvent les monts Namuli, dont le pic principal doit avoir 2800", et celui de Palawa dans la même chaîne, 2500"; le point le plus élevé atteint par Pexplorateur est à ISO?""; de là il s'est rendu au lac Chiroua.

M. Wilcox, missionnaire américain, s'est rendu à Inhambané pour chercher à fonder une station dans le voisinage de cette ville. Il a visité, à cinq jours de marche à l'intérieur, un lac de 10 kilom. de long sur 8 kilom. de large; le sol environnant, élevé de 40™ à 60"^ au-dessus du lac, est sec et salubre. Mais l'endroit le meilleur pour établir une station serait un peu au nord d'Inhambané; il y a là beaucoup d'Européens, le long de la côte; il serait facile de les visiter en bateau.

Une confédération a été formée des États de Stellaland et de Goschen, à l'ouest du Transvaal, sous le nom d'États-Unis du Stellaland.

Mankoroane, le chef Batlapin, dont ane partie du territoire a été prise pour former la république du Stellaland, s'est adressé au gouvernement de la Colonie du Cap et à l'Angleterre, pour leur soumettre ses griefs. Il comptait venir les exposer lui-même au gouvernement anglais, accompagné de MM. Donovafl et Chapman de Eourouman comme interprètes, en même temps que les délégués du Transvaal négocient pour faire modifier la Convention. Le ministère anglais ne l'a pas autorisé à venir lui-même, mais il examinera les observations que pourra présenter en sa faveur M. Mackenzie, missionnaire chez les Betchuanas.

Le D' Holub est parti pour sa nouvelle expédition dans l'Afrique australe et centrale, accompagné de sa jeune femme, et de onze personnes parmi lesquelles un charpentier, un charron, un forgeron et un armurier.

L'emploi du télégraphe dans la Colonie du Cap s'est beaucoup développé pendant les huit dernières années. £n 1874 la longueur des lignes télégraphiques n'était que de 1512 kilom., tandis qu'elles s'étendaient en 1882 à 5546 kilom. et celle des fils télégraphiques à II 122 kilom. Le nombre des bureaux est monté de 22 à 128, et celui des dépêches de 45,534 à 621,269.

En même temps que le D' Holub quittait Vienne pour se rendre dans l'Afrique australe, le D' J. Chavanne, bien connu par ses savantes études sur l'orographie et l'hydrographie africaines, s'est rendu à Bruxelles pour entrer au service du Comité d'études du Haut-Congo.

M. H.-H. Johnston se prépare à retourner au Congo, qu'il remontera jusqu'à l'embouchure de l'Arouimi. De là il explorera cette grande rivière, et le territoire voisin du grand lac nouvellement découvert, jusqu'au bassin du Haut-Nil.

Les affaires du Comité d'études du Haut-Congo ont pris un tel développement que l'administration a résolu de faire partir une nouvelle expédition chaque mois.

M. F. Goldsmith, qui avait été envoyé au Congo pour étudier la situation, est arrivé le 21 décembre à Lisbonne. Nous attendons son rapport pour renseigner nos lecteurs sur l'état réel des choses au Congo.

Après les sociétés missionnaires, les associations philanthropiques et les Chambres de commerce de Londres et de Manchester, la Chambre de commerce de Glascow a aussi demandé au Foreign Office l'institution d'une commission inter-

Quoique appartenant au bassin du Nil comme TÉgypte, le Soudan oriental est séparé de ce foyer de civilisation par les cataractes qui, depuis Assouan jusqu'au delà de Berber, interrompent le cours régulier de la navigation, ainsi que par le désert de Nubie à Test et les sables du Sahara à Touest du fleuve. Toutefois, cette vaste plaine, dont Tinclinaison, sur une longueur de plus de 2000 kilom., n'est en moyenne que de 0",1 par kilom. jusqu'à Lado, n'était pas sans communications avec l'Egypte, à laquelle elle envoyait quelques-uns de ses produits, surtout des esclaves.

