KHARTOUM
se divise en deux larges branches. L'une, la plus orien« taie, porte le nom de Bahr-el-Azrak ; elle coule en général sur un fond de roche, et sa limpidité lui a fait donner le nom de Nil Bleu. L'autre, Barh-el-Abiad, roule ses eaux dans un lit argileux qui leur communique une cou« leur laiteuse : c'est le Nil Blanc.
Le Nil Bleu traverse le lac Dembea ou Tsana, cou* tourne les montagnes de l'Abyssinie, arrose cette contrée dans sa partie méridionale et traverse le Fazogl et le Sennâr. Au confluent des deux fleuves s'élève la ville de Khartoum, que le vice-roi d'Egypte Méhémet-Ali fit bâtir vers 1824 pour assurer sa domination sur les régions situées entre les deux Nils. En 1829, Khartoum ne se composait encore que d'une trentaine de buttes en bois et en terre , mais cette ville a récemment pris une grande extension, et un voyageur anglais qui la visita il y a six ou sept ans, sir George Melly, ne lui donne pas moins de trente mille habitants, tous musulmans, moins une douzaine de juifs et une centaine de chrétiens attachés à la mission catholique que l'Autriche y entretient, et qui se compose de trois prêtres. c< Ces missionnaires, dit le voyageur, ont une jolie petite chapelle, une école composée d'une vingtaine d'enfants dont les visages offrent toutes les nuances, du blanc rosé au noir débène; presque tous savent lire et écrire, et parlent le français et l'italien. » Yiie de la rivière, Khartoum apparaît comme une longue muraille de terre surmontée de quelques
constructions; la résidence du gouverneur, l'ancien bâ-
10 EXPÉDITION DE MÉUÉMET-ÂLI.
timent de TÉtat, la chapelle et la mission catholique sont les plus apparentes. Autour des habitations s'étendent de vastes jardins plantés d'orangers, de grenadiers, de
figuiers, de bananiers, de cannes à sucre. Le bazar est
approvisionné de marchandises de Manchester. Audessous de Kharloum, à la distance d'un degré environ, se trouve la ville deSennaar, où fut assassiné, en 1 705, le Français du Roule, qui se rendait en Abyssinie comme ambassadeur de Louis XIY. Cette ville, autrefois la plus importante de toute la région, avait encore neuf mille habitants lorsque Cailliaud la visita; sa population a diminué depuis de plus de moitié par suite des ravages et des massacres de l'expédition égyptienne ainsi que par la fondation de Khartoum. Beaucoup de maisons détruites il y a une trentaine d'années n'ont été remplacées que par des huttes en terre et des cabanes de paille.
L'un des derniers explorateurs du Nil Bleu a été Méhéniet-Ali. Le vice-roi, séduit par l'espérance de trouver de riches mines d'or au Fazogl et au Bertât (ce pays est situé entre les deux Nils au sud du Sennaar), dirigea en personne une première expédition sur l'Azrak en 1859. Ses recherches demeurèrent sans résultats, et il dut reconnaître que l'or, qui forme en effet au Fazogl un objet de commerce important, provient de contrées plus lointaines. Toutefois, si le vice-roi n'atteignit pas le but qu'il s'était proposé, son expédition ne fut pas stérile : la géographie lui dut de nouveaux et précieux détails sur l'aspect des régions que le Nil Bleu parcourt.