‹ L'Afrique nouvelleChapitre 250 sur 265 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

l'ISTBMB de SUBI

Intérêt qu'y trouveront la France 6t l'Angleterre. — I^eur rivalité sur ce sujet. — Ancienne histoire de l'isthme. — Les Pharaons. — Les Lagides. — Les califes. — Les pèlerins du moyen-fige, les chars du Pharaon et les greniers de Joseph. — Premiers essais de M. de Lcsseps, — Mauvais vouloir. — Péripéties de trois années . — Succès prochain et manifeste.

Parmi toules ces questions relatives à rAfrique, à son passé, à son état présent et à sou avenir. Il y en a une qui domine toutes les autres : c est le percement de Tisthme de Suez, grande entreprise accomplie autrefois par les Pharaons et les Piiéniciens, reprise ensuite par les Lagides, et de plus en plus riche en pro« messes qui ne sauraient être déçues. Une lutte, à demi cachée, mais persistante, s*est engagée, à son sujet, dans ces dernières années, et dure toujours entre les deux nations que leur commerce, le rayonnement de leur industrie et de leur civilisation intéressent le plus à cette question ddns le monde.

L'Angleterre, cette vaste et puissante maison de cornmcrcCy merveilleusement organisée pour Tabsorption

oUU iUVÂLlTÉ LE LA FRANCE ET DE L ANGLETERRE

(le tous les grands marchés du globe, dirigée par uuc collection d'associés qui souvent se détestent, mais qui savent que la première condition d une bonne maison est la sérieuse entente et la solidarité des marchands unis par de communs intérêts, l'Angleterre, qui voit ses grandes iles jetées dans un coin de l'Europe relativement reculé, tandis que Gènes, Trieste, Marseille surtout, qu'elle exècre, seront sur Tisthme même, sacrifie volontiers le temps qui, de nos jours, est si précieux, et l'argent qu'elle aime avec passion, pour empêcher les autres de s'enrichir.

Cependant que d'intérêts vastes et puissants elle-même n'a-t-clle pas dans l'accomplissement de ce grand travail! Le voici réalisé, et elle est à brève distance de l'Inde, rapprochée de Maurice, du Cap, de Ceylan, de la Chine et surtout de son Australie et de sa Nouvelle-Zélande. Pauvres indigènes, eux seuls n'y gagneront pas, et l'isthme pourra devenir un instrument plus actif encore pour hâter leur destruction. Le percement de Tisthme transporte Tiic anglaise au milieu du Pacifique et de la mer des Indes. Qu'on perce ensuitfe l'isthme américain et, de ses deux mains, elle touche les deux bouts du monde. Quelques jours suffisent à la traversée du globe, et alors quel prodigieux débit de coton, de nouveautés de Birmingham et de Manchesterl Les machines anglaises en grincent de joie.

Celte entreprise, que l'Angleterre détourne et repousse, c'est la France qui la protège, et a cela rien que

HISTOIRE DE USTllME. — LES PHARAONS. 5î)7

de simple et de naturel : quand une grande idée se produit par le monde c est à la France qu'elle revient de droit, elle est sa part. Outre cela, son désintéressement li'est pas complet. Ces avantages, que l'Angleterre trouve en si grande abondance, elle les partage, certes à un degré infiniment moindre. Mais Marseille, ses autres ports de la Méditerranée, TAlgérie sont mis en contact immédiat avec l'extrême Orient; la Réunion est à ses portes, et aussi la grande ile jadis française, Madagascar; ses nouvelles possessions de Cochinchine, les intérêts qu'elle développe en ce moment en Chine et au Japon, TAustralie, avec laquelle elle fait un grand commerce de laines, le monde entier est là devant elle, ouvert.

La France, intelligente et courageuse, a senti cela quand, en 1 859, elle a couvert presque à elle seule la liste de souscriptions que M. Ferdinand de Lesseps, le hardi entrepreneur, le persévérant ouvrier de cette grande tâche, trompé par TEgypte, repoussé par la Porte, entravé par l'Angleterre, a ouverte à tout ce qui pense et regarde autour de soi à travers le monde.

Avant de nous arrêter à celle entreprise, qui, peu à peu, surmonte tous les obstacles, parlons de ce que fit à Suez Tantiquilc. Ce fut le Pharaon Néchao qui conçut le dessein, 615 ans avant J. C, d'unir les eaux rouges du golfe Arabique aux flots bleus de la Méditerranée, à ces confins où l'Afrique et l'Asie mêlent leurs sables. Il fit entreprendre un canal qui devait joindre la ville do Suez au bras le plus oriental du Nil. Près

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5y.S IIISTOIKE DE L1STHME. -~ LES LAGIDES.

d'accomplir son œuvre, il écouta les prêtres de Tblgypte, qui vinrent lui dire que les eaux de la mer Rouge, bien supérieures de niveau à celles de la Méditerranée, se précipiteraient sur le Delta, inonderaient les champs fertiles, bouleverseraient ses villes, et feraient périr rÉgypte sous un effroyable cataclysme.

Darius, fils d'Hystaspes, fut moins circonspect; il ouvrit le canal, et les eaux de la mer Rouge se précipitèrent à travers les trente lieues du désert, portant le commerce, l'industrie, la vie, et n inondant rien. Le vieil Hérodote, ce curieux charmant qui visita toutes les merveilles, ce délicieux narrateur de tant de grands voyages, navigua sur le détroit, où passaient, rames dehors, deux tr'urèmes. On mettait quatre journées à faire le trajet. Le point de jonction avec la branche du Nil qui passé à Péluse se trouvait à Tancienne Bubaste, un peu au nord de remplacement actuel du Caire, sur la rive orientale du Nil, Biibasleis sacra.

Les Lagides reconstruisirent ce canal, qui avait été délaissé et comblé par les sables sous les derniers rois persans. L'empereur Adrien le restaura au deuxième siècle de notre ère. Les tourbillons de sable entraînés par le vent le remplirent de nouveau, et il resta intercepté jusqu'à la conquête de TEgypte par Amrou, lieutenant d'Omar. Ce fut ce calife, dans le désir pieux d'établir de fréquentes relations entre la sainte Mecque et la vallée du Nil, qui entreprit le rétablissement de Tœuvre des Pharaons. Celte fois, son point dejon.lion avec

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