LE MARCHÉ DE FADASSY
nombre d'ouvertures circulaires en partie remplies d'eau. Ces ouvertures sont pratiquées par des nègres qui arrivent de fort loin dans cette contrée pour y exercer Tindustrie du lavage des sables aurifères et aussi pour y capturer des crocodiles, ordinairement cachés, pendant cette saison, à une profondeur où le sable continue à être humide. Les mouvements de l'animal sont gênés par le sable où il est blotti, et les nègres s'en emparent sans beaucoup de danger pour en manger la chair.
Les voyageurs rémontèrent le Toumat jusqu'à l'endroit où cette rivière se réduit aux proportions d'un simple ruisseau qui se perd dans la direction du sud, vers le 10^ pavillon nord, et un peu à l'occident de Fadassy, ville située sur les confins de TAbyssinie et du pays des Gallas. Fadassy est le principal marché des régions situées entre les deux Nils ; il s'y fait un commerce considérable de chevatix, de bestiaux, de lances, de cassetêtes, de haches, de froment, de café, de miel, de légumes, de toiles de l'Inde, d'or en poudre et en grains, de sel, de verroteries de Venise, etc. Quanta la ville, elle est formée d'un ensemble de huttes et de cabanes en terre et en bois dispersées sur les bords de l'Iabouss, affluent du Nil Bleu, et derrière des hauteurs qui sont elles-mêmes dominées par la masse sévère des grandes montagnes del'Abyssinie. Le plateau que franchitM.Kovalewski pour pénétrer jusqu'à Fadassy avait été récemmen dépeuplé par une incursion des Gallas ; les hommes en avaient disparu, et les éléphants s'étaient emparés de ces
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lieux devenus déserts. Ces animaux erraient en troupes immenses. Onditquepour se procurer de Teau dans la saison sèche ces éléphants vont se coucher dans le lit desséché du Tournât. Peu à peu le poids de leur corps déprime les couches supérieures du sable et forme un creux ; l'eau remplit bientôt ce bassin, etTanimalse désaltère à Taise. M. Kovalewski, jugeant que toute cette région n'avait pas une dénomination assez précise, lui donna, par patriotisme, le nom russe de Nicolaeskaia ; mais la géographie n'a pas ratifié cette décision, et elle continue à appeler Quamamyl le pays qui environne Fadassy du côté
de Touest. C'est la partie la plus orientale de Dâr-Bertât^, situé lui-même au sud de Fazogl, entre les deux Nils.
C'est entre les régions où M. Kovalewski vient de nous conduire et le golfe arabique que s'étend l'Abyssinie ; ses limites extrêmes, du nord au sud, sont le 17® et le 8* parallèle nord environ. Cette contrée, qui semble destinée, par sa situation géographique et par l'intelligence de ses habitants, à obtenir une grande importance dans l'avenir commercial de l'Afrique, doit un climat tempéré à ses montagnes et à l'élévation de ses plateaux. La végétation, moins puissante que dans les autres régions de la zone tropicale, y est cependant encore d'une incomparable richesse. Les peuples d'Abyssinie comptent de longs siècles d'existence ; leurs traditions historiques et religieuses racontent que la fameuse reine
^ Dâr signifie pays.
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de Saba, qui dix siècles avant Jésus-Christ s'en alla dans Jérusalem rendre hommage à la gloire de Sàlomon, n'était autre que Makada, l'une de leurs souveraines. Couverte de colonies grecques au temps des Ptolémées, convertie plus tard au christianisme par le Grec d'Alexandrie Frumentius, qu'une tempête avait jeté sur ses rivages, l'Abyssinie connut de la sorte les deux éléments les plus actifs de la civilisation. Par malheur de longues discordes et les querelles religieuses Tempéchèrent de les mettre suffisamment en œuvre, et sa population intelligente et laborieuse, bien que fort avancée dans la civilisation, si on la compare au reste des peuples africains, n'en est pas moins très-arriérée et très-barbare encore aux yeux des Européens. L'Angleterre et la France ont également jeté les yeux sur ce point de la côte d'Afrique, si avantageusement situé pour le commerce de la mer des Indes, et ce motif, joint aux recherches dont le but était de découvrir les sources du Nil, a fait de l'Abyssinie le théâtre de nombreux voyages. Ses diverses contrées, le Semiène, le Tigré, l'Amhara, le Choa, ont été, de 1839 à 1853, explorées par MM. Combes elTamisier, Feret et Galinîer, Rochet d'Héricourt, d'Abbadie, et par un grand nombre de missionnaires et d'officiers anglais*. Le moins connu de ces voyages est celui des frères d'Ab-
* Parmi ceux-ci nous mentionnerons M. Burton, lieutenant au service de la compagnie des Indes, qui, le premier entre les Européens, a pénétré dans la ville d'Hurur ou Harar, sur les limites des régions abyssines et gallas, après être parti de Zeyla, sur le golfe d^Aden.