DÉPART
Le lendemain, M. Ellis fut invité à un dincr donné au nom de la reine par un de ses ministres, mais auquel Sa Majesté n'assistait pas. Le service en argenterie et en porcelaines fabriquées dans le pays, à l'imitation de celles de France et d'Angleterre, était très-complet; quantité de mets européens, de confitures, de pâtisseries, y figuraient, et Ton porta des toast à la reine et à tous les souverains d'Europe. Un combat detaureaux devait avoir lieu ensuite dans une des cours du palais; le missionnaire refusa d'y assister. Quelques jours après eut lieu la remise des présents. M. Ellis fut prévenu de ne pas parler du télégraphe électrique, la reine ayant déjà déclare à un de ses résidents français ne pas vouloir faire usage de cette invention. Le reste fut favorablement reçu; c'étaient des étoffes, des bijoux, divers produits de l'industrie anglaise, et les portraits dans des cadres dorés de la reine Victoria et du prince Albert. En retour, le voyageur reçut des bœufs et plusieurs riches lambas de soie. Plusieurs fêtes lui furent encore données, et il eut l'honneur d'assister en présence de la reine à des danses sakalaves et européennes. Toutefois, malgré la faveur avec laquelle il était traité, ce fut en vain qu'il témoigna le désir de prolonger son séjour, pour ne pas regagner la contrée basse dans la saison des fièvres, après les pluies d'août et de septembre. La préoccupation constante de la cour d'Antananarive en ce moment était, malgré les assurances contraires données par . le missionnaire, la crainte d'une attaque de la part de la France et de l'Angleterre. 11 était question de elte éven-
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tualité dans tous les entretiens des membres de la famille royale, et la princesse Rabodo disait un jour à cette occasion : « Nous ne sommes pas des rebelles ou des usurpateurs, nous sommes les descendante des anciens possesseurs de cette terre; pourquoi ne nous laisserait-on pas en paix? »
Conformément aux ordres de la reine, le voyageur dut donc quitter Antananarive, et ce fut au grand regret des nombreux amis qu'il s'était faits par son empressement à soigner de son mieux les malades, à mettre à leur disposition sa petite pharmacie et à manœuvrer son appareil photographique. Plusieurs d'entre eux l'accompagnèrent à une assez grande distance, et le prince lui-même voulut le conduire jusqu'au bas du plateau d'Antananarive. Ce fut le 26 septembre que M. Ellis quitta cette ville, où il avait trouvé une population aisée, intelligente, beaucoup plus policée qu'on ne le croit en Europe et que lui-même ne l'avait pensé d'abord. Dans son chemin vers Tamatave, il rencontra plusieurs étrangers qui se rendaient à la capitale : un commerçant français, M. Soumagne; un autre de nos compatriotes, médecin à Bourbon, mandé pour la cour, et qu'accompagnaient comme aide et comme pharmacien, M. l'abbé Jouan, qui retournait à Antananarive, etM. l'abbé Weber. Notre voyageur s'empressa de franchir la région des marécages et des Hèvres; un petit bâtiment qui se trouvait à Tamatave l'emmena à Maurice, et au mois de mars \ 857 il revit l'Angleterre.