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L'Afrique occidentale française

Formation de l'Afrique occidentale française. — Le Gouvernement général. — Les six colonies du groupe. — L'organisation de la colonie et du cercle. — Le personnel administratif. — Rôle et existence de l'administrateur. — Le personnel indigène. — Les territoires militaires. — L'impôt. — Assimilation et association.

L'Afrique occidentale française! Combien de Français en connaissent l'étendue et les limites? Combien savent que notre pays possède là un immense empire de 4 600 000 kilomètres carrés, près d'un sixième de la superficie totale du continent africain, peuplé d'environ 12 millions d'habitants, qui fait sur la carte une large tache de même couleur marquetée çà et là, sur la côte, d'enclaves étrangères, allant du golfe du Bénin au cap Blanc et rejoignant au nord le Maroc, l'Algérie, la Tunisie. Grâce à sa richesse agricole et minière, à ses populations vigoureuses et dociles, à sa proximité de la mère patrie, ce bloc formidable est déjà

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en train de devenir la plus belle de nos colo:

Aucune puissance étrangère ne peut empêcher son .nsion. Quand les trains circuleront entre Oran, Igli et Tombouctou, nous serons les maîtres de l'Afrique du Nord tout entière

Cet empire s'est constitué peu à peu, par l'agL mération successive, continue, méthodique de nouveaux territoires obtenus par une politique vigilante et patiente et gagnés, à peu près tous, par le sang de nos soldats. Il y a longtemps que les Français se sont montrés pour la première fois sur la côte occidentale d'Afrique. Dès le xive siècle, des Dieppois et des Rouennais avaient déjà installé des comptoirs au cap Vert, à Rufisque et même au delà de Sierra Leone. De 1470 à 1626, les Portugais, les Français et les Anglais envoient un grand nombre d'expéditions sur cette partie du littoral et se font les uns aux autres la guerre de corsaires. Notre vieux Sénégal, appelé à devenir le noyau de l'Afrique occidentale française, est la plus ancienne de nos colonies. La première compagnie normande s'y établit en 1626. Puis, à la veille du xvm« siècle, André Brue fonde la Compagnie royale du Sénégal, Cap Nord et côte d'Afrique. Bientôt, le pouvoir royal va s'occuper lui-même de l'administration du pays et y envoyer des gouverneurs. Petitsmaîtres transplantés de Versailles, Lauzun et Boufflers, malgré la poudre à la maréchale qui

L OR G AN! SA TION A DM INI S TRA Tl VE.

couvre leurs cheveux, donnent d'admirables exemples d'énergie et de courage dans ces régions incultes où la mort fauche à grands coups et où les guerres européennes viennent s'ajouter à tous les périls africains. L'Anglais s'acharne contre notre jeune colonie. De 1758 à 1814. les murailles brunes de Gorée sont criblées de boulets. Enfin, le traité de Paris rend le Sénégal à la France. Peu après, tandis que nous nous maintenons à grand'peine contre les Maures Trarza, des postes s'élèvent à Bakel et à Dagana. Bientôt va paraître l'homme admirable à qui la France doit son influence et ses premières conquêtes dans ces régions, le véritable père du Sénégal et de l'Afrique occidentale française : Faidherbe.

Avec lui, notre action politique s'organise. Le nouveau gouverneur se tient en rapports constants avec les chefs indigènes. Quand les moyens pacifiques sont impuissants, la poudre parle. Après quatre ans de guerre, les Maures Trarza et Brackna sont rejetés sur la rive droite du Sénégal où désormais ils seront contenus. En même temps, il a fallu résister à l'armée fanatique du prophète El-Hadj Omar. Médine subit un siège héroïque. Mais, à force d'efforts et de persévérance, la paix règne, les traités se signent, le nom de la France est respecté et craint sur une étendue de 600 000 kilomètres carrés, alors qu'à l'arrivée de Faidherbe le

ne comprenait que quelques comptoirs mal défendus. La rout.' est ouverte vers le Soudan m terieux où l'explorateur Mage a poussé jusqu'à Ségou.

