‹ L'Afrique nouvelleChapitre 243 sur 265 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

HISTOIBB KT CHROMOI4>aiB DBS £tAT8 DU SOUDAN

Le royaume d'Âhir ou Asben. — Invasion des Fellani. — Résultats de leur conquête. — Le Bornou. — Le Bagirmi. — Le palais du souverain. — Les rois du Bagirmi. — Origine du"Waclay. — Ses rois. — Le Dari'our et les États du Soudan oriental.

Il ne sera pas inutile, pour compléter cette série d*ctudes sur l'Afrique, de réunir quelques notions sur l'histoire et sur la condition présente des États du Soudan. Ces renseignements ont été extraits des plus récentes relations de voyage, surtout de celle de Barth, qui a passé, comme nous Favons vu, trois années au cœur de rÂfrique et pénétré dans les capitales des régions les plus centrales du Soudan, depuis TAhir jusqu'au Bagirmi.

Ahir ou AsfiEN. — C'est aux limites du désert et du Soudan que se trouve situé le royaume d'Ahir ou Asben, dont la connaissance est pour ainsi dire une révélation nouvelle due aux explorations de Barth et de Richardson. On sait que le Sahara, qui forme un plateau et non une dépression entre les monta-

578 r/AHIR. — SA FAUNE.

gnes du littoral et le Soudan, est coupé d^oasis dont plusieurs ont une vaste étendue : de ce nombre sont le Fezzan, dont nous n'avons pas à parler, puisqu'il est une dépendance politique du Tripoli, et TAhir. Cet État» dont il n'y pas dix ans on ne connaissait guère que le nom, a été visité par Barth ; ce voyageur a pénétré dans sa capitale, Agadès, et y a noué des relations avec le souverain actuel, le sultan Abd-el-Kader . L' Ahir s'étend environ du 20* au 15" degré de latitude nord; après Agadès, la ville principale est Tintellust, située plus au nord, et il faut sept jours à une caravane pour faire le trajet qui les sépare. Ce pays présente une succession alternative de riches vallées et de montagnes rocheuses, et les pluies torrentielles au mois de septembre indiquent qu'il appartient autant à la région du Soudan qu'à celte du désert. Les bœufs, les antilopes y abondent. On y voit en grand nombre des singes, des chacals, des lièvres, des pigeons, des cygnes. Les lions y sont de petite taille et sans crinière. Le sol est fertile : on y trouve des palmiers, des figuiers gig;mtesques, toutes les productions de l'Afrique inter tropicale, et çà et là quelques champs de blé.

La capitale, Agadès, rendez-vous des caravanes qui vont des riches régions du Soudan, soit au Maroc, soit au Fezzan et au Tripoli, a joui d'une grande prospérité dont elle est déchue en grande partie aujourd'hui. Elle a été bâtie vers le quatorzième siècle par les Berbères, qui en firent l'entrepôt d'un commerce florissant avec

ABD-EL-KADER SULTAiV IVAHIR. 579

TombouctoUi Gogo, et plusieurs autres villes situées sur le Niger; mais les Touaregs, ces terribles hôtes du désert, ont ravagé toute la région, intercepté souvent les caravanes, et peu à peu ruiné la prospérité commerciale de la plupart des villes africaines. La population d'Âgadès ne peut guère être évaluée aujourd'hui qu'à sept ou huit milleâmes ; elle a dû être beaucoup plus considérable, si Ton en juge par Tétendiie des quartiers aujourd'hui déserts et par ses soixante-dix mosquées, doit soixante sont abandonnées maintenant.

Le sultan d'Ahir, suzerain des Touaregs qui l'ont ruiné, est élu par ces turbulents vassaux, mais toujours pris dans une famille qui passe pour être originaire de Stamboul. Le souverain actuel, Abd-el-Kader, s'est montré peu favorable aux ouvertures que M. Barth lui fit de la part de l'Angleterre ; il reçut le voyageur avec bienveillance, mais il refusa d'entrer en relation avec le gouvernement anglais. L'industrie de la ville consiste en objets de cuir, de sellerie, en menus ustensiles de bois d'un travail très-délicat ; c'est le millet et diverses espèces de grains qui servent d'intermédiaire pour les échanges. Ce royaume d'Ahir, par sa situation dans le désert, entre les régions du Soudan et celles de la côte, peut un jour prendre un rôle important dans les relations que l'Europe est destinée à jouer avec l'Afrique, et l'empire des Fellani .

Fellani. — La portion du Soudan qui s'étend entre le Sénégal et les régions situées au sud du lac Tchad était occupée par divers royaumes^ lorsqu'au commen-

580 bES FELLANI.

cernent de ce siècle nhe race d'hommes, en partie étrangers par leur origine à T Afrique, et qui depuis un temps immémorial, pasteurs et guerriers, vivaient coa6nés vers la côte occidentale, entre les sources .du Sénégal et celles du Niger, déborda les régions qu'elle habitait et conquit successivement le Tombouctou, le Songbay, le Sokoto, TAdamawa, et beaucoup d'autres pays de la même région. C'était sous l'impulsion de Tislamisme, auquel ils étaient récemment convertis, que ces hommes appelés Fellani, Fellatahs, Fulbé, Pulo, et de vingt autres noms, accomplissaient ces conquêtes, qui, contenues par les divers États voisins du Tchad, semblent arrivés à leur dernière période.

D*où sont venus ces hommes que leurs traits réguliers, leur teint bronzé plutôt que noir, ne permettent pas de confondre avec les indigènes africains? Ils se sont incorporé un grand nombre de tribus de l'Afrique occidentale, ainsi quon peut le voir par l'analyse ethnologique, et comme ces tribus, en s'amalga* mant dans un commun ensemble, ont cependant conservé quelques restes d'individualité et vécu selon des fortunes diverses, il en résulte parmi les Fellani des divisions de 'castes. De ces tribus, quelques-unes forment une aristocratie dominante ; les autres exercent diverses industries, celles de charpentiers, de cordonniers, de tailleurs, de chanteurs. Les tribus dominantes présentent d'assez remarquables rapports avec ces Yolofs de la côte que leur proximité avec notre colonie du Sénégal nous a

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