AVANTAGES DE LA COLONISATION
agrandissent chaque jour le cercle de leur action, de leurs intérêts, de leur prospérité commerciale. Nous ne sommes plus en un temps où il suffise d'être fort dans les limites de son pays, si puissant, si brillant que ce pays puisse être. Partout à la fois les hommes se sont levés, et au-dessus des barrières de la patrie ils jettent des regards avides et corieuis; leur ditTusion n'est pas un détriment pour la patrie même; ils en emportent les habitudes, les goûts, les idées, ils la font connaître au loin , et, sur des terres autrefois désertes ou sauvages, ils font revivre un coin de TAllemagne, de l'Angleterre, de la France.
La France, plus encore que ces nations, a^un grand rôle à remplir : Téducation des races indigènes. Seule elle porte avec elle un esprit de conciliation et des façons affectueuses et bienveillantes qui peuvent aider à rattacher à la civilisation ces races attardées et malheureuses. On sait quels souvenirs son court établissement au milieu des sauvages du Mississipi et du Saint-Laurent a laissés dans le cœur des pauvres indigènes. France est un nom qu'ils redisent avec aiïection, vers lequel ils reportent peut-être leurs espérances; beaucoup de noms français se sont perpétués dans leurs souvenirs, et la France seule, en effet, pourrait quelque chose pour eux dans le tumulte actuel du monde.
Qu'a fait TAngleterre. malgré quelques institutions charitables et le dévouement qu'on ne peut mettre en doute d'une partie de ses missionnaires, notamment des Wesleyens? Partout elle a effacé les ifidigènes. Son
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contact leur est mortel, c'est la faute de son esprit roide, exclusif, plein du mépris de ce qui ne vient pas d'elle. Quelques mesures que prennent ses comités charitables et ses missions, si Ton regarde parfont où elle s'est posée/ en Tasmanie, en Australie, dans la Nouvelle-Zélande, on voit ces lieux frappés de mort; les races les plus vaillantes dépérissent et s'éteignent; où passe r^Itier et insociable Ânglo-Saxon, pas de salut pour les races inférieures. A Madagascar, peut-être l'esprit français trouverait-il une mesure commune avec celui des Hovas, des Malgaches, des Sakalavcs. Mais l'Angleterre, qu'y va-t-elle chercher autre chose que la satisfaction de ses besoins mercantiles? On peut dire qu'elle est vraiment redoutable.
Ce qu elle veut à Madagascar, la relation du révérend EUis nous l'indique suffisamment, c'est acquérir de l'influence sur l'esprit du souverain et s'en rendre maître, exercer une action analogue à celle des Américains aux îles Sandwich, en un mot établir l'ordre de choses que traduit ce mot protectorat, dont le prince royal cherchait à se faire expliquer le sens. Si les intérêts du commerce de l'Angleterre étaient le seul point à envisager dans cette question, on pourrait peut-être admettre cette poUtique ; mais il faut aussi voir de quel profit elle serait à la race indigène. On lui portera le christianisme, des lois plus judicieuses, nos modernes inventions, et Ântananarive, initiée, comme Honolulu, aux avantages d'un régime libéral, aura ses journaux et ses assemblées dé-