VASTES FORÈTS
On voit aussi, sur le rivage, des prairies découpées cà et là; mais elles ne s'étendent pas bien loin dans les terres ; ce ne sont guère que des couches de sable que la mer y a déposées avec le temps.
Dans la vaste étendue de ces bois sauvages, les hommes sont disséminés en un grand nombre de tribus différentes. Mais s'ils s7 montrent rares, les animaux le sont bien plus encore. On n'y trouve point de bêtes de somme, de chevaux, de chameaux, d’ânes, ni de bestiaux. Les fardeaux y sont transportés à dos d’homme ou de femine. Les bêtes de somme ne pourraient vivre là, car la nature n°v répond pas à leurs besoins. Les seuls animaux domestiques que j'aie vus sont des chèvres et des poules. À mesure que j'avancais dans l'intérieur, le nombre des chèvres augmentait, mais celui des poules diminuait.
Je remarquai avec surprise l'absence complète des grands antmaux, qui se (trouvent en si grand nombre dans presque tout le reste de l'Afrique. Ni lions, ni rhinocéros, ni zèbres, ni girafes, ni autruches. On ne rencontre pas non plus d'élans ni de gazelles (espèces si répandues dans tout le continent africain). Les explorateurs du pays que j'ai parcouru y chercheraient vainement ces nombreuses troupes de bêtes fauves, si communes dans les récits des autres voyageurs de l'Afrique. Les grands carnassiers sont ici presque inconnus; On n'y trouve que le léopard et deux ou trois espèces de hyènes et de chacals. Les petits animaux nocturnes sont très-communs, mais il est difficile de les prendre.
Les lézards abondent dans ces régions. Rien de plus amusant à observer que la chasse qu'ils font aux insectes. J'ai remarqué parmi eux une espèce nocturne, vivant dans l’intérieur des maisons, et l'ennemie déclarée des blattes. Ils vont et viennent sans cesse, pendant la nuit, à la recherche de leur proie. Le jour, ils se tiennent cois entre les écorces d’arbres qui forment les murs des cabanes.
Le pays est plein d'araignées d’une étonnante variété de formes. Quelques-unes, de la grosse espèce, ont des toiles si fortes que des oiseaux même viennent s’y prendre. Il y a les araignées de maisons, les araignées d'arbres et les araignées de terre. Elles sont trèsutiles, en ce qu'elles débarrassent le pays d’une quantité de mouches importunes. Que de fois je les ai vues venir à bout d’une vic-
time qui semblait beaucoup plus forte qu'elles! Les araignées à toile paraissent n'avoir que fort peu d’ennemis; mais celles des maisons et des murs, qui ne font pas de toile, sont activement pourchassées par deux ou trois espèces de guêpes. J'ai vu ces guêpes parcourir les murs du haut en bas avec une extrême agilité, saisir les araignées qu'elles rencontraient, les étourdir par la rapidité de leurs mouvements, leur couper les pattes l’une après l’autre au ras du corps, et sucer leur substance sur place ou les emporter dans leur vol pour les dévorer ailleurs.
Je regarde certaines espèces de fourmis, de serpents, de lézards et d'araignées comme des animaux qui rendent de grands services en détruisant une immense quantité d'insectes et de vermine. L’extrème humidité du pays que j'ai visité, et ses forêts épaisses, éminemment favorables à la pullulation des insectes, offriraient un vaste champ de découverte au naturaliste et au collectionneur qui en feraient une étude spéciale. Ce qui me surprenait étrangement, c'était l’analogie curieuse de certains insectes avec les objets dont ils étaient entourés. Quelques-uns ressemblaient aux feuilles sur lesquelles 1ls passaient leur vie; d’autres se confondaient par leur couleur avec l'écorce d'arbre qui leur servait de refuge, tandis que d’autres encore avaient la mine trompeuse de feuilles mortes ou de branches desséchées.
Des mouches-dragons, qui brillaient des plus vives couleurs, voltigeaient en grand nombre sur le bord des lacs et des étangs.
Les chauves-souris sont aussi fort nombreuses, et j'avais réussi à en amasser une belle collection. Elles venaient quelquefois par centaines tournoyer la nuit autour d’un arbre dont elles aiment beaucoup le fruit, et le bruit du battement de leurs ailes troublait seul le calme qui régnait aux alentours.
Les écureuils abondent, et lon en distingue plusieurs espèces. Ils ont pour ennemis acharnés les oiseaux de proie et les serpents. Jai décrit dans l'Afrique Équatoriale la fascination d’un écureuil par un serpent, et comment la pauvre petite créature était attirée malgré elle dans la gueule béante du reptile.
I y à huit espèces de monkeys, mais elles ne se trouvent pas toutes dans une même localité. Ils vivent en troupe quand ils sont