la même époque, la France plante son drapeau sur d'autres points du littoral. Des tra

:>ar nos marins, au xvne siècle, avec des chefs de la Côte d'Ivoire, nous y assuraient la pos- -.on de comptoirs. En 1842, des postes sont édii ind Bassam et Assinie. Nous avions,

depuis le xvme siècle, un établissement au Dahoà Ouidah. De 1857 à 1864, nous y occupons Grand Popo, Porto Novo et Cotonou. Nous avions ainsi deux points d'appui : l'un à l'ouest, l'autre au sud. C'est de ces deux côtés que va partir le mouvement logique et méthodique d'expansion. Car la conquête de l'Afrique occidentale n'a pas été une suite de hasards heureux. Elle est le résultat d'une pensée unique, consciente et forte, d'un plan mûrement réfléchi et dont la réalisation fut patiemment poursuivie. Malgré les difficultés et les périls, malgré les fâcheuses inspirations de l'incohérence parlementaire, malgré l'insuffisance des ressources, le dénuement et l'abandon où on laissa trop souvent les hardis propagateurs de notre action colonisa- . explorateurs et soldats accomplirent leur tâche avec une prévoyance, une sagesse, un esprit lucide, ordonné et clair qui porte l'empreinte du

L'ORGANISATION ADMINISTRATIVE

génie latin. Ils y ont joint d'admirables fastes de vaillance qui, venant peu de temps après la défaite encore douloureuse, ont apporté à la patrie une poussée de réconfort, de fierté et d'espoir.

En 1879 s'ouvre la période des grandes missions et des colonnes du Haut-Fleuve. L'histoire de la conquête entre dans une nouvelle phase de suractivité. Olivier de Sanderval parcourt pacifiquement la Guinée et arrive à ïimbo. la ville sainte, au cœur du Fouta-Djallon. Mais c'est le sabre à la main et à la tête d'importantes colonnes que Borgnis-Desbordes, Combes, Frey, Gallieni, Archinard, Humbert, Bonnier, Binger se frayent un chemin à travers les hauts herbages de la vallée du Niger ou les immenses forêts vierges silencieuses de la Côte d'Ivoire. Pendant vingt ans, le sang français arrosera largement le sable avide, mêlé au sang généreux des soldats noirs, tirailleurs et spahis sénégalais qui se ruent à l'attaque avec une ardeur de démons. C'est tour à tour la prise de Bamako, Ségou, Kankan, Bandiagara, Djenné, Mopti, Tombouctou. C'est la guerre avec Ahmadou et le commencement de la lutte à outrance avec le terrible Samory, l'Achille et le Napoléon des Noirs. C'est le massacre de la colonne Bonnier à Takoubao qui, après tant de combats heureux, plonge la France dans une cruelle stupeur. Ce sont les brillantes opérations de Moiiteil à la Côte d'Ivoire qui nous

assurent la possession du pays et ouvrent une communication entre la vallée du Niger et l'Océan.

Une autre voie de pénétration vers le Soudan g'ouvrait par le Dahomey. Nous occupions quelques points de la côte et le protectorat de la France résultait de plusieurs traités. Mais le roi d'Abomey, Behanzin. avait cherché à plusieurs reprises à s'opposer à notiv établissement. Une première campagne en 1890 aboutit à un traité. Puis, Behanzin n'ayant pas tardé à manquer à la parole donnée, une seconde expédition est entreprise sous les ordres du colonel Dodds. Les Dahoméens sont défaits à Dogba et dans une série de combats meurtriers; Abomey est pris, Behanzin capturé. Pendant qu'on achève la pacification de cette nouvelle colonie, des colonnes poursuivent la conquête du Soudan, descendent vers le sud, poussent à l'est vers le Tchad. Caudrelier, Voulet et Chanoine, Audéoud. Klobb, Crave, Cazemajou, Foureau et Lamy font des merveilles d'audace et d'endurance. En même temps, il faut abattre l'insolence farouche de Samory, de ce rapace de la brousse qui va, semant la ruine, les déprédations et la mort et qui a mis le siège devant Kong. Après une lutte sanglante et féconde en péripéties, Samory est pris par le capitaine Gouraud. En 1902, la conquête du Soudan était achevée, mais, ùopuis lors, des

