‹ L'Afrique occidentale françaiseChapitre 2 sur 34 · LA! >< ' MENTALE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA! >< ' MENTALE FRANÇAISE

ue aujourd'hui cette puissance qui ■•exerce sur

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l'Afrique occidentale française. Homme d'action tenace et méthodique, il a fait faire de grands progrôi aux régions soumises à son autorité supérieure. Les hommes et les choses lui en sont familiers, puisque, à part une période de service à Madaar, toute sa brillante et laborieuse carrière roulée au Soudan et au Sénégal. Il a débuté de façon quasi-militaire en qualité de secrétaire particulier du colonel Archinard, accompagnant les colonnes de 1890 et 1891, faisant le coup de feu, recevant une blessure et cité à l'ordre. Depuis lors, ce Soudan à la conquête duquel il avait participé l'a eu comme gouverneur et il y a fait apprécier les grandes qualités qui l'ont désigné pour la haute fonction de gouverneur général. C'est un actif que les déplacements à longue distance n'éliraient pas, un < broussard >, comme on dit làbas. Il aime à tout voir par lui-même, s'intéresse à tout et à tous et a recueilli partout où il est passé la sympathie des Blancs et la confiance des Noirs. S'il y a unité de direction pour l'action d'ensemble, chaque colonie garde, sous l'autorité et la responsabilité de son gouverneur, son initiative propre et sa liberté d'action. L'une d'elles possède une organisation spéciale : c'est le Sénégal où l'on

L'ORGANISATION ADMINISTRATIVE

trouve un régime politique inspiré par une conception des plus fausses prudemment abandonnée pour nos colonies nouvelles. Les quatre communes de Saint-Louis, Dakar, Gorée et Rufisque sont dites de plein exercice, ce qui confère à leurs habitants le droit d'élire un député, des conseillers généraux et municipaux. Droit déplorable dû aux considérations humanitaires qui étaient de mode vers 1848 et application absurde de la doctrine d'assimilation, de cette doctrine qui fait du Noir l'égal du Blanc et dont nous parlons un peu plus loin. Le Noir qui, hier encore, pratiquait l'esclavage, le Noir ignorant et barbare qui achète sa femme, ne connaît pas notre langue, ne sait rien de nos mœurs, le Noir vote ! Ou plutôt on le fait voter. Les pêcheurs de Guet-n'dar, pauvres gens qui vivent maigrement du produit de leur pêche, sont à Saint-Louis les arbitres des élections. Ils viennent voter par groupes disciplinés, sous le commandement des chefs indigènes convenablement rétribués, à l'avance, par le candidat. Et que de scandales, de tripotages éhontés, de truquages parfois divertissants! C'est un candidat qui s'ingénie à découvrir des électeurs non inscrits et qui en fait inscrire plusieurs centaines, moyennant une légère rétribution à chacun, cette inscription étant des plus faciles à obtenir. Ce sont de zélés partisans d'une candidature qui éteignent les lumières au moment du dépouillement

du scrutin. C'est un autre candidat ingénieux qui fait imprimer ses bulletins sur un papier reconnaissable au toucher si bien que le président de vote, son compère, ne veut recevoir qur oeux-là dans l'urne et en fait distribuer, d'autorité, à tous ces nègres électeurs incapables de déchiffrer un nom. Ajoutez à cela que cette introduction saugrenue de la politique dans la colonisation exerce la plus fâcheuse influence sur l'esprit des Noirs. L'orgueil naturel du Ouolof s'en accroît encore et dégénère en insolente jactance. L'agitation électorale se aie fréquemment à Saint-Louis et à Dakar par les cris de : « A bas les Français! » et « Le Sénégal aux Sénégalais! » Les Sénégalais dont il s'agit, ce sont les mulâtres qui constituent une puissance à Saint-Louis où ils ont accaparé un grand nombre des emplois du Gouvernement et tous les postes municipaux. Ils forment une imposante majorité au Conseil général du Sénégal qui, bien loin d'aider à l'action coloniale, y mit au contraire toujours obstacle. Toujours l'administration française a rencontré chez lui, déclarée ou sournoise, une opposition à tous les progrès : abolition de l'esclavage, construction des voies ferrées, constitution du Gouvernement général, pénétration en Mauritanie. Aussi est-on fortement en train de revenir de la chimère de l'électorat chez les Noirs. On n'osera malheureusement pas aller jusqu'à suppri-

L'ORGANISATION ADMINISTRA TIVE

mer le député du Sénégal, mais il se pourrait que le Conseil général fût prochainement supprimé ou du moins très modifié dans sa composition, notamment par l'adjonction de délégués des territoires non encore représentés qui seraient nommés par le gouverneur. Il faut en finir au plus vite avec un état d'esprit dont la contagion serait effroyable pour les populations de notre Afrique occidentale. La politique a détraqué et perverti le cerveau de nos indigènes de l'Inde et de la Martinique. Il n'est que temps d'arrêter au Sénégal l'indiscipline vaniteuse qu'elle engendre et qui faisait donner dernièrement par un instituteur noir de Saint-Louis à ses élèves cet ineffable sujet de composition : « Quelle est la procédure à suivre pour faire révoquer un gouverneur général? »

En dehors des communes de plein exercice qui sont, heureusement, l'exception, le Sénégal comprend des pays d'administration directe et des pays de protectorat. Dans les premiers, l'action administrative à tous les degrés est uniquement aux mains des fonctionnaires blancs. Dans les seconds, on a laissé aux Noirs leurs chefs naturels, chefs de village et chefs de canton, qui servent d'intermédiaire entre eux et l'administrateur placé à la tête du cercle. Cette dernière organisation, fort judicieuse et qui donne les meilleurs résultats, se retrouve à peu près exclusivement dans toutes nos possessions

d'Afrique occidentale. Néanmoins, dans des centres européens comme Konakrv. des municipalités ont été instituées. De même, les escales de traite telles que Louga, Tivaouane, Thiès, Kaolack, Ziguinchor. qui comptent un assez grand nombre d'Européens, ont été constituées en communes mixtes.

D'une manière générale, chacune des colonies est subdivisée en circonscriptions ou cercles. Il y en a environ une centaine dans toute l'Afrique occidentale française1. On a conservé autant que possible les vagues divisions territoriales qui existaient au moment de notre arrivée dans le pays. Auprès des villages et des cantons que nous avons trouvés, nous en avons créé de nouveaux. Dans chaque colonie, le gouverneur assisté du secrétaire général a surtout un rôle de centralisation, de contrôle et de représentation. Mais le véritable homme d'action, celui que connaissent presque exclusivement les Noirs, c'est l'administrateur à qui incombe la direction du cercle. Il y a un nom qui revient sans cesse dans la bouche des indigènes, sur la côte comme dans l'intérieur, dans les centres comme dans les postes isolés : « Le commandant! » Quel est cet officier supérieur si répandu ? Tout simplement, l'administrateur, et c'est par la persistance d'un souvenir des temps de conquête que ce civil reçoit

i. Il est impossible de donner le chiffre exact, car ces circonscriptions sont constamment remaniées.

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