CHAPITRE DIX-HUITIEME
Les missions.
« Plus fait douceur que violence. » Les missions au Congo sont appelées à suivre cette maxime et à exercer leur influence, non par la force, mais i)ar la persuasion. Ce que veulent communiquer à « leurs frères noirs », dans la mesure accessible à la mentalité des races inférieures, les hommes de dévouement désintéressé qui vont loin de leur pays évangéliser les peuples primitifs, c'est le don i)acifique d'eux-mêmes, avec toutes leurs supériorités intellectuelles et morales. A ce titre, leur œuvre s'imi^ose à tous les resi)ects.
Le spectacle des merveilleux moyens matériels d'action dont notre siècle est justement fier ne doit pas nous faire oublier, il nous rappelle au contraire que les idées sont des forces. Et la vivacité des luttes d'oi)inion qui
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surgissent dans les États civilises ne doit l)as nous faire méconnaître la force des idées et des institutions chrétiennes comme instruments de civilisation des races plongées dans la barbarie. « L'histoire démontre que le christianisme possède une vertu particulière l)our retirer de la barbarie les races incultes et leur faire franchir rai)idement les premières étapes de la civilisation (i). »
La puissance d'expansion des peuples de civilisation avancée s'accuse de nos jours dans d'immenses proportions et prend une envergure mondiale. La question de l'influence de cette civilisation sur les peuples primitifs se pose dans des conditions fort différentes de celles qui ont présidé autrefois aux rai)ports entre civilisés et non-civilisés dans les contrées américaines et australiennes, où le contact de la civilisation a été mortel aux races autochtones. Autant l'extermination était dans l'intérêt des colons d'Amérique et d'Australie en vue de la possession des teiTes arables, autant le principe du vieux droit de conquête favorisait ce
(i) Bannlng, L'Afrique et lu Conférence géogruphique de Bruxelles, p. 148.
institutions et entreprises religieuses, scientifiques ou charitables créées et organisées à ces fins ou tendant à instruire les indigènes et à leur faire comprendre et apprécier les avantages de la civilisation.
» Les missionnaires chrétiens, les savants, les explorateurs, leurs escortes, avoir et collections seront également l'objet d'une protection spéciale. ))
Donc i)rotoction à toutes les institutious civilisatrices formées aux fins que rappelle la Conférence, et cela sans distinction de nationalités ou de cultes. Protection si^éciale à trois grandes catégories de pionniers de la civilisation en Afrique : les missionnaires chrétiens, les savants, les explorateurs. L'auteur de cette dernière suggestion, M. le comte de Launay, plénipotentiaire d'Italie, a justifié sa motion comme suit : « C'est aux savants, aux explorateurs que nous sommes redevables des merveilleuses découvertes faites dans ces dernières années en Afrique. Les missionnaires i^retent, de leur côté, un l)récieux concours i)our gagner ces pays à la civilisation inséparable de la religion. Il est de notre devoir de les encourager et de les protéger tous dans leurs recherches et expéditions i3résentes ou ultérieures, et dans une
œuvre où leurs efforts se combinent et se complètent. »
Sur une remarque faite par M. le baron Lambermont « que le principe de la séparation de l'Église et de TÉtat, appliqué par certains gouvernements, leur i^ermet bien de se dire prêts à i)rotéger, mais non à aider les entreprises religieuses, qui sont du seul ressort de l'Église », la Conférence a cru ne pouvoir imposer comme un devoir international commun aux puissances, l'obligation de prêter une assistance directe aux travaux des missions. Il résulte de là que protéger est de devoir international, mais assister demeure dans le domaine du droit national où les divers gouvernements peuvent résoudre ce. point à leur convenance, à la condition d'assurer à tous les cultes le régime de liberté si)écialement i^rotégée qui leur est en tous cas garanti.
L'État indépendant du Congo a toujours considéré la collaboration des missionnaires chrétiens « comme indisj^ensable à la réalisation de ses vues (i) ». Un de ses premiers
(i) Rapport de M. le baron van Eetvelde au Roi-Soiwerain, 25 janvier i8<)7.
soins fut (le se préoccuper de révangélîsation de ses domaines.
Les premières missions qui s'établirent dans le territoire relevant actuellement de rÉtat du Congo furent des missions protestantes. C'est en 1877 que s'établit dans le Bas-Congo la Buptist Missionary Society, de Londres. En 1879, la Livingstone Inland Mission s'établit dans les mêmes parages. Son but était de pénétrer à l'intérieur aussi loin que possible, mais elle se borna à quelques postes et finit par se fusionner avec une autre société de missionnaires. Puis vinrent la Loiidon Missionary Society qui eut deux postes sur le Tanganika, mais les transféra plus tard en territoire anglais; V American Baptist Missionary Union, qui remonte à i883 et qui engloba la Livingstone Inland Mission ; V American Presbyterian Congo Mission, la Fopeign Christian Missionary Society, la Bishop Taiïor Self-Supporting M ission.V International Mission Alliance, la Congo Balolo Mission, la Swedish Missionary Society et la Giiaranze Mission.
Toutes ces missions ont de considérables mojens d'existence et leurs représentants sont nombreux. La plus ancienne, celle des
BaiDtistes anglais, est demeurée la plus l)uissante avec celle des Baptistes américains, la Balolo et V International Mission Alliance.
