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COMMERCE DE KÂNO. - SON GOUVERNEMENT

voire, le natron, ce sel de soude si abondant aux environs du Tchad y passent par ses murs. Ce n'est pas avec le^ noirs, les Arabes et les Berbères seulement que cette ville est en relations de commerce. Les Américams, ces marchands toujours à Tafrût des bonnes entreprises, entretiennent depuis bien longtemps un commerce d'échanges par intermédiaires avec les États du Soudan tout aussi bien qu'avec les peuplades de l'Afrique australe, et ils payent le natron, l'ivoire, le coton et les esclaves, qui sont un des principaux objets de leur trafic, avec des rasoirs, des mauvaises lames de sabres, des couteaux, des ciseaux, des aiguilles, des miroirs.

Le gouverneur fellani de Kano est un des plus puissants entre les douze grands vassaux de l'émir suzerain dit Al-Mouménim de Sokoto. Toutefois son autorité n'est pas absolue : on peut appeler de ses jugements à Sokoto. 11 est vrai que c'est là un recours tout à fait illusoire par l'impossibilité d'en profiter à cause de la distance; mais le gouverneur est en outre entouré d'un conseil qu'il doit consulter dans les circonstances importantes. Les campagnes qui avoisinent la ville et qui Talimentent d'indigo et de coton sont fertiles et bien cultivées; on les appelle le jardin de l'Afrique centrale. Les esclaves y sont très-nombreux, mais là, ainsi que dans les autres États du Soudan et en général dans tous les pays musulnians, on les traite avec beaucoup de douceur.

Les embarras financiers furent le plus grave souci de M. Barth pendant son séjour à Kano; toutefois il était

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parvenu à contracter quelques emprunts auprès des gens de sa caravane ou des amis noirs qu'il s'était créés dans le pays, et il avait eu bien soin de tenir en réserve les présents destinés au puissant gouverneur de Kano et à son frère, vizir et premier dignitaire de sa cour, afin d'échapper aux difficultés qui l'avaient arrêté à Kalsena. II offrit au premier une sorte de burnous noir orné de broderies de soie et d'or, plus un bonnet rouge, un châle blanc avec une belle bordure rouge, une pièce de mousseline blanche, de l'huile de rose, une livre de clous de girofle, du benjoin, un rasoir, des ciseaux, un petit couteau fermant, un grand miroir; et le vizir reçut un présent à peu près semblable. On voit qu'il ne faut pas se présenter les mains vides devant les majestés africaines. Libre de poursuivre sa route, et guéri à peu près d'une fièvre persistante dont il avait longtemps soufTert, le voyageur se dirigea de l'ouest à Test, vers le Bornou et sa ville capitale Koukawa, où les anciennes relations du souverain avec Oudney, Denham et Clapperton promettaient à l'expédition anglo-germaine une réception amicale. Barth avait franchi à Gummel la frontière du Bornou, traversé la province, la ville de Masena, et accompli une grande partie de son itinéraire, quand il rcçutla douloureuse nouvelle de la mort de M. Richardson. Celui-ci, parti du Damergu au milieu de janvier, comme ses compagnons, avait atteint Zinder, ville de dix'milie âmes, située à l'est de Tasawa et dépendante du Bornou. De là il dirigea ses bagages sur Koukawa, dont, à cause de

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rajTaiblissement déjà sensible de ses forces, il ne put prendre le chemin qu'après un mois de repos. 11 voyageait à cheval, et les alternatives de chaleur brûlante dans le jour et de froid assez vif pendant la nuit étaient très-préjudiciables à sa santé. 11 changea de monture, troqua son cheval, qui le fatiguait, contre un chameau, se traita à sa guise, en prenant quelques médecines, sans connaissance exacte ni de sa maladie ni des remèdes qui pouvaient lui convenir, et poursuivit sa route; mais de station en station il était plus malade et plus épuisé. Arrivé au village de Ngurutuwa, à quelques journées seulement delà capitale du Bornou, il se sentit à bout de forces et comprit qu'il n'irait pas plus loin. Il fit dresser sa tente, se coucha, et dit à son serviteur qu'il allait mourir. En effet, trois jours après, dans la nuit du 4 mars 1851, il rendait le dernier soupir. Lorsque M. Barth reçut cette triste nouvelle, il prit aussitôt la route de Ngurutuwa» Il trouva la tombe de Richardson placée à l'ombre d'un grand arbre et entourée d'une haie vive. Les naturels savaient qu'un chrétien était enterré là; ils étaient pleins de respect, et Barth fit quelques petits présents à Tun d'entre eux qui promit de prendre soin du tombeau de Yhomme blanc.

Ce fut l'esprit plein des graves réflexions causées par ce douloureux épisode que Barth atteignit Koukawa, bien résolu à conduire jusqu'au bout son entreprise malgré les dangers trop évidents qu'elle présentait. Overweg ne tarda pas à le rejoindre, après avoir traversé la ville jadis

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