L' OR GANISA TIOX A DMIXIS TRA TI VE.

colonnes et des missions n'ont cessé de rayonner à travers les hinterlands qui relient les différentes colonies constituant notre Afrique occidentale. Coppolani est mort au champ d'honneur, après avoir occupé au nom de la France tout le sud de la Mauritanie. Il avait dit : « Celui qui tient les palmeraies tient les nomades, v Mettant à exécution cette parole si profondément juste, le colonel Gouraud, après sa brillante campagne de 1909, fit flotter les trois couleurs dans cet Adrar que les Maures jugeaient impénétrable. Enfin, la mission si admirablement conduite par le capitaine Tilho a achevé de faire du Tchad un lac français.

Tout en poursuivant notre pénétration, nous faisions reconnaître nos droits par nos voisins anglais, allemands et portugais, en leur accordant des compensations parfois excessives. Ces conventions ont permis à notre expansion de s'étendre librement vers l'intérieur et de faire de l'Afrique occidentale française un bloc qui rejoint notre Congo au Tchad par Zinder, l'Algérie par Tombouctou et toutes les colonies côtières du groupe par leur hinterland. Les opérations de délimitation visà-vis des puissances étrangères ont été soigneusement exécutées. « La France a voulu savoir où s'arrêteraient ses droits et ceux de ses voisins : elle a borné le sol qu'elle voulait féconder avec le scrupule quasi-religieux que, dans l'ancienne

L'AFRIQUE OCCIDENTALE FRANi AISE.

Rome, le propriétaire mettait à fixer l'étendue de son champ et la cité :.aitre la surface que

son enceinte devait embrasser1. »

En Afrique occidentale, la France se trouvait donc maîtresse de cinq colonies : le Sénégal, le Soudan, la Guinée française, la Côte d'Ivoire et le Dahomey. Un décret du 15 octobre 1904 a institué, à côté d'elle, le territoire civil de la Mauritanie auquel on joignit plus tard les régions militairement occupées de l'Adrar. Ces colonies devaientelles être administrées isolément? Devait-on les laisser chacune à leurs propres forces, faire de chacune d'elles un organisme séparé, sans lien avec ses voisines? Il semble, au contraire, que leurs frontières communes, la similitude de race, de religion, de mœurs chez leurs habitants, l'identité de leurs besoins, la communauté de leurs Intérêts, tout enfin, commandait de les réunir dans une sorte de fédération qui leur permettrait, tout en conservant leur autonomie, de se pénétrer et de s'aider mutuellement et de former un tout cohérent et harmonieux au point de vue économique et financier, sous la direction suprême d'une autorité centrale unique. Cette autorité, c'est le Gouvernement général institué en 1899, mais définitivement constitué par le décret du 18 octobre 1904

1. Dachéne, 1 Afrique occidentale française. (Revue politique et parlementaire, 10 juillet 1905.)

M. WBRLAUD-PONTY, fiOUVERNBOR GENERAL DE L AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE. — CLICHÉ PIRoU. Rli; ROYALE.

lUVERNEMENT GENERAL A DAKAIt.

'Afrique Occidentale Française.

FI. t, pagf S

L'ORGANISA TIOX ADMINISTRA TIVE

avec des moyens suffisants, un crédit possible et des pouvoirs efficaces.

