‹ L'AfriqueChapitre 18 sur 22 · Amilcar, général carttiaginois · texte numérisé non relu

Amilcar, général carttiaginois

n'a point un rival sur notre globe, tant ce jeune héros était tout reluisant d'or, tant son manteau de pourpre jetait d'éclat, tant ses armfs resplendissaient.

Lorsqu'on fut arrivé de près vers de véritaldes ennemis, les Romains et les Carthaginois commencèrent h mêler leurs mains sanglantes. Une colère ardente et implacable anime les cliel's «'t les deuxl^euplos. Jamais choc entre deux corps armés no l'ut plus violent, jamais combat ne fut plus acharné dans tout l'univers. Ce n'étaient point des bandes mercenaires qui luttaient, c'étaient des hommes de cœur qui voulaient éteindre dans leur propre sang le brasier de haines ipTils avaient eux-mêmes allumé. Toutes les légions n'avaient qu'un seul désir, qu'une même pensée : venger, fût-ce par leur mort, de justes ressent iments. La perfidie punique et l'orgueil romain sont jetés mutuellement à la face à chaque blessure. On se répand en invectives et en reproches; au moment où la voix s'élève, la gorge coupée la i-éduit au silence. On rappelle tantôt les tributs annuels et écrasants imposés aux Carthaginois, tantôt la fcaude et i'indigne massacre qui suivit la prise de Sagonte. Tout ce que la rage cntlammée par une vieille haine a coutume de dicter à d'S combattants, on le vomit ; toutes les offenses et les injures subies durant une longue guerre s'entassent en un monceau. Les poitrines heurtent contre les poilrines et les épées contre les épées ; aux blessures se mêlent les blessures, et aux morts des morts horribles. On aime à descendre chez les ombres les entrailles ouverleS; à troubler les mânes par un bruil inaccoutumé, et à transférer des âmes guerroyantes dans l'I^rèbe silencieux.

0 délire! Qu il eût mieux valu pour les deux peuples vivre Iranquilles au sein de leur patrie! L,"ambilion, l'orgueil aveugle, la soif éternelle des richesses qui dévore les mortels et les fait courir aux armes, ne l'ont pas permis. Les deux armées luttent avec acharnement, et ce ne sont pas seulement les haines publiques qui-les irritent : chacun en fiappant son ennemi, croit venger par ses conps la mort d'un père et d'un frère. Tant il çst vrai qu'une vieille olfensc aigrit le cœur, et que plus la haine est récenle, moins on se bat avec animosité. Les chefs excitent leurs troupes, enflamment à haute voix les courages, montrent et affrontent d'honorables dangers. Mourir pour la patrie parut la plus belle des morts. Les cris de rage, le cliquetis des armes, les gémissements des mourants, produisaient un bruit mêlé d'horreur. Déjà un large fleuve de sang coule et arrose les campagnes de ses ondes iumantes; déjà un torrent impétueux ensevelit et entraîne les cadavres ; déjà une montagne s'élève à l'aide des chevaux et des guerriers terrassés, et sépare par sa hauteur les ennemis furieux. Je ne crois pas que sur les bords de la mer Egée les navigateurs aient été plus surpris lorsqu'à leurs veux épouvantés une île naquit 1 35 j '

soudain près de Thérasie. Un docte aruspice vit dans ce prodige la puissance de Rome et la ruine de la Macédoine ; mais le naulonier ignorant et slupél'ait y aborda à la rame.

Cependantles cavaliers auxiliaires des Carthaginois, ébranlés par un combat désavantageux, commençaient à lâclier pied. Le vainqueur poursuit les fuyards. Bientôt l'armée romaine, dispersée par la poursuite a peine à trouver sa route à travers les monceaux de cadavres. Les uns gravissent dos hauteurs d'un pas incertain; d'autres, répandus dans la plaine, cherchent sur la terre glissante une issue à leurs manipules épars ; les porte-enseignes et les maîtres d'armes eux-mêmes hésitent. Les .^oldats, disséminés parla victoire, pouvaient changer ces succès en une dél'aite soudaine et ternir cette illustre journée, si le prévoyant Scipion dans sa sagesse profonde n'eût donné le signal du rappel. Aussitôt qu'eut retenti dans la plaine le son connu de la Irompelle, ils se rallièrent, et, obéissant au signal, i^evinrent dans leurs premières positions, puis ils livrèrent à l'ennemi un nouvel assaut, mais en concentrant leurs forces. Ainsi, quand l'Auster impétueux a réuni les nuées dispersées dans l'air, la tempête, un instant répiimée, se tait pendant qu'il tonne, puis elle reprend avec plus de violence, mêlée de pluie et de grêle. Déjà l'ardent Scipion avait dépassé les collines produites par l'immense massacre, et les deux armées en bataille, recommençaient le combat en rase campagne.

Lî GiJrant : Henri Cauxiep.

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