D'après les renseignements contenus dans un travail récent intitulé Oiir Mission on the Congo, par le D*" Harry Guinness, missionnaire (1), il y a aujourd'hui 211 missionnaires protestants au Congo. Il y a en outre 283 évangélistes et v327 catéchistes indigènes. 11 y a 40 stations principales et 192 postes de missions; 6,52i communicants et 1,470 catéchumènes. La fréquentation des écoles du dimanche réunit 5,64i indigènes et l'école journalière 10,162. .
En ce qui concerne la religion catholique, les premières missions fondées au Congo furent celles des Pères blancs cV Afrique du cardinal Lavigerie, et celles des Pères du Saint-Esprit. Ces derniers ont émigré en territoire français. La branche belge des Pères blancs d'Afrique conserve le vicariat apostolique du Haut-Congo en vertu d'un bref du Saint-Siège du 3o décembre 1886.
(1) Thèse Thiutv Yeaus, si)eeial uiiiuber, Jmuiarv & February 1903, Our Mission on the Congo, h\ D** IlAltRY Guinness, p. 38.
C'est le 8 mars 1888 que fut créé le vicariat apostolique du Congo belge, confié aux Pères de Scheiit, et qui comprenait à l'origine tout le territoire, sauf la partie réservée aux Pères blancs de Belgique.
D'autres congrégations se partagent aujourd'liui avec Sclieut l'évangélisation des territoires. Ce sont : la Compagnie de Jésus qui, par décret de la Propagande, s'est vu assigner, en date du 8 avril 1892, le Kwango oriental, érigé en j^réfecture apostolique, le 3i janvier 1908; les Chanoines prémontrés de V abbaye de TongerloOy qui ont charge de la i)réfecture apostolique de rUele, créée le 12 mai j8g8; les Trappistes ; les Rédemptoristes ; les Prêtres du Sacré- Cœur,
Diverses congrégations de religieuses collaborent à l'œuvre de l'évangélisation :
Les Sœurs de Notre-Dame dç Xamur; les Sœurs franciscaines, missionnaires de Marie ; les Sœurs de la Charité, de Gand ; les Sœurs du Sacré-Cœur de Marie, de Berlaer-lez- Lierre ; les Sœurs trappistines et les Sœurs blanches, du cardinal Lavigerie.
D'ai)rès un tableau récent dressé par le Mouvement des missions catholiques au
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Congo (i) et complété en quelques points demeurés sans indications suffisantes, le personnel des missions comprend iigin'êtres, 41 frères coadjuteurs et 84 sœurs, soit un total de 244. T^<?s missions dans leur ensemble comptent 18,978 chrétiens, 24,781 catéchumènes et 5,5i5 enfants.
li'État favorise les missions en leur donnant la jouissance des terres nécessaires aux cultures et par Toctroi de subsides ou de réductions d'impôts. Nous avons déjà signalé ce dernier jjoint au chapitre : Dea Finances. Les instructions données aux agents leur prescrivent d'aider par tous les moyens en leur pouvoir Tessor et la i)rospérité des missions et Ton trouve, dans les diverses revues qui servent d'organes aux œuvres d'évangélisation, nombre de témoignages par les(iuels les missionnaires des diverses confessions rendent hommage à Tappui efficace qu'ils rencontrent auprès du gouvernement et de ses agents.
Au commencement de janvier de cette année, la Société britannique des mission-
(ij Le moiwemenl des wissions catholiques au Congo, février iyo3, j). (ia.
iiaires baptistes est venue à Bruxelles, pour remettre au Roi -Souverain, une adresse exprimant ces mêmes sentiments de gratitude. Voici le texte de cette adresse :
« Le comité de la Société britannique des Missionnaires baptistes, de Londres, désire très lespectueusement exprimer i)ar la présent<3 adresse à Votre Majesté, en sa qualité de Souverain de TEtat indéi)endant du Congo, combien il apprécie et combien il est reconnaissant de la bienveillante et encourageante sympathie de Votre Majesté, pour tous les efforts sagement entendus, mis en œuvre i)our instruire et pour relever la condition de ses sujets indigènes habitant le territoire de rJÉtat indépendant du Congo...
» En i)oursuivant ces œuvres, le comité de la Société britannique des Missionnaires baptistes désire reconnaître avec gratitude les nombreuses et éclatantes marques d'encouragement qu'il a reçues de l'approbation et de l'appui de Votre Majesté, et, en ce moment surtout, il tient à Lui exprimer respectueusement combien il apprécie le grand avantage accordé a à toutes les institutions religieuses, scientifiques et charitables » par la léduction en leur faveur de 5o % des taxes directes et personnelles, à partir du i*^"^ juillet dernier, ainsi qu'il a été publié par l'ordre de Votre Majesté, dans les numéros de mai et juin ùu Bulletin officiel de VÉtat indépendant du Congo. Le comité y voit une preuve nouvelle et signi-
ficative du désir de Votre Majesté de rechercher le véritable bien-être de ses sujets congolais, et de seconder les progrès do toutes les institutions destinées à donner des résultats utiles et durables. »
Si