CHAPITRE XIX
MJk. rmAMCB ET L'AMSUiTBIlBB A HADASASCAR.
Caractère de la population. — Droits de la France sur Madagascar. — Rôle qu elle y peut remplir. — Prétentions de l'Angleterre. — Caractère du règne de Ranavalo. — Son successeur Radama II. — Mesures prises auprès de lui par l'Angleterre.
M. Ellis vient de nous montrer sous un aspect nouveau ces Malgaches, que de précédents voyageurs dépeignaient uniquement comme des sauvages cruels et farouches; il ne s'est pas borné à jeter un regard furtif le Jong des côtes, jugeant, ainsi que tant d'autres l'ont fait, tout un peuple d'après quelques individus dégradés par le contact extérieur et abrutis par Tivresse : il nous a transportés au centre même de Tile, dans une société encore mculte et même quelquefois grossière, mais organisée, disciplinable, douée d'intelligence et de curiosité. Quel sort prochain est réservé aux hommes qui la composent? Dans le débordement des peuples de TEurope, au milieu du vaste travail de colonisation et de conquêtes qui s'accomplit de nos jours depuis le centre de TAfrique jus-
U FRANGE À MàDâGâSCâU. 541
qu'aux plus lointains archipels de TOcéanie, réussirontils à préserver leur ile de notre invasion, à échapper au contact mortel qui lue en ce moment les races de rAustralie, qui fait disparaître avec une si étonnante rapidité les beaux sauvages des Sandwich et de la Nouvelle Zélande? Les généraux qu'invoquait Radama, Hazo et TazOy forêt et fièvre, la politique sagement méfiante de Ranavalo, sauronUls prévaloir contre les ardeurs de la convoitise européenne? Telles sont les questions qui se présentent naturellement à Tesprit au sortir d'Antananarive, et ce n'est pas un spectacle dépourvu d'émotions que ce derni(?r duel du sauvage qui demande à vivre contre rhomme civilisé revendiquant le sol et ses produits au nom de la supériorité de son industrie et de son in* telligence. Madagascar semble menacée à la fois dedeus: côtés : par la France et l'Angleterre. La France se prévaut de droits antérieurs à ceux de ioutes les autres na-r tiens, et notre pavillon, installé tout autour de File, à Bourbon, à Sainte- Marie, à Mayotte, à Nossi-Bé, parait attendre le moment de s'y planter de nouveau, car le nom de la grande ile africaine a eu le privilège de survivre chez nous au naufrage de notre prospérité colonialeetd'y rester populaire. On demande donc que nous installions sur ce territoire, grand comme la France, une large colonisation pour faire concurrence à l'Inde anglaise :1a latitude est la même des deux côtés de l'équateur. On trouve en abondance sur cette terre féconde la soie, le coton, le fer, et on peut y cultiver tous les riches produits des tropiques.