BRUCE AU NIL BLEU
des régions inconnues, des tribus barbares. Il pénétra au sein de TAbjssinie, vasle contrée que dix explorateurs célèbres ont vue de nos jours, mais que de pauvres- jésuites portugais avaient seuls encore visitée. Enfin, après bien des peines et des fatigues, F Anglais Bruce put croire qu'il avait touché le but de ses recherches. L'Europe proclama qu'il avait trouvé les sources mystérieuses, et lui-même se crut le droit d'écrire : « Enfin je suis parvenu à ce lieu qui a défié le génie, l'intelligence et le courage de tous les peuples anciens et modernes pendant plus de -trente siècles. Des rois à la tête de leurs armées essayèrent de le découvrir, et tous échouèrent. Renommée, richesses, honneurs, ils avaient tout promis à celui de leurs sujets qui atteindrait ce but envié, et pas un n'a pu l'atteindre. »
Quatre-vingt-cinq ans se sont écoulés depuis que Bruce célébrait ainsi sa gloire et son triomphe, et les sources du Nil, qu'il croyait avoir trouvées, nous les cherchons encore. Bruce avait vu les sources du Nil Bleu % et ce fleuve n'est que l'affluent du vrai Nil.
Au midi du Ueu où le voyageur français Frédéric Cailliaud retrouva, en 1821, l'emplacement de l'antique Méroë, sous le 15^ degré de latitude nord, le Nil, qui n'a encore reçu qu'un seul affluent, l' Atbara , sur sa rive droite,
*■ Bruce n était pas le premier Européen qui eût visité les sources du Nil Bleu. Un voyageur anglais a démonlré que l'honneur de cette découverte appartient aux jésuites portugais Pierre Paës et Jérôme Lobo. Dissertations de Ch. Beke dans le Bull, de la Soc. deGéogr. de Paris, mars, avril, mai 1848.