L'Afrique
Le Pétrarque populaire est l'amant idéal de Laure, le poète du canzonière, de ces immortels sonnets, qui, depuis cinq siècles et demi, n'ont cessé de faire tressaillir le cœur des femmes d'Italie et même de France. Celles-ci ne connaissent guère et peut-être point le Pétrarque érudit, l'humaniste qui eut une part si considérable à la renaissance des lettres latines, et qui t'ait encore aujourd'hui les délices de quelques savants. Ces derniers seuls ont eu le privilège de pouvoir juger et aimer Pétrarque, comme il le mérite. Mais ils sont peu nombreux, surtout de nos jours; et quand, en France, nous aurons cité MM. de Noihac, Develay, .Mézières, il faudra, je crois, à celte liste si courte, joindre ce que j'appellerai des noms incertains pour arriver jusqu'à douze.
Si l'on voulait chercher la raison de ce tout petit nombre de vrais " pétrarquisants » parmi nous, on la trouverait peut-être dans l'intérêt beaucoup plus grand accordé aux études romanes, et dans l'oubli très intentionnel et évidemment systématique de cette littérature latine du moyen âge qui réclame encore dans nos bibliothèques françaises son histoire écrite en notre langue.
Une autre raison, non moins importante, du peu d'attention que l'on donne en France au Pétrarque latin, c'est qu'il a contre lui des hostilités en matière de critique qui datent de loin et qui subsistent encore dans bien des enseignements et des esprits. Je pourrais en signaler comme exemple les pages peu favorables de Marc .\Ionnier dans son premier volume de La Renaissance {de Dante à Luther).
VAfrica tout particulièrement a subi ces arrêts de parti pris, et c'est ce qui a fait que peu de latinistes l'ayant lu dans l'original, le poème, si admirablement traduit par M. 'V. Develay, n'a pas eu auprès du grand public le succès auquel il avait droit.
C'est une grande injustice faite à l'auteur et au traducteur, et c'est surtout pour la réparer que nous faisons entrer ce volume dans notre collection des chefs-d'œuvre de toutes les littératures.
CuARLts Slmo.nd.
No 318