‹ L'Afrique nouvelleChapitre 249 sur 265 · ORIGINE ET SULTANS DU WADAY · texte numérisé non relu

ORIGINE ET SULTANS DU WADAY

avait jadis possédée sur les territoires qui forment le Bagirmi, et il ravagea tout le nord-ouest de ce royaume. Malgré tant de revers, Othman parvint à repousser, vers le même temps, une invasion des Fellani et à laisser le trône à son fils, le sultan actuel Abd-el-Kader. Il avait été sanguinaire, et on dit qu'il prit pour femmes une de ses filles et une de ses sœurs. Le nouveau souverain a commencé à régner en 1844; il a été obligé de confirmer le traité qui subordonne le Bagirmi au AVaday, el de plus il paye un tribut annuel de cent esclaves au cheikh Omar, le chef du Bornou. Ainsi assuré sur ses frontières de Test et de Touest, le sultan Baghirmien s'occupe à chercher des compensations dans le Sud; il fait la guerre aux nations païennes, leur impose des tributs d'esclaves. Il parait plus raisonnable et plus juste que son père, mais fort peu libéral. Le peuple du Bagirmi ne supporte qu'avec la plus grande impatience la sujétion qu'il subit vis-à-vis de ses deux voisins, surtout du Waday, et il est bien probable que de nouvelles guerres ne tarderont pas à ensanglanter les bords du Tchad et à troubler l'équiUbre soudanien.

Waday. — Nous venons de dire comment Tempire païen de Tyniur, en se dissolvant, donna naissance au Baghirmi, au Waday et au Darfour. Ce fut vers le milieu (lu dix-septième siècle que les régions qui ont formé le Waday se détachèrent, et c*est un nommé Wada qui passe pour le fondateur de cette nationalité. Son petit- Us, Abd-el-Kcrim, embrassa Tislamisme et étendit beau-

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coup sa puissance. Le fils el successeur de oelui*cî, Kharus, bâtit la capitale actuelle au Waday-Wara, nom qu'elle doit à sa position et qui signifie a la ville entourée de hauteurs. » Après lui régnèrent Kharif, Yakuf- Arus, qui tenta une expédition malheureuse contre le Dar- Ibur ; puis un second Kharus, qui régna quarante ans dans la paix et la prospérité. Vient ensuite Yeda, dit Kharif-el- Tunan, surnommé Sulé (le Sauveur), parce qu'il délivra son pays d*une invasion qui failUt l'anéantir. A partir de ce moment, le Waday, respecté et puissant» prit encore un autre nom : celui de Dar-Suley. Kharef-el-Tunan conquit sur le Bornou la province de Kanem, qui est située au nord du Tchad ; son fils, Saleh, dit Derret, fit périr un grand nombre d*ulémas, dont l'influence lui semblait menaçante pour son autorité. Son fils, Abd-el-Kerim, dit Sabun, se révolta, le tua et se mit à sa place. Cet événement se passait vers 1805.

Ce nouveau chef, qui montait sur le trône souillé du sang de son père, fut cependant, au dire des traditions locales, un des plus sages et des plus glorieux souverains de ces régions; il battit les Bagirmiens, qui étaient beaucoup plus avancés en civilisation que leurs voisins, les rendit tributaires, leur enleva des vêtements, de l'argent et du corail de quoi faire la charge de cinq chameaux, puis il tenta d'ouvrir des communications entre le Waday et les ports de la Méditerranée. A sa mort, survenue en 1825, ses fils sp disputèrent son héritage : Ysuf, dit Psharefagin,

^f^ ORIGINE ET SULTANS DU DARFOUR.