En 1900, on a retranché du Soudan français disloqué une assez forte part de sa superficie au profit des colonies limitrophes du Sénégal, de la Guinée, de la Côte d'Ivoire et du Dahomey et on l'a réorganisé sous le nom de colonie du Haut-Sénégal et Niger. C'est donc sur ces cinq unités territoriales bien tranchées et sur la Mauritanie que s'exerce l'autorité considérable du gouverneur général de l'Afrique occidentale française. Il est pour elles un organe de haute direction, mais surtout de liaison et de contrôle. Son action coordonne et dirige vers un but commun celle des gouvernements locaux à laquelle elle ne doit pas se substituer. C'est du Gouvernement général que part la méthode d'ensemble, la propulsion qui donne aux différentes colonies un mouvement non pas uniforme, mais homogène et harmonieux. Il est le cœur qui anime les différentes parties d'un corps d'une même vie où tous les membres sont solidaires, tout en gardant leur indépendance. On peut le considérer aussi comme un gérant d'intérêts généraux, car il dispose d'un budget dit budget général, par opposition au budget local de chaque colonie. Ce budget pourvoit à des dépenses déterminées dont les principales sont la dette et les grands travaux publics. Sa recette la plus importante lui vient des droits de

douane perçus dans toute l'étendue de L'Afrique

occidentale française. Avec ses pouvoirs définis, ses moyens propres, sa presque totale indépendance, l'institution du Gouvernement généra] repré- ■ un grand progrès sur le passé et met nos colonies à l'abri des décisions contradictoires de ministres trop souvent éphémères et changeants. On a eu tort de l'affaiblir, de la paralyser, en créant :é d'elle un contrôle financier confié aux mains d'un fonctionnaire de l'Inspection des finances. Ce contrôle en effet ne peut être qu'inefficace ou gênant. Bien autrement heureuse pourra être sur le gouverneur général l'influence du Conseil de gouvernement qui se compose des gouverneurs de colonie, des chefs de service généraux, de hauts fonctionnaires et d'habitants notables et qui tient au moins une session par an. Le Conseil de gouvernement arrête les budgets et l'impôt, statue sur toutes les questions financières, donne des avis sur tout ce qui intéresse la colonisation. Le gouverneur général exécute seul sous sa propre responsabilité. Le gouverneur général réside à Dakar, dans cette ville si admirablement située, si vite poussée et développée, avec toutes ses constructions neuves, ses rues droites et spacieuses, ses deux ports. Du quai où vient de nous débarquer le paquebot, ons un de ses boulevards ombreux, plantés de édratl au feuillage immobile dans l'air fluide.

L' ORGANISA TION AD M INI S TUA Tl VE.

L'animation règne. De nombreux passants circulent : fonctionnaires ou commerçants vêtus de drap pour la plupart, si l'on n'est pas en temps d'hivernage; militaires, dames en élégantes toilettes, Noirs des deux sexes drapés en d'amples vêtements de toile. Des charrettes anglaises roulent à grande allure, conduites par des gentlemen en casque blanc. L'aspect est gai, mouvementé. La température est fort peu accablante. Que devient alors la fameuse notation du 50o du thermomètre : chaleur du Sénégal? Une locution que sa généralité fait gravement mentir et qu'il faut changer au plus vite. Entre le quartier de l'artillerie aux murs peints d'ocre clair et le bâtiment rose entouré de larges vérandas des Secrétariats généraux, une large rue monte vers le plateau paisible et silencieux qui domine la ville et la mer. Prenons-la. Bientôt, sur la gauche, une grande construction apparaît, d'un blanc qui aveugle dans l'éclatante lumière africaine. Sous le campanile qui la surmonte, elle a peu l'apparence coloniale et rappelle plutôt le style des palais d'exposition. C'est le Gouvernement général. On l'a voulu monumental et imposant pour impressionner les indigènes et les étrangers si nombreux qui font escale à Dakar et pour symboliser, sur ce plateau que la mer enserre de trois côtés d'une large écharpe bleue, en face de Gorée, berceau de notre puissance en Afrique, ce qu'est de-

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