‹ L'Afrique sauvageChapitre 9 sur 196 · LE · texte numérisé non relu

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Dans mon ouvrage sur lAfrique équatoriale, j'ai donné à mes lectèéurs un aperçu sommaire des régions qui avoisinent le Fernand-Vaz et des habitants de cette partie de la côte occidentale d'Afrique. Le pays qui s'étend des deux côtés du fleuve, dont le cours est parallèle à la mer pendant près de quarante milles, est en général peu élevé. Entre le fleuve et la mer, le terrain est sablonneux, couvert d'herbes et de maigres arbustes, coupé de loin en loin par un bouquet d'arbres, et bordé de palmiers du côté du fleuve. À mesure qu'on remonte de l'embouchure vers le sud, les îlots d'arbres s'épaississent, se rapprochent et se développent en bois de futaie d’une grande beauté. C’est aux environs du cap Sainte-Catherine, entre le fleuve et la mer, dans une jungle sauvage, qu'habite le gorille, dont J'aurai bientôt à parler.

1. Nous devons reproduire ici une note de l'Afrique équatoriale : « Le mot palabre où palaver signifie des pourparlers agités, une contestation violente ou un procès irrégulier, car dans ces pays il n’y a pas de tribunaux: enfin une convocation tumultueuse pour décider sur quelque grief sérieux. »

Au nord et sur la rive droite du Fernand-Vaz, se déploie le delta de l'Ogobai, rivière beaucoup plus considérable que le fleuve luimême et dont les mille bras sont partout bordés de mangliers. Cette rive droite du Fernand-Vaz est couverte d’épaisses forêts de palétuviers. Ainsi, d'un côté de ce fleuve large et paresseux se dresse une végétation touffue, et de l’autre s'étend une vaste prairie découverte. De toutes les rivières de l'Afrique occidentale connues jusqu'à ce jour, depuis le Niger jusqu'au Congo, l’Ogobai est la seule qui remonte loin dans l’intérieur et qui se fraye un passage dans la grande chaîne des montagnes de la côte. Un des canaux de lOgobaï va se réunir au Fernand-Vaz, à quelques milles de l'embouchure de ce fleuve. À quarante milles plus haut, le lit du Fernand-Vaz se resserre; plus haut encore, il est encaissé des deux côtés par des montagnes, premiers contre-forts du plateau pittoresque de l'Afrique centrale; ie fleuve alors prend le nom de Rembo, c'est-à-dire fleue par excellence.

Les prairies du Fernand-Vaz ne sont pas insalubres. Pendant la saison sèche, de juin à septembre, une forte brise de mer souffle constamment, sans cependant soulever en nuages ni en monticules le beau sable blanc qui forme le sol de la prairie. À cette époque, tous les étangs, tous les marais sont à sec; et jusqu'à ce que la persistance de la sécheresse ait dévoré l'herbe, l'aspect du pays est celui d'un grand parc anglais, surtout aux heures fraîches du matin, quand un troupeau de bœufs sauvages (bos brachyceros) où d’antilopes, paissant au loin sur la lisière du bois, rappelle, pour quelques instants, le bétail et le gibier de nos pays civilisés. Mais à mesure que la saison sèche se prolonge, l'herbe se flétrit et brüle, et toute la contrée prend un air de désolation. Le ciel est presque toujours couvert. D'innombrables bandes de marabouts viennent déposer leurs œufs dans les prairies. La prodigieuse quantité de ces oiseaux et leur apparition subite effrayent l’imagination. La saison pluvieuse, au contraire, appelle sur les étangs et les marécages un genre d'intérêt tout nouveau. La vie foisonne dans ces terres bourbeuses. J'avais l'habitude de m'extasier sur l'abondance inouïe de poissons du genre anguille qui pullulaient de toutes parts, à mesure que l’eau montait; preuve évidente qu’elles étaient enfouies dans la vase où elles gisent

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