demeura en possession du trône. Sa mèrele tua vers i 850, pour lui substituer un enfant qui ne vécut pas. Alors la royauté échut a une branche latérale. Le nouveau souverain, Abdul-el-Azix défit, ^ à la grande bataille de Burtay , la puissante tribu de Kondonga ; mais le vainqueur ne tarda pas à mourir de la petite vérole, laissant un (ils en bas âge qui fut détrôné, et un nommé Mohammed- Saleh, se prétendant frère du glorieux Abd-el-Kerim- Sabun, s'empara du pouvoir avec Taide du sultan de Darfour, en 1842. Il a transporté le siège du gouvernement de Wara à Abeshr, localité peu considérable, située à vingt milles plus au sud. Son règne a été rempli par des guerres extérieures et intestines ; il a tenté une entreprise contre le Bomou, dont le grand cheikh Mohammed-el-Kanemi avait ressaisi la province de Kanem. Vainqueur d'abord, il a subi une double défaite à Pusuré et sur les bords du Shari. En 1852, l'aîné de ses fils, Mohammed, s'est révolté; il a battu en 1855 son père et ses frères, massacré beaucoup des principaux du pays, et s* est de la sorte installé sur le trône. C'est chez cette brute que le malheureux Yogel a pénétré et qu'il a, suivant toute probabilité, trouvé la mort. Aucun Européen ayant entrepris de visiter Wara n'en est encore revenu.

Darfour. — Nous sommes bien loin d'avoir sur cet Élut les mêmes renseignements historiques que sur le Waday, dont il est limitrophe. Nous savons qu'il est, comme ses deux voisins de l'ouest, sorti d'un démembrement de

KORDOFAN — SENNAAR - DAR-FERTIT — NUBTE, 595

Tempire des Tyniurs,* et ce fut la partie qui s'en détacha la première ; un certain Pruro battit les conquérants, secoua leur joug, et fonda la dynastie des rois fôriensvers le milieu du dix- septième siècle. Son deuxième successeur fut le premier roi musulman de cet État, et il fut lui-même remplacé par Musa, qui, dans un âge avancé, repoussa une invasion des Wadayens. Le sultan qui aida Nahomet-Saleh à s'emparer du pouvoir au Waday, en 1842, s'appelait Mahomet-Fadhl; on ignore s'il règne encore aujourd'hui. Les places connues du Darfoursont Probeyh etTendelty; cette dernière, qui est la capitale, a été visitée il y a une vingtaine d'années par un voyageur musulman, le cheikh Mahomcd-el-Tounsy. Elle est devenue résidence royale à la Cm du dernier siècle, sous le sultan Abd-el-Rhaman-el-Yatim. C/est une assez grande place, située dans une plaine sablonneuse que traverse un torrent, les huttes, faites de tiges de plantes et de branches d'arbres, ont une forme cylindrique ou conique, et elles sont entourés de haies épineuses destinées à les protéger contre les bêles sauvages. Le palais du sultan est un amas de huttes, entourées de fortes haies et de murs. D'ailleurs, c'est la même physionomie que pour les villes africaines que nous avons déjà décrites.

Le Kordafan, le Sennaar, le Dar-Fertit, la Nubie et les autres régions qui bordent les deux Nils, dépendent de rÉgypte; quant à l'Âbyssinie, elle est trop connue aujourd'hui, grâce à ses nombreux visiteurs, pour que

394 M. LtJÂN CONSUL AUPRÈS DU ROI THÉODORE.

nous ayons à raconter son histoire. Le roi actuel de Tigré et de Gondar s'appelle Théodore. On l'appelle en Afrique le Charlcmagne du Soudan. Cependant sa domination n'est pas partout solidement assise, car une correspondance d'Aden, datée de juillet 1859, signalait un envoi clandestin de vingt mille fusils du Caire dans Tintérieur de TAbyssinie, destiné, selon toute probabilité, à favoriser les insurrections. Les relations viennent d'être renouées par le gouvernement français avec ce souverain. Notre compatriote, M. Guillaume Lejean, dont nous avons mentionné le voyage au Nil, s'apprête à aller se fixer auprès du roi abyssin en qualité de consul de France.

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