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LA GRANDE INITIATIVE. SON CARACTERE ET SA PORTÉE

Reconnaissons-le en exacte vérité : le problème africain dans toute son ampleur, c'est le roi Léopold II qui l'a regardé en face et nettement posé. Les destinées de l'Afrique nouvelle, c'est lui qui les a marquées. Les éléments d'une action méthodique convergente et intégrale, c'est lui qui les a déterminés et rassemblés, entouré de toutes les

lumières que pouvait projeter sur ce grand « desideratum » la présence à Bruxelles de nombreux explorateurs parmi les plus illustres, sies présidents des grandes Sociétés de géographie de TEurope, de savants et d'hommes d'État relevant encore le prestige de la mémorable Conférence géograi)hique internationale du 12 septembre 1876.

Le 12 septembre 1876 : voilà une date qui doit demeurer gravée es cœur de tous les amis du progrès humain. Plus on s'avancera sur la route du temps, plus elle brillera d'un éclat vainqueur. La Belgique, où les vingtcinquièmes anniversaires sont si en honneur, aurait i)u se souvenir récemment de cette date mémorable entre toutes. Si l'Afrique de l'avenir avec ses millions de noirs rachetés de la barbarie, avec ses chemins de fer et ses télégraphes, avec tous les progrès matériels et moraux dont elle sera de plus eni)lus dotée, si le centre africain, dans sa richesse et dans son allégresse, célèbre un jour sur ses lacs et ses fleuves, dans ses vallées et sur ses montagnes, son grand Thanksgiving day\ la date de la Conférence de Bruxelles et le nom de Léopold II seront salués ce jourlà par les acclamations des i)euples faisant

écho au suffrage de l'histoire. Cet honneur est justice, cette gloire doit demeurer intangible.

Le caractère et la portée de l'initiative l^rise par Léopold II en 1876 peuvent être lumineusement constatés, les documents à la main.

« Jusqu'ici, » disait le Roi dans sa lettre d'invitation après avoir constaté que plusieurs exi)éditions, alimentées par des souscriptions particulières, s'étaient faites en Afrique et attestaient le désir que l'on avait d'arriver à un résultat important, « jusqu'ici les efforts que l'on a tentés ont été faits sans accord. »

« J'ai constaté récemment en Angleterre, » ajoutait-il, « que les principaux membres de la Société de géographie de Londres sont très disposés à se rencontrer à Bruxelles avec les présidents des grandes Sociétés de géographie du continent et les personnes qui se sont, par leurs voyages, leurs études, leurs goûts philanthropiques et leur esprit de charité, le plus identifiées avec les tentatives d'introduire la civilisation en Afrique. Cette réunion donnerait lieu à une sorte de Conférence dont l'objet serait de discuter en com-

mun la situation actuelle de l'Afrique, de constater les résultats atteints, de préciser ceux qui restent à atteindre. »

En inaugurant la Conférence, S. M. Léopold II marquait lui-même en ces termes le but à poursuivre :

« Ouvrir à la civilisation la seule partie de notre globe où elle n'ait i^oint encore pénétré, percer les ténèbres qui enveloppent des populations entières. »

a Discuter et préciser les voies à suivre, les moyens à employer pour planter définitivement rétendard de la civilisation sur le sol de l'Afrique centrale, (i) »

Et voici en quels termes l'assemblée, présidée par le Roi, formula les voies et moyens à emi)loyer dans cet ordre. La déclaration de la Conférence au sujet de stations civilisatrices est conçue en ces termes :

« Pour atteindre le but de la Conférence internationale de Bruxelles, c'est-à-dire explorer scientifiquement les parties inconnues de l'Afrique, faciliter l'ouverture des voies qui fassent pénétrer la civilisation dans Vintérieur du continent afri-

(i) Conférence géographique de Bruxelles, Compte rendu de la séance inaugurale du 12 septembre iS;!).

caiiiy rechercher les moyens pour la suppression de la traite des nègres en Afrique, il faut :

» i^ Organiser sur un plan international commun l'exploration des parties inconnues de l'Afrique en limitant la région à explorer à l'orient et à l'occident par les deux mers, au midi par le bassin du Zambèze, au nord par les frontières du nouveau territoire égj'ptien et le Soudan indépendant. Le moyen le mieux approprié à cette exploration sera l'emploi d'un nombre suffisant de voyageurs isolés partant de diverses bases d'opération ;

» 2** Établir comme bases de ces explorations un certain nombre de stations scientifiques et hospitalières, tant sur les côtes de l'Afrique que dans rintérieur du continent.

» De ces stations, les unes devront être établies en nombre très restreint sur les côtes orientale et occidentale de l'Afrique, aux points où la civilisation européenne est déjà représentée, à Bagamojo et à Loanda, par exemple. Les stations auraient le caractère d'entrepôts destinés à fournir aux voyageurs des moyens d'existence et d'exploration. Elles pourraient être fondées à peu de frais, car elles seraient confiées à la charge des Européens résidant sur ces points.

