‹ L'AfriqueChapitre 15 sur 22 · es anges · texte numérisé non relu

es anges

joyeuses. Etonnées ae ce qu'elles avaient entendu, les mères incertaines s'en retournent par de? chemius difféicnls a\cc des espérances diverses.

Déjàle jour ensanglanté qui allait voir la lutte suprême éclairait de ses l'ayons les plages de l'Orient; déjà les trompetlcs sonnaient et un bruit matinal se faisait entendre dans les camps. Les deux chefs se lèvent. Aucune journée ne fut aussi fameuse dans les annales de Rome; on ne combattit jamais en rase campagne, sous de pareils capitaines, avec autant d'animosité, de ruse et de force. On ne se bornait pas à craindre pour le présent, on avait devant les yeux des milliers d'années; on se demandait auquel des deux partis la fortune, dans cette bataille, permettrait d'espérer un rang, une patrie, une demeure, une race, une famille, une postérité.

Scipion conduit en rase c'ampagne son armée rangée dans un ordre admirable. Massinissa, entouré de ses Numides, commande l'aile droite, monté sur un cheval espagnol, son casque orné d'une aigrette le signale, et son manteau de pourpre flotte au gré du vent. Lélius a le commandement de l'aile gauche, il est suivi delà, cavalerie amenée des rives latines. Un coursier d'Apulie, rapide et qui semble voler, le porte de côté et d'autre, une cuirasse de fer reluit sur sa poitrine. Au centre se tient frémissante lajeunesse romaine aguerrie. Scipion domine de sa haute stature ces légions qu'il commande. Brillant par l'or, le 1er et la pourpre, plusbrillant par sa valeur, plus brillant encore par les grandes espérances qu'il fait naître, il éclipse les autres. C'est ainsi que les satellites dePhébusne peuvent souffrir ses feux naissants; devant S3S royons d'un côté Lucifer devient terne, et de l'autre Mercure pâlit et s'efl'ace', car les autres astres voisins ont tous fui sans attundre le soleil. Scipion, volant au milieu des rangs, excite le courage et répand partout l'assurance : ses yeux étincelants dardent des éclairs terribles qui frappent le's regards de ceux qui le voient. 11 presse ses porte-enseignes, exhorte les troupes à cheval, ralfermit par ses paroles ceux qui chancellent, relève les timides et les indécis. Il conjure les uns et supplie les autres, énumérant tout haut leurs exploits personnels ou ceux de leur famille, et rappelant le nom de leurs aïeux. Il loue ceux-ci, réprimande doucement ceux-là, gourmande les retardataires et stimule les nonchalants par un reproche amical. Il montre à ses soldats la gloire qui les attend, leur dit qu'ils vont recueillir les derniers fruits de la guerre, les avertit du danger et de la honte, et par ces stimulants il excite et ranime les courages. Il se hâte d'accourir en tous lieux, et brûle de ne perdre aucun instant de cette journée suprême. Lorsqu'il

i. Lucifer et Mercure indiquent Massinissa et Lélius. [30]

vit qu'il avait suffisixtiiment pourvu à tout et que ses troupes claienl pleines d'assurance, le héros, monté sur un coursi r foucueux blanc comme la neige, prit la parole en ces termes :

" Si Jupiter permettait que sa volonté, qui dirige nos cœur?, iïit connue maintenant de vous tous, vous rougiriez d'avoir conçu des doulcs sur la lin ou sur le sort réservé à nos prcparaLils. Jamais le soleil n'est apparu plus clair que la grande victoire qui s'offre à mes regards. Nous avons vaincu :je vois d'ici des actes de bravoure, j'ai devant les yeux un hoirible carnage, un torrent de sang et des monceaux de cadavres gisant sur la terre nalale. Je vois déjà le cheflui-mème, jetant honleusemcnt ses armes, prendre la fuite, je le vois cherchant où se cacher. Plût à Dieu que vous eussiez tous entendu de vos oreilles l'entretien d'hier! Vous auriez pu voir clairement combien son came est abattue et dégénérée. Non, ce n'est plus cet Annibal d'autrefois, à moins que son nom seul épouvante. Ou plutôt c'est bien le même, mais ce rusé capitaine tremble devant des armes qu'il connaît, il sent qu'elles seront maniées par d'autres bras et qu'elles sont confiées à la sagesse et au commandement d'un nouveau chef. II ne rencontrera sur ce champ de bataille ni le consul téméraire de Cannes', ni celui que les présages évidents des dieux et les signes manifestes de l'avenir empêchaient de combattre, s'il eût été dans son bons sens*. Un autre Sempronius ^ ne commande point avec moi dans ce camp. La poussièi'e, la chaleur, le vent, le soleil qui aveugle, n'aideront plus Annibal*. Il ne masquera point ses embùclies par la brume ou par les roseaux des marécagcs=; le corps baigné d'une huile d'olive chaude, il ne terrassera point une armée engourdie par un froid f^lacial «. Il altaquerama poitrine avec un glaive acéré, mon flanc avec une forte épée et il se heurtera contre une lance solide ; voilà ce qu'il redoute.

« Que de fois ils ont demandé la paix par crainte! Que de fois ils l'ont violée par fraude! Méprisables dans le premier cas, ils sont ha'issables dans le second. Préparez donc avec bonheur vos bras et vos armes pour une pareille bataille. Pour moi, je marcherai le premier contre ces ennemis odieux; j'y sèmerai la fuite et la terreur. J'en ai pour garants tous les dieux, le pressentiment du succès, mon bras impatient de tirer l'épée et la noble ardeur d'une âme invincible. Songez à l'Espagjie conquise dans une course rapide, à tant de guerres contre des rois, la gloire de ma jeunesse

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