DES FRÈRES D'ABBADIE
furent retenus sur les bords de la mec Rouge par la mauvaise volonté d'un chef abyssin, puis par un accident cruel, qui priva M. Antoine d'un œil et le rendit longtemps malade. Les courageux voyageurs ne se lais* sèrent pas détourner de leur dessein par ces pénibles obstacles; ils mirent à profit leur séjour forcé dans le nord de l'Abyssinie pour relever avec la plus grande exactitude les cours d'eau, établir les latitudes, réunir un ensemble de routes et de directions, recueillir des généalogies de tribus et un vocabulaire de leur langue. En 1842, M. Arnaud parvint à gagner le plateau abyssin; mais son frère n'échappa qu'avec peine à la mort, au milieu des populations insurgées contre le chef qui le protégeait. Il chercha un refuge dans Téglise cophte de Saint-Sauveur, à Adawa, et gagna Gondar, d'où il fit plusieurs excursions au lac Dembéa ou Tsana et aux sources de l'Athara ou Tackazé, premier af&uent de la rive droite du Nil. Deux années s'écoulèrent encore, pendant lesquelles les deux frères se trouvèrent mêlés aux querelles des petits souverains de la contrée; mais au milieu même de cette distraction involontaire ils ne cessèrent pas un instant de poursuivre opiniâtrement leur but, cherchant partout des informations, et discutant les renseignements qui leur parvenaient sur les divers cours d'eau qui contribuent à former le Nil. Après les plus sérieuses investigations, ils pensèrent que le Godjab, rivière qui tourne autour de la province méridionale de Kaffa en formant une espèce de spirale, de-
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vait, réuni à TUmo, être le principal alTluent du Nil Blanc. Dès lors ils résolurent, malgré les difficultés et les dangers qui les menaçaient, de faire un voyage dans le pays d'Inarya, que baignent ces deux cours d'eau, et de déterminer positivement ces fameuses sources qu'ils comptaient enfin reconnaître. Les préparatifs de cette nouvelle expédition remplirent plusieurs mois, après lesquels MM. d'Abbadie quittèrent Gondar le 18 février 1843. Des dissensions agitaient toute l'Abyssinie; une armée nombreuse était chargée de châtier les rebelles. Les deux frères se joignirent à cette multitude tumultueuse et guerrière, et la suivirent dans ses divers campements, profilant de toutes les occasions pour compléter leurs informations. Us recueillirent de la bouche des indigènes tous les renseignements qu'il leur fut possible de se procurer, et, après bien des recherches, ils finirent par reconnaître dans le Gibé d'Inarya, dont la source se trouve dans la forêt de Babya, le tributaire principal de rUmo; cette rivière, étant la plus considérable de tout ce bassin, leur parut aussi devoir être regardée comme le principal des afOuents qui dessinent, à son origine, le cours du Nil Blanc. S' appuyant sur la croyance antique au dieu du fleuve, les voyageurs prétextèrent d'un sacrifice à cette source vénérée pour y porter quelques instruments afin d'en déterminer la position, et ce fut le.l9 janvier 1846 qu'ils purent enfin saluer ce but constant de leurs recherches.
Il est possible que l'Umo, continuant son immense
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circuit, remonte du sud-est au nord-ouest et forme un des forts affluents ou peut-être même dessine le cours supérieur du Nil Bleu, dont les sources visitées par Bruce ne seraient plus qu'un cours d'eau tributaire; peut-être aussi, poursuivant sa direction de l'est à l'ouest, se perd-il au milieu des marécages qui bordent le Nil Blanc dans une grande partie de son cours. Quant au fleuve Blanc lui-même, on va voir qu'il en faut chercher les sources, non plus en Abyssinie, non pas à l'ouest, comme l'avaient supposé grand nombre de géographes, notamment d'Anville, mais bien loin vers le sud au delà de l'équateur.
Quinze ans après avoir élevé au confluent des deux Nils la ville de Khartoum pour remplacer l'ancienne capitale du Sennaar et fortifier sa domination dans les régions du Nil supérieur, Méhémet-Ali, qui prenait un vif intérêt à la solution des questions géographiques, décida qu'une expédition partirait de cette ville et remonterait le fleuve Blanc. Quatre cents Egyptiens^ sous la conduite d'un officier, accomplirent en i 840 et 1841 deux voyages qui durèrent chacun de quatre à cinq mois. Le journal du chef de l'expédition, Sélim-Bimbachi, a élé publié par les soins du savant géographe M. Jomard» De précieux renseignements s'y trouvent consignés sur les populations qui habitent les bords du fleuve Blanc jusqu'au 6* degré de latitude nord.
Les Bakliaras et les Dinkas, tribus belliqueuses, et dont la principale occupation consiste dans la chasse aux