ORAISON FUNÈBRE DU FRANÇAIS DE LASTELLE
En 1838, on l'avait vu venir échanger à Marseille une cargaison des produits de l'ile contre des articles de notre commerce, et il avait entrepris de faire cultiver dans ses plantations nos fruits et nos céréales. Ce Français, qui avait rendu de Vrais services à Madagascar et à notre commerce, venait de mourir subitement à la suite d'une trop forte ingestion de chloroforme. La faveur de la rekie prétendait le suivre au delà du tombeau, et des ordres avaient été donnés pour qu'on lui rendit les honneurs dus aux premiers sujets malgaches. En conséquence, la veuve du défunt, fille de Tun des anciens chefs héréditaires des Betsimasarakas, accompagnée de tous ses parents en habits unis et grossiers, signe de leur deuil, — les fonctionnaires de Tamatave et les délégués de la reine, ceux-là revêtus àeleurs\lambaSy ceux-ci en uniforme bleu, avec épaulettes et galons d'or, se rassemblèrent dans la maison du chef-juge, rendez-vous habituel pour les grandes cérémonies. Plusieurs éloges funèbres furent prononcés ; dans celui de l'orateur envoyé par la reine, on remarquait cette apostrophe, suggérée par les mérites et la haute valeur du défunt : « La souveraine aurait donné 2,000 dollars; que dis-je? 3,000 dollars; que disje 25,000 dollars, pour racheter la vie de ce bon serviteur ! » Ensuite des coups de canon et de fusil furent tirés, puis on égorgea six bœufs, on défonça des tonneaux d'arak, et la cérémonie se termina par une orgie du bas peuple et des esclaves, tandis qu'un grand dîner réunissait les résidents anglais, français, allemands, au nombre