» Les autres stations seraient établies sur les points de l'intérieur les mieux appropriés pour servir de bases immédiates aux explorations. On commencerait l'établissement de ces dernières stations par les points qui se recommandent dès

aujourd'hui comme les i)lus favorables au but proposé. On pourrait signaler, par exemple, Udjiji, Nyangwe, la résidence du roi ou un point quelconque situé dans les domaines de Muata-Yamvo. Les explorateurs pourraient indiquer i>lus tard d'autres points où il conviendrait de constituer des stations du môme genre.

» Laissant à l'avenir le soin d'établir des communications sûres entre les stations, la Conférence exprime surtout le vœu qu'une ligne de communications, autant que possible continue, s'établisse de Tun à l'autre Océan, en suivant approximativement l'itinéraire du commander Cameroji. La Conférence exprime également le vœu que dans la suite s'établissent des lignes d'opération dans la direction du nord-sud.

» La Conférence fait appel dès aujourd'hui au bon vouloir et à la cooj^ération de tous les voyageurs qui entreprendront des explorations scientifiques en Afrique, qu'ils voyagent ou non sous les auspices de la Commission internationale instituée par ses soins. »

Ainsi, rexploration inotliodique avec création de stations hospitalières et scientifiques comme point de départ, la civilisation avec la supi)ression de la traite comme fin, telle était la tache en vue de laquelle la création d'un organisme nouveau était jugée nécessaire.

La Conférence estima que Tinstitution

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d'une Commission internationale (l*exi)loration et de civilisation de l'Afrique centrale, secondée par des Comités nationaux, rentrait dans les moyens pratiques de nature à faciliter le résultat. L'action i)roi)rement dite fut confiée à un Comité exécutif composé du Roi des Belges comme président, de M. le D** Nactigal, de Sir Bartle Frère, qu'une mission de son gouvernement enleva bientôt à ces fonctions — il fut remplacé par M. Sanford —, de M. de Quatrefages et de M. le baron Greindl, secrétaire.

Parlant avec mesure de la situation de son pays, le Roi avait fait observer dans son discours d'installation que la Belgique était « heureuse et satisfaite de son sort », ajoutant cependant qu'il serait « heureux que Bruxelles devînt en quelque sorte le quartier général de ce mouvement civilisateur » .

Lorsqu'on parcourt les i)rocès-verbaux de la Conférence de Bruxelles, on est frappé du caractère à la fois sagement pratique et génialement précurseur des vues du Roi des Belges.

En même temps qu'il proposait l'établissement d'un système de stations permanentes,

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il en définissait le caractère. Elles devaient être des i)ostes hospitaliers ou de réconfort pour les explorateurs. Elles devaient être des observatoires scientifiques, des foyers de recherches géographiques, géologiques, climatériques, ethnographiques, dont la science profitât la première, i)uis après elle le commerce, Tindustrie, les missions et toutes les branches de l'activité humaine. Elles devaient être aussi des centres civilisateurs concourant par v^oie de rayonnement bienfaisant à procurer aux populations barbares des garanties de i)acification, certains moyens de se soustraire aux fureurs des traitants et quelque éducation technique à leur portée, comme acheminement à des mœurs moins grossières, à une culture plus humaine

Cette tâche était sans doute Tœuvre d'un avenir plus lointain, mais elle éveillait déjà les sollicitudes pendant que la Conférence portait son attention sur l'ensemble des facteurs économiques et moraux appelés à coordonner leur action à l'œuvre des stations permanentes, en vue du but civ^ilisateur nettement assigné comme terme aux efforts à déployer.

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Les plans divers mis en avant et discutés à la Conférence géographique internationale de Bruxelles pour réaliser le grand dessein du Iloi des Belges sont trop oubliés. Se souvient-on dans le public de Tenvergure grandiose de l'un d'eux qui, après avoir tracé une ligne de communications entre les deux côtes orientale et occidentale de l'Afrique, de Bagamoyo à Saint-Paul de Loanda, greffait perpendiculairement sur elle trois tronçons, vers le Congo, vers le Nil, vers le Zambèze, et reliait les sections terrestres de ces deux dernières voies au moyen de bateaux à vapeur lancés sur le Nyassa, le Tanganika et le Victoria-Nyanza (i)? L'Angleterre au moins n'a point perdu de vue l'importance économique et politique de cette conception. La Conférence s'arrêta après examen à un objectif immédiat plus accessible, consistant à exl)lorer les parties encore inconnues de l'Afrique équatoriale, à établir d'abord sur le littoral de l'Océan Indien et de l'Atlantique des points d'appui d'exploration, puis à marquer à l'intérieur les postes d'Udjijî, de

1; Conférence géographique de Bruxelles, Rapport présenté par Sir Henry Rawlinson. Compte rendu, p. 19.

l6 LES PROBLÈMES DE L'aVBXIR

Nyangwe et une troisième station dans les États de Muata-Yamvo, — en formulant le vœu, comme nous l'avons v\i, que ces postes fussent reliés par une ligne de communications « autant que possible continue », et que d'autres lignes fussent ouvertes dans la direction du nord au sud. L'entreprise avait ainsi un point de convergence précis sans exclure des travaux i)lus lointains et en réservant les éventualités de Tavenir.

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