‹ L'AfriqueChapitre 2 sur 22 · ANALYSE DU POEME · texte numérisé non relu

ANALYSE DU POEME

(Vest dans sa ri'itvii'c do Vaiiclusc, qu'il nommait son llcHcon .Iransa'phi, que PiHrarque enlreprit d'écrire le poème du V Afrique. Il conçulcii |irojol le vendredi sainL de l'an liioO, dans une de ses promciuidcs solilaircs surics monlagncs. 11 fa al l'entendre raconter lui-nièmo avec quelle anicur fébrile il se mit à l'œuvre.

« J'avais, dit-il, un ami avec lequel j'étais lié au suprême degré. Dans le temps où, embrasé pour mon Afrique d'un feu que ne connut jamais l'Al^rinuc sous le signe du Lion, j'avais commencé celle œuvre qui est restée longtemps suspendue entre mes mains et qui ?eulc, si j'ai quelque espoir de salut, calmera ou éteindra, j'imagiiîe. la solide mon âme lialclanlc, cet ami, ine voyant accablé par un travail excessif, m'aborda à l'improviste et me pria de lui rendre un service pour lui 1res agréable et pour moi très aisé. le lui dis que oui, sans savoir ce qu'il voulait, ne pouvant rien lui refuser et sadiant qu'il ne me demanderait rien qui ne fût inspiré par l'amitié la plus tendre : « Donne-moi, me dit-il, les clefs de la bibliothèque. » Je les lui donnai avec élonnement. Aussilôt il serra là dedans tous mes livres et tous mes instruments pour écrire, ferma soigneusement la porte et se retira en me disant :

« Je te p!cs:ris dix jours de repos, et, d'après notre convention, je te défends pendant ce temps là de lire et d'écrire. » Je reconnus le jeu. Il avait cru que je rester-iis oisif; pour moi, il me sembla que jo restais mutilé. Qu'alb-ndez-vous? Celle journée s'écoula plus longue qu'une année, nou sans ennui. Le lendemain j eus mal à la Icle du malin au soir; quand le troisième jour parut, je commençais à sentir de légers accès de fièvre. Mon ami, informé

de cela, revint et me rendit mes clefs. Je guéris aussitôt, et cet ami, voyant que le travail était, comme il disait, mon aliment, s'abslint désormais de semblables prières*. »

Celte ardeur de Pétrarque s'e^plique surtout par le violent désir qu'il éprouvait d'être couronné du laurier poétique. C'était le rêve de sa vie. Il voulut juslilier son ambition, et pour cela un poème épique, à la gloire de Rome, écrit dans la langue de Virgile, lui semblait une œuvre capable d'enlever tous les suffrages. Les premiers livres de VAfriqice étaient à peine achevés que le bruit courut dans le monde savant qu'une nouvelle Enéide allait bientôt paraître. Ce poème, qui devait dormir si longtemps dans un injuste oubli, eut la fortune singulière d'être célébré comme une mervciile avant d'être fait. Plus Pétrarque entourait son oeuvre de mystère, ne la communiquant pas même à ses amis intimes, plus, sur la foi seule de son génie, l'admiration des lettrés allait; grandissant.

Dans ces circonstances, le solitaire de Vaucluse reçut le même jour deux messages, l'un de Paris, l'autre de liome, lui offrant le laurier poétique. Ainsi deux grandes capitales se disputaieutThonneur de le couronner. Il opta pour Rome. Mais, avant de recevoir cette haute récompense, il se rendit à Naples auprès du roi Robert II, qui aimait et protégeait les lettres. Pétrarque le choisit pour son examinateur et lui lut les premiers livres de [' Afrique qa'W venait de composer. Ce prince en fut si enthousiasmé qu'il demanda au poète comme une grande faveur de la lui dédier. Il ■lurait même voulu que la cérémonie du couronnement se fit à Naples. Pétrarque ne crut pas devoir céder à ses instances. Muni d'un jugement conçu dans les termes les plus flatteurs, il partit pour Rome où l'attendait le triomphe. A la vue du chantre de Scipion, les échos du Capitole retentirent des cris d'allégresse qui avaient salué jadis le vainqueur d'Annibal. Le souvenir de cette grande journée ne devait pas être stérile pour Pétrarque,

« Me souvenant, dit-il, de l'honneur que j'avais reçu, je craignais qa'il ne parut décerné à un indigne. Un jour, après avoir gravi les montagnes, je traversai la rivière d'Enza, dans le territoire de Reggio, et je pénétrai dans la Selvapiana*. Frappé tout à coup de la beauté du site, je me remis hV Afrique, que j'avais interrompue. Ma verve, qui semblait assoupie, s'étant réveillée, j'écrivis ce jour-là quelques vers, puis quelques autres cnaque jour qui suivit. Ensuite, de retour à Parme, ayant rencontré une maison retirée et tranquille, que j'achetai plus tard et qui m'appartient encore, je conduisis mon œuvre à terme avec une si grande

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