Mais, jusqu'en 1793, on ne connaissait guère le Darfour que de nom; sa position géographique exacte était encore ignorée, lorsque W.-G. Browne s'y rendit, de Siout par les oasis d'Elwah, Bir-el-Maeha et la route des caravanes. Encore y fut-il prisonnier pendant la plus grande partie des trois années qu'il y passa, en sorte qu'il ne put donner, sur la géographie, le climat, les us et coutumes du pays, que des renseignements incomplets. Lors de l'expédition française en Egypte, les trafiquants du Darfour qui arrivaient à Siout avec la grande caravane, composée parfois de 15,000 chameaux, fournirent de nouvelles données sur le commerce de cette région et sur son importance. Bonaparte entra en correspondance avec le sultan Abd-el-Rahman, qui, dans l'admiration des victoires du général français, lui envoya l'assurance de son amitié et lui recommanda spécialement le porteur du message, ainsi que sa suite et ses esclaves. De son côté Bonaparte lui écrivit, le 12 messidor an VII, pour le prier de lui envoyer, par la première caravane, 2000 esclaves noirs, ayant plus de seize ans, forts et vigoureux. « Je les achèterai pour mon compte, » ajoutait-il ; « ordonnez à votre caravane de venir de suite, de ne pas s'arrêter en route; je donne des ordres pour qu'elle soit protégée partout. »

L'abandon de l'Egypte par les Français fit échouer l'espoir qu'on avait conçu, de voir la vallée du Nil moyen explorée par les savants européens attachés à l'expédition. Ds n'auraient d'ailleurs pas pu s'y aventurer sans danger. On se rappelle encore la défiance qui régnait parmi les populations des territoires voisins de l'Egypte à l'égard de Méhémet-Ali, les précautions que dut prendre Burckhardt pour pénétrer en Nubie, et sop expulsion du Dongola, sous prétexte qu'il était un espion du pacha d'Egypte. Ce fut lui pourtant qui, s'adjoignant à la caravane annuelle de Eorosko à Ghendi et à Sennaar, ouvrit à la science, sur une longueur de plus de 2000 kilom., cette voie jusque-là fermée aux explorateurs, ainsi que celle de Berber à Souakim, avant lui ignorée des Européens.

Sebot (Sobat), puis une bifurcation, du Bahr-el-Seraf et du Bahr-el- Gebel, enfin sous le 9%17' lat. N. d'immenses marais, et une diminution de la profondeur du fleuve, telle que la navigation en était arrêtée! Une seconde exploration permit aux voyageurs de reconnaître le cours du fleuve jusqu'au 4°, sans rencontrer de cataractes ni de rapides. En même temps qu'ils avaient fourni d'utiles renseignements sur le Bahr-el-Abiad, ils en avaient rapporté de non moins précieux sur les tribus qui en habitaient les bords, — les Schillouks, les Denkas, les Nouers et les Kitchs, — sur les productions naturelles de cette région, et leurs découvertes allaient servir de point de départ aux explorations ultérieures, ainsi qu'à l'exploitation des produits du pays, en particulier de l'ivoire, lo meilleur des articles d'exportation.

A cet effet, les trafiquants fondèrent des stations sur le Haut-Nil. Parmi eux Brun-Rollet, consul sarde à Khartoum,en établit une dans un village des Baris, sous le 5° lat. nord ; il entreprit aussi l'exploration du lac Nô et du Bahr-el-Ghazal, et fut le premier à donner des informations sur cet affluent, qu'il nomma Keilak ou Misselad; il lui attribuait un volume d'eau trois fois plus fort que celui du Bahr-el-Abiad.

