AVENIR DE L'ESCLAVAGE
varie entre dix et vingt mille. La perte par morts et dé* sortions est évaluée à trente pour cent.
Peut-être un grand déploiement de forces pourrait-il frapper Tesclavage et le faire momentanément disparai- Ire de Zanzibar. Aussi les Arabes, exploiteurs de TAfrique^ ont en horreur les Anglais et leur abolition de la traite. Mais ce ne sont pas les etTets, ce sont les causes qu'il faudrait alteindie; autrement ni flottes, ni traités, ne pourront avoir raisoiv du trafic des hommes à la côte et bien moins encore dans Tintérieur. Dans les circonstances présentes, c'est en vain qu on essayerait de cicatriser celte plaie toujours saignante ; le remède n est pas dans la force, peut-être se Irouvera-t-il, à son heure, dans la persuasion, la douceur, la bienveillance des enseignements. Mais combien cetle heure est lointaine encore I Quelle misère, quelle dégradation, quelle négation de tous devoirs, de tous sentiments humains, de toute conscience, dans ce vaste continent ! Les tribus varices et nombreuses y vivent dans une permanente inimitié : le fort se jette sur le faible et il le vend à la première caravane qui passe. Une telle barbarie ne saurait être le dernier terme de la destinée de tant d'êtres humains ; c'est à nos sociétés, sans doute mieux douées, mieux élevées, plus favorisées, de relever ces malheureux hommes, de dresser leur visage vers Dieu et de leur enseigner leurs devoirs. L'énergie de la charité chrétienne ne semble pas incapable de ce miracle ; mais quel temps,
quelles séries de générations, quels efforts et quelle pa-
154 LES WAJIJI.
lience ne faudra-t-il pas pour opérer de si grands changements dans riiisloire actuelle du monde? Ne désespérons pas cependant, ce serait de la faiblesse ; et peut-être le redressement de tant de misère et d'horreurs se trouvera-t-il à la dernière étape de la marche que les hom. mes poursuivent sur cette terre; peut-être sera-ce le couronnement de l'œuvre qu'accomplit la civilisation.
Sur les bords du Tanganyika aussi bien que dans tout le reste du continent, les familles noires sont trèsdiverses et très-nombreuses; ainsi, dans cette région, on compte les Wajiji, les Wavinza, les Wakaranga, les Watuta, les Wahuha, les Wafipa. La science se perdrait à tenter l'explication de l'ethnologie africaine. Les Wajiji sont une population rude et très-barbare ; les chefs se couvrent les bras, la poitrine, le dos, de tatouages en lignes, en cercles, en raies entre- croisées. Ils se frottent d'huile ; la propreté n'est pas une verlu de l'Afrique; leurs cheveux coupés ras sont disposés en croissants; en ronds, en lignes elliptiques, en boutons. Ils ont trèspeu de poil sur la figure, et s'appliquent, hommes et femmes, de la terre rouge ou de la craie, ce qui les rend hideux. Les plus riches portent des étoffes de coton achetées aux caravanes ; les femmes revêtent une sorte de robe appelée tobé. Les pauvres gens portent des peaux de moutons, de chèvres, de cerfs, do léopards, de singes, attachées avec des cornes sur les deux épaules. Souvent ils y laissent la queue et les jambes, qui pendent derrière eux.. A Ujiji on fait un grand usage des filamenls