‹ L'Afrique sauvageChapitre 102 sur 196 · PALABRE CHEZ LES ASHANGOS · texte numérisé non relu

PALABRE CHEZ LES ASHANGOS

vint à Niembouai, j'essayai de la renvoyer avec un régime de bananes, mais elle s’opiniätra à rester dans ma cabane, jusqu'à ce que j'eusse rempli ma promesse en lui donnant un morceau de viande. Elle répétait obstinément : Étava ! étava! (de la chèvre! de la chèvre!). Grâce à elle et à un interprète ashango, je parvins à saisir quelques mots de l’idiome des Obongos, et je les ai notés dans l’appendice de ce volume. On verra qu'une partie de leur vocabulaire est empruntée aux Ashangos. Cet idiome n'est au reste qu'un amalgame de leur langage primitif et de la langue des diverses tribus au milieu desquelles ils ont séjourné plus ou moins longtemps. On m'a dit que, de temps à autre, un des individus de cette peuplade la quittait pour venir vivre avec les Ashangos. Mes guides eurent l’obligeance de me faire savoir que si je voulais acheter un Obongo, ils ne demanderaient pas mieux que d'en attraper un pour me le donner.

4 Juillet. — Je trouve que les palabres sont assez fréquents chez les Ashangos. Un homme de Niembouaï avait eu un démêlé d'intérêt avec les habitants d’un autre village; ceux-ci vinrent à Niembouai pour voir s'il n'y avait pas moyen d’accommoder ce différend par quelque bonne transaction. — « Car, disaient-ils, vous autres, gens de Niembouai, vous êtes riches à présent que vous avez l'Esprit parmi vous. » Les plaideurs étant en présence, des anciens prirent tour à tour la parole pour chacune des parties, chaque orateur criant plus fort que celui qui l’avait précédé. Pour conclure, le chef de Niembouai donna au plaignant une chaine de grosses perles dont je lui avais fait cadeau.

Un autre Ashango vint ce même jour à Niembouai, amener un esclave à son beau-père, en payement de la fille qu'il avait épousée. Les discours échangés à propos de la remise de cet esclave ne durèrent pas moins de trois heures.

Dans une autre circonstance, un Ishogo vint réclamer un esclave en remboursement d’un neptune ! qu'il avait donné à crédit à l’un de ses amis de Niembouai. Quand il vit qu'on n'avait pas d’esclave à lui remettre, il entra dans une violente colère, protestant qu'il était las

4. Le neptune est un disque de cuivre d’une valeur de 3 à 4 shellings.

de jouer le rôle de dupe, et qu'il n’entendait pas être friponné en perdant son neptune.

Les observations astronomiques que je fis à Niembouai ne sont point, par malheur, consignées dans mon journal. Je vois seulement dans mes notes que le 4° et Je I Juillet, je pris la distance entre la lune et Jupiter. Le 4, le ciel se couvrit de nuages, et je perdis l’occasion de continuer mes observations. Lorsque la lune , Ja planète Salurne et l’Épi se trouvèrent assez bas dans le ciel pour se rencontrer avec l'horizon artificiel, les nuages s'interposèrent entre ces astres et

mes études.

3 Juillet. — Notre séjour à Niembouai fut prolongé de trois jours par la maladie de N S0Ma, un de mes fidèles Commis. J'avais payé le 2 de nouveaux porteurs ashangos, et j'eus quelque peine, après ces deux jours de retard, à les décider à partir avec moi, Sans augmentation de salaire 1.

Nous partimes à dix heures du malin, guidés par Magouga, un Personnage influent de Niembouai, dont j'avais été l’hôte pendant mon séjour dans ce village. Le chemin descendait peu à peu dans la vallée de l’Ouano, rivière qui se déverse dans l’'Odiganda. En suivant ses bords, à trois milles à l’est de Niembouai, je reconnus que nous étions descendus de plus de 600 pieds, et que le pays ne se trouvait plus qu'à 1285 pieds au-dessus du niveau de la mer. L'Ouano avait

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