‹ L'Afrique nouvelle;Chapitre 69 sur 187 · CHAPITRE TROISIEME Les critiques révisionnistes · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME Les critiques révisionnistes

De grandes œuvres telles que celles de la Conférence africaine de Berlin et de la Conférence antiesclavagiste de Bruxelles, ne peuvent écliaijper à la critique, soit en ellesmêmes, soit dans l'ai^plication qui en est faite. Elles ne donnent pas toujours à tous les intérêts, quels qu'ils soient, tous leurs apaisements ; elles ne réalisent i)as toujours à bref délai toutes les attentes. De là des Ijlaintes, souvent sans grand fondement, et des récriminations parfois sans mesure.

Les critiques concernant la teneur et Tapplication des Actes de Berlin et de Bruxelles n'ont pas manqué. Elles ont même pris chez d'aucuns, d'une manière assez inconsidérée, selon nous, un caractère révisionniste. Elles ont porté tour à tour sur la

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partie humanitaire et sur la partie économique des grands Actes que nous venons de rappeler.

En ce qui concerne la partie humanitaire, sans méconnaître que toute œuvre humaine est perfectible, nous sommes portés à penser qu'il serait bien difficile de faire mieux que ce qui a été fait. Veut-on imposer aux nations colonisatrices l'abolition absolue et sans ménagements de Tesclavage, dans les pays de première pénétration civilisatrice ? Entend-on leur imposer sur Tlieure la réforme radicale des mœurs indigènes? S*agit-il de leur accorder réciijroquement, sur leurs territoires respectifs, des droits incompatibles avec rindépendance de chacune d'elles ? Prétend-on les rendre responsables de méfaits individuels que leur police, si vigilante qu'on la suppose, ne parvient pas toujours à prévenir et que leur justice s'efforce sincèrement de réprimer? Ou bien, croit-on qu'il soit possible de i)rocédcr ne varictiir en toutes matières à quelque réglementation détaillée du traitement à observer par les nations colonisatrices à l'égard des poimlations indigènes? Ceux qui savent combien il est difficile d'aboutir dans les négociations

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internationales considèrent certains résultats obtenus comme inespérés : sont-ce ces résultats que Ton ne craindrait pas de compromettre ?

En ce qui concerne la partie économique des grands traités en question, les difficultés en perspective sont bien plus grandes encore. Pense-t-on qu'il soit i)ossible de faire i)révaloir dans une assemblée des i^uissances des revendications aussi outrées et aussi imi^raticables que celles qu'ont formulées certains commerçants en ce qui touche le bassin conventionnel du Congo, et qu'un éminent liomme d'État français, M. Etienne, a cru pouvoir résumer en ces termes : « La maison est à moi, c'est à vous d'en sortir (i). » Croit-on, au point de vue du i)assé, que certains pays qui ont disposé, par voie de concession, de tout leur domaine colonial dans le bassin du Congo, consentiraient à rétroagir et à biffer d'un trait les concessions faites avec les droits acquis qui en résultent? Suppose-tron, au i)oint de vue de l'avenir, qu'aucun compte ne devrait être tenu du cliangement complet des situations et de

(i) Voy. Belgique coloniale, 2G jauvicr igoS.

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tous les progrès survenus dans le bassin conventionnel depuis i885? Peut-on admettre que les questions soulevées ne viseraient point, conformément à une indéniable équité distributive, par delà le bassin conventionnel, toutes les situations similaires à la situation actuelle, en Afrique et peut-être ailleurs? Imagine-t-on que Ton tombe facilement d'accord sur tous ces points et sur bien d'autres encore qu'il est inutile de relever ? Il est facile de parler de dénonciation et de re vision de traités, lorsque les avantages concédés sont mutuels ; mais pour les parties qui ont tout obtenu, sans accorder des prestations réciproques, considère-t-on que la revision soit une procédure recommandable? Sur un i)oînt i)eut-etre, un perfectionnement imi^ortant i)ourrait être apporté, s'il était agréé par tous, à l'Acte de Berlin, nous l^arlons de l'extension à donner aux prévisions d'arbitrage. Le projet initial du gouvernement allemand à Berlin admettait dans cet ordre un large sj-stème, qui n'a échoué, si nous avons bon souvenir, que devant les résistances de la France. Les gages donnés depuis par cette dernière i^uissance et par plusieurs autres, notamment lors de la Con-

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férence de La Haye, à rinstitution de l'arbitrage, semblent de nature à faire espérer dans cet ordre et au point de vue des litiges africains, un accord possible. Encore ne faudrait-il pas trop faire fonds sur ce résultat et convient-il de constater qu'on i)eut l'obtenir i)ar voie de i^erfectionnement de l'Acte de La Haye, sans toucher aux Actes de Berlin et de Bruxelles.

On sait avec quel soin i)rudent les Conférences de Berlin et de Bruxelles ont écarté de leurs débats toutes les questions de territoire et de souveraineté. Des publicistes sans resixmsabilité, qui i)ourtaiit n'ignorent l)()int, apparemment, cette circonstance, n'hésitent pas à transformer la révision des Actes de Beilin et de Bruxelles en instrument de solutions, suivant leurs vœux, de questions territoriales. Comment apprécier pareille cami)agne? Il nous est difficile d'y voir autre chose qu'un moyen d'agitation peu recommandable.

Les questions coloniales sont, de toutes, les i)lus difficiles, les moins susceptibles de recevoir des solutions absolues. L'Institut colonial international l'a si bien compris que, lors de sa fondation, il a commencé i)ar

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stipuler qu'il n'aurait i)oint de doctrine propre. C'est ne point faire état de la sagesse et de la prudence des gouvernements que de sui)i)oser qu'ils songent à enquêter d'autorité sur leurs procédés colonisateurs respectifs ou à formuler un code de la colonisation. Les Actes de Berlin et de Bruxelles ont à I)eu i)rès réalisé ce qu'il est utile et i)ossiblo d'acconii)lir internationalement dans cet ordre. Le i)lus sage est assurément de n'y I)oint revenir, suilout i)our y introduire, comme d'aucuns Vont i^roposé, soit du bon qui ne serait pas neuf, soit du neuf qui ne serait i)as bon.

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