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LEURS CONQUÊTES

fait bien connaître ; mais d*où viennent^elles? L'ethno logie, s'appuyant sur quelques analogies de langage assez peu voisines et assez peu nombreuses, songeait à les identifier avec les races malaisiennes, qui, après avoir franchi la mer des Indes et Madagascar, auraient traverse tout le Soudan. Ce n*est là qu*une hypothèse fort douteuse ; si ces hommes sont venus de l'est, c'est à une époque si ancienne, qu'il ne subsiste aucune trace de leurs migrations. La question d'origines est bien loin d*être résolue, et nous devons nous borner à étudier l'action présente des Fellani en Afrique.

État d£ Melli ou de Tombougtou. — Grâce à l'impulsion communiquée par l'enthousiasme religieux, cette action est^ aujourd'hui considérable. Lorsque les Fellani, débordant des lieux qu'ils occupaient, s'avancèrent en conquérants de l'ouest a Test, ils rencontrèrent le puissant État de Melli ou de Tombouctou, qui a fait partie du Songhay. La ville célèbre qui en est la capitale, située sur un bras du Niger dans un terrain fertile, n'est pas fort ancienne; bâtie vers le douzième siècle de notre ère, elle conquit une grande importance commerciale cent cinquante ans après, lorsqu'un chef des tribus mandingues, qui s'étendent sur le haul Sénégai et le haut Niger, en eut fait la capitale de ses Etats. Les tribus bambaras, situées plus à l'est que celles des Mandingues, puis, à la fin du dix-septième siècle, un empereur marocain, s'en emparèrent successivement. Enfin, au commencement de ce siècle, les Fellani la

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conquirent. Toutefois les Maures défendirent assez vaillamment leur ancienne conquête : chassés pour un temps, ils firent un retour offensif à la suite duquel une sorle de compromis est intervenu entre les anciens et les nouveaux maîtres. Ceux-ci ont conservé le pouvoir politique, mais c'est parmi les premiers qu'est choisi le chef rehgieux. Il en résulte une rivalité permanente qui est une source de désordre et qui a beaucoup nui à la prospérité de la ville.

Toutefois sa belle situation sur le chemin des caravanes qui vont au Maroc, aux confins de TÂlgérie, au Sénégal, dans tout le Soudan, lui assure encore une assez grande importance commerciale. Sa population a été estimée par Barth, son dernier visiteur, à vingt mille âmes. On sait que le gouvernement français désire vivement relier cette grande ville à nos possessions du Sénégal et de TAlgérie ; mais ce n'est pas là une entreprise facile, car le chef fellani et le chef maure qui la gouvernent, ainsi que toute la population, paraissent avoir conçu de la France une grande crainte et sont peu disposés à donner accès à notre influence. Cependant, deux voyageurs français, MM. Duveyrier et Mac-Carlhy, sont séparément partis dans l'intention de reconnaître le terrain ; les dernières nouvelles les montraient l'un et lautre aux confins du désert. Nous avons vu qu'un autre Français, M. Lcjean, a pris aussi le chemin du Nil, avec rintention de remonter jusqu'aux sources du fleuve.

A l'est de Tombouctou, en descendant le Niger elen

ALi-YOU ÊMlR AL-MOUMÉMM. 585

remontanl son affluent le Binué, les Fellani ont conquis les anciens royaumes de Songhay, de Libtaka, de Sokoto et d'Adamav^a ; les villes ou marchés principaux de ces royaumes, qui ont dans leur dépendance des provinces et des tribus dont nous n'entreprendrons pas Ténuméralion, s'appellent Dore, Korsa, Sebba, Gogo, Say, Sokoto, Vourno, Gober, Gando, Katsena, Kano, Tasawa, Yacoba, Yola ; les unes sont en décadence et appartiennent en partie à l'histoire du passé ; les autres, au contraire, sont en pleine prospérité, car rien ne nait et ne meurt plus facilement que ces villes africaines.

Le chef de tout l'empire fellani, le sultan, qui a cru pouvoir prendre le titre ambitieux d'émir Al-Moumenim, s'appelle Aliyou ; il est fils de ce Bello qu'ont fait con^* naître, il y a trente-cinq ans, les relations des voyageurs Denham et Clapperton, prédécesseurs de Barth et d'Overweg dans ces régions. C'est à Vourno, sur un affluent du Niger, et un peu à l'est de Sokoto, que ce sultan a fixé sa résidence, au grand détriment de cette dernière ville, qui, après avoir été longtemps, avec Kano, le premier marché de tout le Soudan, est aujourd'hui en décadence. Cependant elle compte encore vingt-cinq mille habitants, et son marché, situé dans une position centrale et communiquant avec celui d'Agadès ail nord, ot avec tout le bas Niger ausudj est encore Irès-richementapprovisionné. Kano, située à peu près à égale distance entre le Niger et le lac Tchad, également favorisée par une admirable position, parilt être, sous le rapport commercial, la

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ville la plus florissante de tout l'empire; elle a hérité de Timportance q.ue possédèrent longtemps Gaber^Katscuâ, et plusieurs autres villes de cette région que la guerre a en partie ruinées. Sa population, son activité, son industrie, l'extension donnée à Técoulement de ses produits, n^ont cessé de se développer. Elle est située dayis un pays fertile, alternativement couvert de bois et de riches cultures, où les villages populeux sont serrés les uns contre les autres. L'étendue de la ville est considérable à cause des champs et des cultures qui entourent les maisons ; celles-ci sont bâties en argile, de forme carrée, avec un élage surmonté d'une terrasse ; il y a aussi des huttes circulaires surmontées d'un toit conique. Le marché de Kano est abondamment fourni d'esclaves, de poudre d'or, d'ivoire, de sel, de natron, d'ouvrages en cuir, de coton, d'indigo ; la principale industrie de ses habitants consiste dans le triage du coton et dans la leiii' ture. La population habituelle est de trente mille âmes, et elle est doublée de janvier en avril, dans la grande période d'activité commerciale, lorsque les caravanes affluent à Kano de toutes les parties du Soudan.

Dans les royaumes qu'ils occupent, les Fellani constituent une sorte d'aristocratie très-puissante qui s'est a jjugé les emplois poUtiques et administratifs, plus une partie du territoire. Ils ont d'ailleurs laissé à la population indigène sa Uberlé et la faculté de s'enrichir par le commerce. Dans plusieurs contrées, notamment dans celles dont les populations étaient encore idolâtres, ils

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