Malheureusement, les armées égyptiennes opprimaient cruellement les populations des provinces conquises. Le gouverneur de Khartoum, Churchid-pacha, commit de telles exactions dans l'exploit-ation commerciale de l'ivoire du Haut-Nil, que le bruit en vint aux oreilles des Européens, Pendant que Heuglin était vice-consul d'Autriche à Khartoum, le plan fut conçu de l'établissement d'une mission autrichienne dans la métropole du Soudan, d'oU elle rayonna bientôt chez les Baris, au sud, dans le Kordofan et le Darfour, à l'ouest. Alors furent créées les stations de Gondokoro et de Sainte-Croix, d'El-Obeïd et du Djebel-Nouba, oU travaillèrent de longues années les PP. Knoblecher, Doviak, Morlang, Beltrame soutenus par le consul général d'Autriche, M. Hansal, et secondés par des artisans autrichiens et allemands. La science leur dut beaucoup d'informations nouvelles sur les tribus du Nil-Blanc, au milieu desquelles ils travaillaient, et qu'ils cherchaient à relever de l'abaissement dans lequel les avaient fait tomber les exacteurs égyptiens et les Arabes.

D'autre part, la réputation acquise à cette région comme parc de chasse, ne tarda pas à attirer, à Khartoum, des touristes américains et des officiers anglais, qui venaient de Bombay, d'Aden, même de Londres, pour y chasser l'hippopotame, le lion, la girafe, etc. Le gibier y était d'autant plus abondant, dans certains districts, que les populations nègres en avaient été réduites en esclavage par les troupes égyptiennes. Loi-sque

tânts étaient des Fouts, de race sémitique, représentés dans le Soudan oriental par les Founs, dans le Senoaar par une partie des Noubas, au sud du Kordofan ; dans la province de Gallabat, sur les confins de TÂbyssinie, domine aussi Vêlement font. Vinrent ensuite les Berbères, auxquels appartiennent les Barabras, les Bicharris, les Chellalys, les Mahas et les Danaglas, répandus depuis la seconde cataracte jusqu'au Dongola, puis les Nutkinas et les Soukinas, habitant le Taka. Enfin, le troisième élément est représenté par les Arabes, provenant de diverses émigrations de TArabie proprement dite» les unes fuyant le mahométisme à son aurore, les autres l'apportant ensuite et l'imposant aux populations du Soudan. Les influences locales et les croisements ont produit des modifications de ces différents types, mais on peut encore reconnaître ceux-ci, au teint plus ou moins foncé des individus. Les Arabes les plus récemment arrivés sur ce sol ont le teint presque aussi clair que dans leur ancien pays ; ceux qui proviennent des premières émigrations sont plus foncés. Les Berbères sont déjà très foncés ; enfin, les Fouts ou Founs le sont tellement, que les observateurs superficiels les confondent souvent avec les nègres; mais, si on les compare avec les véritables nègres de la Nigritie, on ne peut plus méconnaître que l'on ait devant soi des individus de deux races très distinctes.

Le trafiquant Brun-Rollet fut le précurseur de Petherick, qui, après avoir aussi exploré le lac Nô et le Bahr-el-Ghazal, fonda plus avant dans l'intérieur une station commerciale sur le Djoui', pour remonter de là jusque chez les Niams-Niams et revenir ensuite à Gondokoro, puis à Khartoum où il exerça les fonctions de consul anglais.

Cette dernière ville n'était pas cependant le point de départ de toutes les explorations, témoin celle du D' Cuny, qui, en 1858, se rendit de Siout à El-Obeïd par Dongola et la lisière de la steppe de Bayouda, à travers le désert de Lybie. C'était le moment où Munzinger et Kinzelbach, après avoir traversé le plateau septentrional de l'Abyssinie, attendaient vainement à El-Obeïd l'autorisation du sultan du Darfour d'entrer dans ses États, pour y rechercher les traces de Vogel. Alors la capitale du Kordofan était, d'après le D' Cuny, un véritable cloaque ; on enterrait les morts au milieu de la ville, dans des fosses profondes d'un mètre seulement ; en sorte que l'odem* des cadavres putréfiés traversait la couche de sable qui les recouvrait, et suffoquait les passants. Plus de 300 animaux, chameaux, ânes, bœufs, chiens, etc., pourris ou à moitié pourris, étaient disséminés dans toute la ville,*et chaque cour de maison avait une fosse profonde où l'on jetait toutes les immondices. A Tépoque des

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